L'homme arrêté à Glasgow n'aurait rien à voir avec Xavier Dupont de Ligonnès

Publié le par Le Point par Marie-Sandrine Sgherri et Aziz Zemouri

Après l'annonce de l'arrestation d'un homme en Écosse, les doutes se sont accumulés : et si on s'était une nouvelle fois fourvoyé  ?

Perquisition à Limay, au domicile de la personne arrêtée vendredi soir à l'aéroport de Glasgow et soupçonnée d'être Xavier Dupont de Ligonnès. Son voisin crie à la méprise. SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP

Perquisition à Limay, au domicile de la personne arrêtée vendredi soir à l'aéroport de Glasgow et soupçonnée d'être Xavier Dupont de Ligonnès. Son voisin crie à la méprise. SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP

Sidération vendredi soir à 20 h 40 lorsque Le Parisien fait exploser sa bombe en une de son site : Xavier Dupont de Ligonnès, l'homme le plus recherché de France, accusé du meurtre atroce de toute sa famille, disparu depuis 8 ans, signalé des centaines de fois, autant de fausses pistes, a été arrêté en Écosse. Les réseaux sociaux s'emballent. Les sites d'information distillent les maigres informations dont ils disposent : l'homme en question serait tout bonnement parti de l'aéroport Charles-de-Gaulle – cela semble incroyable  ! – pour atterrir à Glasgow. Les policiers français renseignés par un témoin – un « proche », dit même alors Franceinfo, à la stupéfaction générale – échouent à l'interpeller à Paris et alertent leurs collègues écossais. Lesquels confirment l'arrestation d'un individu. Sans préciser son identité.

Un récit inexact, selon nos informations. C'est en réalité Scotland Yard, la police britannique qui, sur la foi d'un renseignement, a prévenu la police française qu'un homme pouvant être Xavier Dupont de Ligonnès était en route pour Glasgow. Les policiers français ne font alors que vérifier si l'homme interpellé en Écosse est bien le suspect, comme ils l'ont fait à chaque fois qu'ils ont été alertés dans cette interminable enquête.

L'ADN ne correspond pas selon BFM TV

Au lendemain de cette folle soirée, le procureur appelle à la prudence, les empreintes digitales correspondent, mais encore seulement partiellement : 5 points seulement, selon BFM TV ce samedi matin, qui signale aussi que l'écart entre les yeux ne correspond pas. Or pour identifier formellement une personne en fonction de ses empreintes digitales, 15 points sont nécessaires. Puis coup de théâtre à la mi-journée : l'ADN ne corespond pas. Si BFM est bien renseigné, c'est la fin de l'histoire !

L'homme interpellé était détenteur d'un passeport au nom de Guillaume Joao et habitait Limay. Un passeport volé en 2014, apprend-on d'abord, information que dément BFM TV ce matin. Car, là encore, prudence  ! Un voisin dudit Joao se confie sur Europe 1 et crie à la méprise : cet homme il le connaît depuis des décennies, il fait de fréquents aller-retour à Glasgow où vit son épouse. « On l'a eu tout à l'heure au téléphone, et elle dit “voilà, ils l'ont arrêté, je n'ai pas plus de nouvelles”. Elle est effarée, raconte le voisin au micro de nos confrères. Il n'a rien à voir  ! Même s'il a pris X années de plus, il n'a rien à voir avec cette tronche-là  ! C'est un homme qui est grand, visage rond, rien à voir  ! » Et d'ajouter : « Ça fait 30 ans que je le connais ce mec-là, c'était un ami. J'ai été à son mariage en Écosse. Je leur dis “mais arrêtez, vous faites une boulette monstrueuse”. » De fait, quelques heures plus tard, BFM TV indique que les empreintes relevées au domicile de Guillaume Joao ne correspondent pas à celles de Xavier Dupont de Ligonnès.

Alors bien sûr, si le principal suspect du quintuple meurtre de 2011 a subtilisé le passeport du malheureux, tout s'explique. Mais si ce n'est pas le cas, comme l'affirme BFM TV en citant une source proche de l'enquête, tout s'écroule. Selon nos informations, ce passeport n'est pas signalé comme volé.

« Sceptique »

Alors que le doute s'installe de plus en plus tenace, sur Facebook, l'administrateur de la page Xavier Dupont de Ligonnès enquête et débat, signale, à toutes fins utiles, qu'en 7 ans, la page a reçu plus de 100 visites depuis Alexandria, une ville écossaise située à une quarantaine de kilomètres de Glasgow. Troublant ou simple hasard  ?

Pour couronner le tout, l'avocat de la sœur et de la mère de Xavier Dupont de Ligonnès, qui n'ont jamais cru à sa culpabilité et doutent même que les cinq corps retrouvés au 55, boulevard Schuman à Nantes soient ceux d'Agnès et de ses enfants, met lui aussi en garde contre l'emballement : « C'est la énième fois qu'on m'indique qu'il aurait été interpellé, donc permettez-moi d'être sceptique », assène Me Stéphane Goldenstein. Et ce dernier d'ajouter : « La seule chose que (ses clientes) attendent, c'est de savoir si c'est bien lui ou s'il s'agit d'une énième supercherie. »

« Les enquêteurs se déplacent en Écosse pour faire des vérifications sur l'identification, le juge d'instruction attend le résultat de cette démarche d'enquête », a fait savoir le procureur de la République de Nantes Pierre Sennès. Lui seul pourra mettre fin définitivement à cette cacophonie. Et nous saurons si nous venons d'assister à l'épilogue du plus spectaculaire fait divers de la décennie ou, plus vraisemblablement au plus impressionnant crash médiatique d'une enquête qui en a pourtant compté plus d'un…

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