Le Mans. Parti se battre à 17 ans en 1943, Charles Desnues va recevoir la Légion d’Honneur

Publié le par Ouest-France par Nicolas FERNAND

Dans quelques semaines, le Manceau Charles Desnues, âgé de 94 ans, recevra la Légion d’Honneur. Son engagement alors qu’il n’avait que 17 ans, et sa bravoure au combat, lui valent de recevoir enfin cette distinction suprême.

Le Mans, le samedi 9 novembre 2019. Charles Desnues recevra bientôt la Légion d’Honneur. Près de 80 ans après avoir risqué sa vie au sein de l’Armée Rhin-et-Danube. | MAINE LIBRE

Le Mans, le samedi 9 novembre 2019. Charles Desnues recevra bientôt la Légion d’Honneur. Près de 80 ans après avoir risqué sa vie au sein de l’Armée Rhin-et-Danube. | MAINE LIBRE

Quand il en parle, c’est comme s’il y était encore. Et nous y sommes aussi, avec lui. Le temps emporte beaucoup de choses, mais pas tout. Près de 80 ans après, les souvenirs sont intacts dans l’esprit de Charles Desnues. Comme neufs.

Raconter la guerre, son épopée au sein de l’armée Rhin-et-Danube, ne lui demande aucun effort. Juste une petite question avant qu’il ne se lance : par où commencer tant il y a à dire ? Par le début pardi.

"Et bien, j’avais 17 ans quand j’ai décidé de m’engager", dit-il. "Je vivais en Algérie, dans une famille très patriote. Durant 14-18, les trois frères de ma mère avaient été tués, et mon père s’était battu pendant plus de quatre ans, lors de l’expédition d’Orient. Et puis, peut-être que dans les colonies, parce que la métropole était éloignée, cette fibre patriotique était-elle davantage développée."

« J’espère que tu fais ton devoir »

Le terrain pour aller combattre malgré son jeune âge était donc "favorable", dixit le vieil homme. "D’ailleurs, quand j’ai dit à mes parents que j’allais m’engager, ils n’ont émis aucune objection. Et quand mon père m’écrivait, il avait ces mots : j’espère que tu fais ton devoir." Le paternel n’aura pas à être déçu de son fils.

Après trois mois de classes, il intègre le corps expéditionnaire français dirigé par le Général Juin.""

Le jeune soldat s’est engagé alors qu’il n’avait que 17 ans. | MAINE LIBRE

Le jeune soldat s’est engagé alors qu’il n’avait que 17 ans. | MAINE LIBRE

"Le 23 novembre 1943, nous avons débarqué à Naples. Et je me souviens de très nombreuses pertes. C’était la vraie guerre", décrit Charles Desnues. La campagne d’Italie débute pour lui. Elle est extrême. Les combats sont rudes, et le froid est sans pitié : "nous avions passé le Noël 43 à moins quinze ou moins vingt degrés. C’était intenable."

Grièvement blessé en mai 1944

Avec ses camarades, le soldat Desnues participe à ces batailles sont les noms sont gravés dans le marbre de l’Histoire. Cassino par exemple, qui a coûté 500 ou 600 morts par jour, "dans le boue et le froid." À proximité des champs de mine, des lance-flammes, et de ces tirs d’artillerie.

"Si intenses qu’on se croyait la nuit comme en plein jour", se remémore Charles Desnues. Sous la mitraille, le tout jeune homme compte sur sa bonne étoile. Elle sera à ses côtés un jour de mai 44.

Le char à bord duquel il se trouve, le "Risque-tout", est touché par des tirs d’obus. À bord, deux morts sur quatre occupants. Charles Desnos est grièvement blessé, mais en vie. Son biceps a été transpercé.

Il parvient malgré tout à s’extirper d’un engin en flammes. Très sérieusement brûlé, notamment au visage, il passe deux mois dans un hôpital militaire. Et là, de doux souvenirs au milieu de tout le reste : "une infirmière s’est occupée de moi. Et en plus, elle était mignonne. Elle avait tout pour elle."

Le Risque-Tout, à bord duquel Charles Desnues a été grièvement blessé. | MAINE LIBRE

Le Risque-Tout, à bord duquel Charles Desnues a été grièvement blessé. | MAINE LIBRE

« Il fallait que je les rejoigne »

Le jeune soldat a beau être attendri, le combat le rappelle. Il aurait pu pourtant ne pas y retourner. "Mais savoir mes camarades là-bas. Non, il fallait que je les rejoigne." Charles Desnues débarque en Provence, et prend la direction du Nord, aux trousses des Allemands. Valence, Besançon, Belfort, puis la poche d’Alsace les attendent. La lutte est féroce, et les champs de mines impitoyables. "Nous avions le cœur crevé d’entendre les blessés qui avaient les jambes arrachées."

Charles Desnues sur son deuxième char, le "Vengeur", dans la Forêt Noire. | MAINE LIBRE

Charles Desnues sur son deuxième char, le "Vengeur", dans la Forêt Noire. | MAINE LIBRE

Partout la mort rôde. Elle frappe au hasard. Un tir de sniper tue un certain Claudel. "Il lui a logé une balle en plein cœur. Moi j’étais juste à côté de lui. C’était un ancien international de rugby", souffle Charles Desnues. Malgré les pertes, la douleur, l’avance se poursuit. Le Rhin est franchi.

La progression se poursuit dans une Allemagne aux abois. Le 8 mai 45, le soldat Desnues demande à mettre fin à son engagement. Le 14 juillet suivant, il défile sur les Champs-Élysées, à Paris.

Dans quelques semaines, il recevra la Légion d’Honneur. "C’est évidemment une grande satisfaction. Même si à 94 ans, c’est peut-être un peu tard."

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