Merkel à Auschwitz : le souvenir des crimes nazis « inséparable » de l'Allemagne

Publié le par Le Point source AFP

La chancelière est arrivée ce vendredi matin dans le camp de concentration d'Auschwitz. Une première pour un chef de gouvernement allemand depuis 1995.

Angela Merkel n'est que la troisième dirigeante de gouvernement allemand à se rendre à Auschwitz, après Helmut Schmidt en 1977 et Helmut Kohl en 1989 et 1995. © STRINGER / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency

Angela Merkel n'est que la troisième dirigeante de gouvernement allemand à se rendre à Auschwitz, après Helmut Schmidt en 1977 et Helmut Kohl en 1989 et 1995. © STRINGER / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency

C'est une visite historique et un discours fort de la part d'Angela Merkel. Pour la première fois depuis 1995, un chef de gouvernement allemand s'est rendu à Auschwitz. Angela Merkel, la chancelière, est arrivée vendredi dans l'ancien camp nazi, lieu marquant de l'Holocauste, selon les journalistes de l'Agence France-Presse. Ce déplacement intervient alors que l'antisémitisme ressurgit en Europe et que la disparition des témoins complique la transmission de la mémoire.

Selon elle, le souvenir des crimes nazis demeure « inséparable » de l'identité allemande. « Se souvenir des crimes, nommer leurs auteurs et rendre aux victimes un hommage digne, c'est une responsabilité qui ne s'arrête jamais. Ce n'est pas négociable. Et c'est inséparable de notre pays. Être conscient de cette responsabilité est une part de notre identité nationale », a martelé la dirigeante. La voix altérée, après avoir écouté le témoignage d'un rescapé arrivé à 12 ans à Auschwitz, la chancelière a reconnu qu'il était « tout sauf facile » de se présenter dans un lieu où les crimes des Allemands ont « dépassé tout ce qui est imaginable ».

« Le silence ne doit pas être la seule réponse »

Angela Merkel a insisté sur le fait qu'il était « important » de rendre à Auschwitz son « nom complet ». Certes situé dans l'actuelle Pologne, le camp était dans une région « annexée en octobre 1939 par le Reich » et fut « administré par les Allemands ». « Il est important de nommer clairement les criminels. Nous, les Allemands, le devons aux victimes et à nous mêmes », a-t-elle déclaré. Mais, si elle a expliqué avoir « profondément honte » des crimes nazis, « le silence ne doit pas être la seule réponse ». « Le lieu lui-même nous oblige à garder en vie la mémoire » et, face à la montée des actes antisémites, « on doit se lever et dire notre désaccord », a-t-elle exhorté.

Insistant sur le fait que chacune des 1,1 million de personnes tuées à Auschwitz avait « un nom, une dignité inaltérable, une origine, une histoire », elle leur a rendu hommage, tout en évoquant la culpabilité et la douleur des survivants. « Je m'incline profondément » devant chacun d'entre eux, a-t-elle conclu, avant un entretien prévu loin des caméras avec un rescapé d'Auschwitz. Elle a aussi mis en garde contre « la montée du racisme et la propagation de la haine », ainsi que contre l'antisémitisme qui menace les communautés juives en Allemagne, en Europe et dans le monde entier.

1,1 million de personnes tuées

La chancelière allemande est accompagnée, lors de ce déplacement, par le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, et par un survivant d'Auschwitz, Stanislaw Bartnikowski, 87 ans, ainsi que des représentants de la communauté juive. À la veille de ce déplacement, Angela Merkel a annoncé l'octroi de 60 millions d'euros à la Fondation Auschwitz-Birkenau pour le maintien du site où furent assassinées quelque 1,1 million de personnes, dont un million de Juifs, entre 1940 et 1945. La majorité d'entre eux étaient tués dès leur arrivée dans ce camp de concentration et d'extermination nazi situé dans la Pologne d'aujourd'hui.

La chancelière, née neuf ans après la Seconde Guerre mondiale, effectue cette visite peu avant les commémorations du 75e anniversaire de la libération d'Auschwitz par l'Armée rouge, le 27 janvier 1945. Elle doit a observé une minute de silence devant le mur de la Mort, où furent fusillés des milliers de détenus et s'est rendue ensuite au camp Birkenau, distant de 3 kilomètres du camp principal, notamment sur la rampe où étaient "sélectionnés" les déportés à leur descente des wagons à bestiaux.

« Une rupture dans la civilisation »

En Allemagne, qui a fait du souvenir de la Shoah le cœur de son identité d'après-guerre, les autorités s'inquiètent d'une hausse très nette des actes antisémites. Jeudi, avant son déplacement, Angela Merkel a d'ailleurs réaffirmé que « la lutte contre l'antisémitisme et contre toute forme de haine » était l'une des priorités de son gouvernement. Elle a aussi insisté sur la « détermination » des autorités à voir une communauté juive, en plein essor, s'épanouir en Allemagne.

En octobre, un attentat finalement avorté contre une synagogue de Halle a suscité un choc dans le pays. Son auteur, qui a tué deux personnes au hasard, est un jeune adepte des thèses négationnistes. Le parti d'extrême droite AfD, qui siège depuis deux ans au Bundestag, prône par ailleurs la fin de la culture du repentir. Le nom d'Auschwitz est devenu le synonyme du Mal absolu. Des Juifs de toute l'Europe, de la Hongrie à la Grèce, y ont été exterminés.

Après Helmut Schmidt et Helmut Kohl

Des détenus, parmi lesquels des enfants, ont été soumis aux expérimentations effroyables du docteur Josef Mengele, l'« ange de la mort ». C'est également dans ce camp, qui comprenait quatre chambres à gaz et quatre crématoriums, qu'a été employé pour la première fois en 1941 le gaz Zyklon B.

Pour le président du Conseil central des Juifs d'Allemagne, Josef Schuster, qui accompagne Angela Merkel, « il n'y a aucun autre lieu de mémoire qui montre avec tant d'acuité ce qui s'est passé avec la Shoah ». « L'assassinat industrialisé de masse » continue 75 ans plus tard de faire « frissonner » le visiteur, ajoute Josef Schuster auprès de l'Agence France-Presse.

Angela Merkel ne sera que la troisième dirigeante de gouvernement allemand à se rendre à Auschwitz, après Helmut Schmidt en 1977 et Helmut Kohl en 1989 et 1995. En 14 ans au pouvoir, la dirigeante a multiplié les gestes forts en se rendant à Ravensbrück, Dachau, Buchenwald, et au Mémorial de l'Holocauste de Yad Vashem à Jérusalem. Surtout, en 2008, elle fut la première cheffe de gouvernement allemand à prononcer un discours à la Knesset, le parlement israélien. Elle avait répété « la honte » qui entache les Allemands. Depuis 23 ans, le 27 janvier est la Journée du souvenir des victimes du nazisme en Allemagne.

Publié dans Articles de Presse

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