Sur les traces d'un tortionnaire de la gestapo d'Angers

Publié le par Ouest-France par Benoît Robert

Ouest-France révèle ce lundi que le collaborateur Jacques Vasseur, agent de la gestapo et tortionnaire de sinistre mémoire à Angers, est mort en Allemagne en 2009.

1920. Naissance à Valenciennes. 1941-1944. Agent de la Gestapo dans les pays de Loire (sur la photo du groupe d'Angers, ci-dessus, il porte le numéro 8).1945-1962. Se réfugie à Lille, chez sa mère. (ci-dessus : la photo du grenier où il se cachait).1965. Condamné à mort, puis gracié. 2009. Décès à Heidelberg. | DR

1920. Naissance à Valenciennes. 1941-1944. Agent de la Gestapo dans les pays de Loire (sur la photo du groupe d'Angers, ci-dessus, il porte le numéro 8).1945-1962. Se réfugie à Lille, chez sa mère. (ci-dessus : la photo du grenier où il se cachait).1965. Condamné à mort, puis gracié. 2009. Décès à Heidelberg. | DR

Jacques Vasseur est un personnage de sinistre mémoire, à Angers. Il y était agent de la Gestapo, sous l'Occupation. Accusé de 430 arrestations, 310 déportations et 230 morts à la Libération, il est resté caché dix-sept ans avant d'être condamné à mort en 1965, puis gracié. Depuis la fin de sa peine de prison, les familles de victimes s'interrogeaient : était-il toujours vivant ? Notre reporter a trouvé la réponse en Allemagne.

Réfugié à Heidelberg

« J'avais 4 ans quand les Allemands sont venus chercher mes parents. Ma mère a été interrogée par Vasseur », raconte l'Angevin René Chesnel, encore ému. Il se souvient des larmes versées quand on évoquait à la maison le nom du tortionnaire. « Toute ma vie je n'ai cessé de penser à cet homme. » Comme lui, ils sont des dizaines, en Anjou, à se souvenir de l'agent zélé de la Gestapo angevine, entré dans ses rangs en tant qu'interprète. À son « actif » : des centaines d'arrestations, de déportations et de meurtres commis entre 1942 et 1944, à Angers et dans toute la région.

Mais il y a encore une semaine, une question était sur toutes les lèvres des enfants des victimes de Jacques Vasseur et de sa bande du Sipo-SD (polices de sécurité du Reich et de la SS) : le pourvoyeur de la Gestapo était-il toujours vivant ?

Une chose était sûre : Vasseur s'est réfugié en 1983 à Heidelberg, à sa sortie de prison.

Preuve de son décès

Après plusieurs heures de recherches sur l'ancien gestapiste pour tenter de comprendre le parcours de cet homme, nous nous sommes donc rendus en Allemagne.

Au service de l'état-civil de la mairie d'Heidelberg, nous avons obtenu la preuve de son décès, le 7 février 2009, sous la nationalité allemande. Et sans descendant.

C'est donc là, à 89 ans, que l'agent de la Gestapo a fini ses jours... Au cœur d'une ville qui, selon Micha Hörnle, chef de rédaction au Rhein Neckar Zeitung, a été très proche des idées du Parti national-socialiste dans les années 1930. « Dans les archives du journal, on ne trouve nulle trace de cet homme. Il vivait reclus et n'avait, je pense, que peu ou pas d'amis », indique le journaliste.

Issu d'un milieu familial stable

En revanche, il était marié, avec une Allemande, rencontrée en 1974, alors qu'il purgeait sa peine de prison, à Melun. Arrivée devant la porte de son appartement, à deux pas du centre d'Heidelberg, cette ancienne bibliothécaire a refusé de nous parler. « Vous avez votre vérité et j'ai la mienne. Ça ne m'intéresse pas de parler de ça. »

Qui était vraiment, ce Vasseur ? Un marginal qui cherchait sa voie dans la collaboration ? Une personne sous influence ? Lorsqu'il entre au service des Allemands, à 21 ans, il est « sans antécédent judiciaire. Issu d'un milieu familial stable, il est intelligent, dispose d'un niveau d'éducation supérieur à la moyenne (il a fait HEC) et de perspectives professionnelles », détaille Marc Bergère, maître de conférences en histoire contemporaine à l'université de Rennes II.

Terré dix-sept ans chez sa mère

Né à Valenciennes, il arrive à Angers, où son père est employé de banque, à la fin des années 30. S'il maîtrise aussi bien la langue de l'occupant, c'est parce que sa grand-mère maternelle est allemande. Enfant, puis adolescent rapidement fasciné par le nouveau régime hitlérien, il passe ses vacances dans le Bade-Wurtemberg, la région dans laquelle se situe Heildelberg.

C'est tout naturellement en Allemagne que le gestapiste s'enfuit en 1944, après l'arrivée des Américains. Mais en 1945, condamné une première fois à mort par contumace, il rentre en France. Et trouve refuge chez sa mère, revenue vivre dans le Nord.

L'homme à la raie au milieu

Démarrent alors dix-sept ans de planque dans sa petite maison de la banlieue lilloise. Au moindre bruit, il file se réfugier au grenier. En 1962, lors d'un contrôle des gendarmes, il est surpris dans la salle de bain. Trois ans plus tard, en 1965, son procès retentissant durera près d'un mois et réunira près de 200 témoins venus de tout l'Ouest.

Devant la cour de sûreté de l'État à Paris, celui que ses victimes surnommaient « L'homme à la raie au milieu » est condamné à mort, puis gracié par le général de Gaulle, début 1966. Sa peine est commuée en réclusion perpétuelle, puis ramenée à vingt ans en 1970 par le président Pompidou.

Enterré près de juifs

« Lorsqu'il sort de la centrale de Melun en octobre 1983, il est, à ma connaissance, le dernier collaborateur français libéré », précise Marc Bergère. Soixante-dix ans plus tard, une page se tourne pour les familles de victimes.

« Au début de ma thèse, dans les années 1990, j'avais été frappé de constater combien l'ombre de Jacques Vasseur hantait encore la mémoire collective, conclut l'historien rennais. Cette enquête marque à cet égard un vrai épilogue, mais l'histoire continue. En témoigne le fait que Vasseur a été, en 2008, le sujet d'un roman de Dominique Jamet (Un traître, 2008, Flammarion) ».

Au Bergfriedhof, le plus vieux cimetière d'Heidelberg, l'urne de l'ancien gestapiste a été placée dans le carré des anonymes.

Ironie de l'histoire, c'est tout près de la tombe d'Albert Speer, ancien ministre d'Hitler, et du carré où reposent les personnes de confession juive.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article