Comment John Wayne est devenu réac’

Publié le par France Culture par Anaïs Kien

Dans le Journal de l’Histoire aujourd’hui, l’histoire d’une icône déchue.

John Wayne, 6 juillet 1974, tourne "Brannigan" dans le quartier londonien de Piccadilly. • Crédits : Photo de McCarthy / Express - Getty

John Wayne, 6 juillet 1974, tourne "Brannigan" dans le quartier londonien de Piccadilly. • Crédits : Photo de McCarthy / Express - Getty

Un documentaire consacré à John Wayne est d’ores et déjà disponible sur la plateforme de replay d’Arte. On s’attend à son regard acéré, sa collection de chapeaux de cow-boy, sa démarche chaloupée dans les déserts du Far West, l’icône du justicier, revenu d’à peu près tout, s’apprête à débarquer sur vos écrans. Mais le réalisateur Jean-Baptiste Pérétié n’avait pas l’intention de faire l’apologie de John Wayne, c’est sur les traces de l’obsession patriotique de l’acteur hollywoodien qu’il s’est lancé, histoire de comprendre comment la vedette s’était mué en un réactionnaire militant. 

John Wayne était mal parti

Pour ses premiers pas au cinéma, on ne lui offre que des rôles de silhouettes muettes, son jeu est toujours un peu coincé et en plus il porte un prénom de fille « Marion », Marion Morrisson, même s’il se fait appeler « Duke » pour rétablir sa vérité. Mais il a un physique de jeune premier et l’affection de John Ford, l’espoir est permis. Il entre bientôt dans le radar de la Fox, toujours en quête de chair fraîche, et se laisse docilement rebaptiser John Wayne. Il enchaîne les westerns de série B au kilomètre, une chevauchée répétitive et sans fin qui s’achève grâce avec celle de Ford, La Chevauchée fantastique en 1939. John Wayne avance de quelques pas sur le chemin de la célébrité et reçoit un coup de main salutaire qui le sort définitivement de l’industrie du cinéma de seconde zone. 

Le soldat américain par excellence... après la guerre

Les Etats-Unis entrent en guerre en 1941 et les stars d’Hollywood s’engagent, comme James Stewart ou Clark Gable, pour défendre leur patrie en danger. Tous sauf John Wayne, qui tergiverse et se trouve surtout très occupé en l’absence de ses congénères puisqu’il tourne treize films pendant ce temps-là. Il le regrette amèrement après-guerre. John Ford, toujours, qui a filmé le conflit de près, l’humilie sur les tournages en évoquant sa couardise. La blessure est profonde et pris de remords Wayne devient un "super patriote" à tel point qu’il devient le militaire par excellence, plus exactement le soldat américain par excellence. Les témoignages de vétérans sont à mourir de rire, qui décrivent comment mettre son casque à la John Wayne ou encore comment « faire une John Wayne », c’est à dire un acte de témérité totalement inutile mais très virile au combat. La star combat sans relâche à l’écran et participe pleinement à éliminer les supposés communistes du sol américain en devenant président de « l’Alliance cinématographie pour la préservation de l’idéal américain », il dénonce et incite à dénoncer, sa guerre est déclarée ! 

Un cow-boy déchu

Il déclare d’ailleurs publiquement sa flamme conservatrice, donne la fessée à répétition aux femmes dans les films et devient un parangon de machiste réactionnaire au fil des années 1960 avant de se planter lamentablement sur la guerre du Vietnam qu’il soutient corps et âmes jusqu’au déplorable film de propagande Les Bérets Verts, tourné en 1968. John Wayne a perdu une partie de ses fans qui ne peuvent plus le regarder qu’en cachette, lors de séance de régressions coupables. John Wayne n’est plus un dieu de la guerre, c’est un beauf. Toutefois Jean-Baptiste Pérétié ne cache pas une certaine tendresse pour le cow-boy déchu. John Wayne, c’est l’histoire d’une star d’Hollywood qui n’a jamais réussi à sortir d’une guerre qu’il n’a pourtant jamais faite. 

Pour plus d'informations : John Wayne - L'Amérique à tout prix, de Jean-Baptiste Pérétié, disponible jusqu'au 14 décembre sur Arte.tv 

Publié dans Articles de Presse

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