Il y a 75 ans, le soulèvement du ghetto de Varsovie

Publié le par Le Figaro par Véronique Laroche-Signorile

HISTOIRE - Le 19 avril 1943, la population juive de Varsovie se soulève contre les troupes allemandes venues les chercher pour les déporter. Une révolte qui surprend les soldats et leur commandement.

Ghetto de Varsovie en Pologne: les nazis arrêtent des familles juives, sorties d'une cachette en avril 1943, lors de l'insurrection. Rue des Archives/©Rue des Archives/RDA

Ghetto de Varsovie en Pologne: les nazis arrêtent des familles juives, sorties d'une cachette en avril 1943, lors de l'insurrection. Rue des Archives/©Rue des Archives/RDA

Le choix de sa mort. Le 19 avril 1943 les Juifs du ghetto de Varsovie, en Pologne, résistent aux hommes du SS Jürgen Stroop venus chercher les derniers survivants pour les emmener vers les camps de concentration. Retour sur cette insurrection hautement symbolique.

Qu'est-ce que le ghetto de Varsovie?

Il y a 75 ans, le soulèvement du ghetto de Varsovie

Le ghetto est un quartier fermé où les nazis regroupent la population juive. Celui de Varsovie est situé en plein centre de la ville. Initialement ouvert, cet espace est coupé du reste de la ville par un mur, des maisons murées et des fils barbelés, en novembre 1940. Entre 300 000 et 350 000 personnes vivent sur une superficie de 300 hectares, comprenant un cimetière, des usines allemandes et des ateliers, dans lesquels les Juifs doivent travailler. Un petit ghetto est relié au ghetto central par une passerelle, mais il est supprimé en octobre 1941.

Entre juillet et mi-septembre 1942 les nazis font des rafles massives pour accélérer l'élimination de la population: 300 000 Juifs sont déportés vers le camp de Treblinka ou tués. Progressivement la superficie du ghetto est réduite. La densité y est extrêmement élevée, les familles s'entassent dans les logements, le ravitaillement y est limité par les Allemands. Les conditions de vie y sont volontairement inhumaines: c'est le lieu de la faim, du froid, du manque d'hygiène et de médicaments, des épidémies, de la peur. Première étape de l'extermination. Seuls les plus résistants survivent, la mort est partout. En 1943 ils sont environ 70 000.

Pourquoi le soulèvement du 19 avril 1943?

Le SS Jürgen Stroop, au centre, lors de l'opération de liquidation du ghetto de Varsovie en 1943. Rue des Archives/Rue des Archives/Tallandier

Le SS Jürgen Stroop, au centre, lors de l'opération de liquidation du ghetto de Varsovie en 1943. Rue des Archives/Rue des Archives/Tallandier

Une résistance clandestine s'est organisée à l'intérieur du ghetto, menée par des jeunes. Ainsi l'Organisation juive de combat (OJC) est dirigée par un jeune homme de 24 ans, Mordechaï Anielewicz. Elle s'est déjà opposée avec succès à la poursuite de la déportation, lors de la dernière opération de janvier 1943: les troupes de l'occupant, attaquées, avaient été obligées de rebrousser chemin. Cette réussite encourage les jeunes résistants à élaborer, à différents endroits du ghetto, des caches souterraines, des «bunkers», des abris sous les immeubles, des passages, pour la prochaine venue.

Elle a lieu la veille de la Pâque juive, le 19 avril 1943: des soldats du SS Jürgen Stroop entrent dans le ghetto pour le liquider. C'est le signal de la révolte. Les Juifs savent bien que la déportation est inéluctable. L'insurrection est un acte de dignité, sans espoir de victoire. Les combattants choisissent leur mort: debout, les armes à la main. Le premier jour, les Allemands, surpris par la résistance, battent en retraite, avec 12 morts et des blessés.

Quels sont les moyens des combattants juifs?

Les forces en présence sont très inégales. En effet, côté résistants, ils sont entre 1000 et 2000, faiblement armés, sans formation militaire: quelques dizaines de pistolets, de fusils et des cocktails Molotov. Mais c'est l'ensemble de la population qui participe au soulèvement -femmes, adolescents.

Côté allemand, après le retrait des soldats, Jürgen Stroop, chargé de l'opération, fait appel à des renforts: il dispose de 2000 soldats et de chars.

Combien de temps dure l'insurrection?

Jürgen Stroop prévoit trois jours pour détruire le ghetto. Mais c'est sans compter sur la détermination des insurgés: le soulèvement dure du 19 avril au 8 mai.
Insurrection du ghetto de Varsovie en avril-mai 1943: les nazis incendient les immeubles, quartier par quartier.

Insurrection du ghetto de Varsovie en avril-mai 1943: les nazis incendient les immeubles, quartier par quartier. Rue des Archives/© Mary Evans/Rue des Archives

Insurrection du ghetto de Varsovie en avril-mai 1943: les nazis incendient les immeubles, quartier par quartier. Rue des Archives/© Mary Evans/Rue des Archives

Devant l'ampleur de la résistance, il décide, au bout de quelques jours, d'incendier le ghetto, immeuble par immeuble, d'envoyer du gaz dans les souterrains, de détruire les bunkers, de bombarder le ghetto à l'arme lourde. Si la résistance est brisée en quelques jours, des personnes, isolées ou en petit groupe, continuent la lutte encore quelques semaines, cachés dans des bunkers ou des caves. Beaucoup de combattants sont tués lors des combats -certains se donnent la mort- mais la plupart seront déportés. Après la mi-mai 1943, il y a moins de vingt survivants.

Parmi les habitants quelques-uns parviennent à s'échapper par les égouts, mais la majorité est capturée: tuée sur place ou envoyée dans des camps de concentration ou de travaux forcés.

Le 16 mai 1943 Jürgen Stroop annonce, dans son rapport à Heinrich Himmler, que le quartier juif de Varsovie n'existe plus. Il est en effet en ruine: il l'a rasé, a détruit la grande synagogue pour symboliser la victoire allemande.

Quelle est la portée du soulèvement du ghetto de Varsovie?

Cette insurrection est historique et symboliquement forte puisque c'est la première révolte urbaine de l'Europe sous domination nazie.

Arrestation de Juifs (mains en l'air) lors du soulèvement du ghetto de Varsovie, en Pologne, en 1943. Rue des Archives/©Edimedia/WHA/Rue des Archives

Arrestation de Juifs (mains en l'air) lors du soulèvement du ghetto de Varsovie, en Pologne, en 1943. Rue des Archives/©Edimedia/WHA/Rue des Archives

Mordechaï Anielewicz, qui meurt le 8 mai avec une partie de la direction de l'OJC, écrit dans une dernière lettre datée du 26 avril: «j'ai été le témoin du combat héroïque des Juifs du ghetto… L'essentiel est que le rêve de ma vie est devenu vrai. J'ai vécu assez longtemps pour voir la résistance juive dans le ghetto dans toute sa grandeur et toute sa gloire.»

Les insurgés se sont battus seuls, dans l'indifférence d'une grande majorité des Polonais, sans avoir reçu d'aide de la résistance polonaise, oubliés des Alliés, qui sont restés silencieux et inactifs pendant la tragédie.

Publié dans Articles de Presse

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