Jean Goy l’homme qui a serré la main du diable

Publié le par Midi Libre par Jean-Paul Lefrançois

Vaillant soldat décoré de la Première Guerre mondiale, Jean Goy s'engage au sein d'associations d'anciens combattants. Défenseur de paix, il rencontre le chancelier allemand Adolf Hitler. Il se lance dans la politique ...et adhère au gouvernement de Philippe Pétain.

Jean Goy l’homme qui a serré la main du diable

Né en 1892 dans le Puy-de-Dôme, d’un père étudiant et d’une mère institutrice, Jean Goy est publiciste lorsque la Première Guerre mondiale éclate. Mobilisé au 4e régiment de zouaves, valeureux soldat, il obtiendra le grade de lieutenant, la Croix de guerre, les médailles de l’Yser et de Verdun, et sera nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1922.

Industriel en région parisienne, ayant été marqué par l’horreur des tranchées, il devient, en 1923, membre de l'office départemental des mutilés et réformés de la Seine, délégué général du syndicat de la presse des anciens combattants, puis secrétaire général de la Ligue d'action civique des ACVG (anciens combattants et victimes de la guerre). Laetitia, son épouse peyrolaise, s’investit à ses côtés en tant que présidente d’œuvres d’assistance et sera nommée chevalier de la Légion d’honneur le 30 janvier 1939.

Chantre de la paix

L'exercice de ces fonctions lui donne le goût de l'action publique. Député de la Seine (1924-1936), puis, " bousculé par le Front populaire parisien" il se fait élire en Basse-Normandie, conseiller général de Falaise (1938-1942), tout en étant maire du Perreux-sur-Marne (1929-1944). Partisan d'un rapprochement avec l'Allemagne, il désapprouve "une politique qui viserait à s'opposer aux visées d'Hitler avec les risques de conduire à une guerre avec le IIIe Reich." Le 2 novembre 1934, Jean Goy conduit une délégation, en tant que député et vice-président de l'Union nationale des combattants, reçue par le chancelier Hitler à Berlin.

Le diable se jouera de ses hôtes. "La conversation a porté sur le plébiscite de la Sarre, la renonciation définitive des Allemands à l’Alsace-Lorraine et les bienfaits d’un rapprochement franco-allemand qui reposerait sur des initiatives des anciens combattants. Aucun Allemand ne désire la guerre " clamera-t-il à son retour.

Cette démarche, mal accueillie en France, accentue les dissensions entre les associations patriotiques. Jean Goy a cependant le soutien des Allemands : Von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères, et Otto Abetz, ambassadeur en France.

A Berlin, le 16 février 1937, quatorze délégations étrangères participent au congrès constitutif de l'Internationale des anciens combattants et déposent une couronne au monument aux morts Allemands érigé Unter den Linden. Lors du déjeuner en leur honneur, le maréchal von Blomberg, ministre de la guerre, réaffirme "le désir de paix de l'Allemagne", ayant à ses côtés M. Delcroix, président du congrès, et Jean Goy, membre de la délégation française.

Aux ordres de l’Etat français

Les espoirs de paix de Jean Goy se sont envolés, les Allemands envahissent le pays et l’armistice est signé le 22 juin 1940. Survient alors la dérive, l’engrenage fatal. Le 10 juillet suivant, Jean Goy est de ceux qui votent les pouvoirs constituants au maréchal Pétain. Dans la foulée, l’homme participe à la fondation du parti collaborationniste, le Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat, auxquels adhèrent diverses personnalités, dont Eugène Deloncle, le fondateur de la Cagoule.

A Paris, le 23 février 1941, lors du meeting à la salle Wagram, Jean Goy déclare : "Si la France collabore loyalement, elle peut obtenir quelques arrangements qui maintiendraient notre Empire. Elle ne doit pas se laisser entraîner dans des aventures dangereuses (l’appel à la résistance de De Gaulle) en ne laissant pas saboter la politique de Montoire définie par le Maréchal Pétain et Pierre Laval ".

Le 27 février 1944, Jean Goy, âgé de 51 ans, décède à Paris "d’une courte maladie". Le 3 mars suivant eurent lieu les obsèques, auxquelles assistait une "foule nombreuse", conduites par Otto Abetz, ambassadeur allemand en France, le ministre Pierre Cathala et le préfet de la Seine René Bouffet.

En aout 1944, les épurateurs relèvent sa compromission dans le régime de Pétain, occultant son brillant passé militaire. Il est déchu à titre posthume de la Légion d’honneur. Au Perreux-sur-Marne, l’avenue à son nom est renommée avenue de Rosny et sa dépouille est retirée du carré militaire.

Liaison avec l’actrice Jacqueline Delubac

Jean Goy a épousé Laetitia en 1920 à Paris, et eut maintes fois l’occasion de venir au village, faisant admirer sa rutilante limousine. Séparé de corps et de biens en 1940, il vécut une idylle, dès 1938, avec l’actrice Isabelle Jacqueline Basset (1907-1997), alias Jacqueline Delubac, divorcée le 5 avril 1939 de l’auteur dramatique Sacha Guitry.

Publié dans Articles de Presse

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