Décès de la résistante Noëlla Rouget, la déportée qui fit gracier son bourreau

Publié le par Le Figaro par Nina Hossein

La résistante, qui n'a jamais obtenu la repentance de celui qui la déporta, est morte à l'âge de 100 ans.

Noëlla Peaudeau, en uniforme de guide, 1934. Collection personnelle de Noëlla Rouget

Noëlla Peaudeau, en uniforme de guide, 1934. Collection personnelle de Noëlla Rouget

Institutrice, résistante et humaniste, Noëlla Rouget est décédée dimanche 22 novembre à Genève à l'âge de 100 ans. L'Élysée l'a annoncé dans un communiqué qui fait mention d'une femme qui «marqua son temps comme la résistante qui fit gracier le collabo, la déportée qui tendit la main à son bourreau». Elle devint une militante pour la liberté et contre l'esprit de haine et de vengeance - combats qu'elle mena jusqu'à sa mort.

Le président de la République, Emmanuel Macron, «salue une partisane de la liberté qui donna aux valeurs de fraternité et de pardon leur incarnation la plus haute» et «adresse à sa famille et ses proches ses condoléances émues».

Née, Peaudeau, le 25 décembre de l'année 1919 à Saumur dans le Maine-et-Loire, Noëlla Rouget est élevée dans une fervente foi catholique que ses parents lui inculquent. Âgée de 20 ans alors que la France tombe sous l'Occupation nazie, Noëlla Rouget, institutrice, entre dans la résistance à Angers. Dans les sacoches de sa bicyclette, la jeune femme de l'époque transporte des tracts clandestins qu'elle prenait soin de faire imprimer et distribuer. Très vite, elle se met à faire transiter des messages, des colis mais aussi des armes pour le mouvement gaulliste «Honneur et patrie» ainsi que pour un réseau de service d'espionnage britannique. Active pour la libération de son pays, Noëlla Rouget finit par tomber amoureuse d'Adrien Tigeot, également instituteur et résistant.

Juin 1943, alors que l'été pointe le bon de son nez et que le couple vient à peine de publier les bans de leur mariage, Noëlla Rouget et Adrien Tigeot furent dénoncés et arrêtés par la Gestapo. Alors qu'elle connut l'enfer des déportés au camp de Ravensbrück, Adrien Tigeot fut, quant à lui, torturé et fusillé peu de temps après son arrestation.

Une grande dame au pardon généreux

À son retour de camp de concentration, Noëlla Rouget est squelettique et se rend dans un sanatorium suisse afin d'être soignée de la tuberculose. «La terrible machine à broyer les êtres ne put anéantir la jeune femme» atteste le communiqué de l'Élysée. À l'époque, elle rencontre André Rouget dont elle prend le nom en 1947 après leur union. Alors qu'elle reconstruit sa vie, le passé refait surface 17 ans plus tard. «Il avait un visage, impassible et arrogant. Un nom», est-il écrit dans le communiqué. Il s'agit de Jacques Vasseur, l'homme responsable de son arrestation, de sa déportation et de la mort d'Adrien Tigeot. Français, membre de la Gestapo, Jacques Vasseur est responsable de 310 déportations et 230 morts.

À son procès, la sentence est irrévocable : Jacques Vasseur écope de la peine de mort. Mais Noëlla Rouget, fervente croyante, humaniste et contre la peine capitale, appelle à communier cette décision en peine de prison. Incomprise par ses camarades de la Résistance, elle parvient à obtenir du général de Gaulle la grâce présidentielle.

Alors qu'il purge sa peine de prison, Noëlla Rouget se met à entretenir des échanges épistolaires avec Jacques Vasseur dans le but d'obtenir sa repentance. Une rédemption qu'elle n'obtiendra jamais de la part de son bourreau mais qui n'empêcha pas Noëlla Rouget de croire en la nature humaine jusqu'à sa mort.

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