Marseille : Qui est Christian Ranucci, dont l'ombre plane sur un des procès les plus attendus de l'année ?

Publié le par 20 Minutes par Mathilde Ceilles

HISTOIRE Près d'un demi-siècle plus tard, l'affaire Christian Ranucci, qui a secoué Marseille dans les années 1970, est au coeur de l'actualité 

 Le 28 juillet 1976, Christian Ranucci, 22 ans, condamné à mort, est exécuté à la prison marseillaise des Baumettes, — AFP/Archives

Le 28 juillet 1976, Christian Ranucci, 22 ans, condamné à mort, est exécuté à la prison marseillaise des Baumettes, — AFP/Archives

  • Ce lundi s'ouvre à Toulouse le procès Rambla
  • En toile de fond de ce procès attendu se trouve l'affaire Ranucci, qui a secoué la France dans les années 1970. 

C’est l’un des procès les plus attendus de l’année. Ce lundi s’ouvre devant les assises de Haute-Garonne le procès de Jean-Baptiste Rambla, accusé d’avoir égorgé une étudiante à Toulouse. Une audience durant laquelle l’ombre d’un certain Christian Ranucci risque de planer. L’accusé est en effet le frère de Marie-Dolorès Rambla, tuée en 1974 à Marseille dans l’affaire très médiatisée dite du « pull-over rouge », pour laquelle Christian Ranucci avait été condamné à mort et guillotiné. 20 Minutes revient sur cette affaire emblématique qui fait encore parler d’elle, des décennies plus tard.

Quels sont les faits ?

Le 3 juin 1974, alors qu’elle joue avec son petit frère Jean-Baptiste dans la cour d’une cité marseillaise, près de l’actuel hôtel du Département, la petite Marie-Dolorès Rambla, âgée de 8 ans, croise la route d’un homme qui parviendra à l’enlever. Deux jours plus tard, elle est découverte poignardée de dix-huit coups de couteau dans une champignonnière, près d’une route entre Marseille et Aix-en-Provence.

Christian Ranucci, qui avait pris la fuite après un accident de voiture à proximité, est arrêté. Après plusieurs heures d’interrogatoire, le jeune homme passe aux aveux. Il s’accuse du meurtre et désigne aux enquêteurs l’endroit où l’arme du crime avait été retrouvée, un couteau sur lequel on retrouve des traces de sang.

Qui est Christian Ranucci ?

« A l’époque des faits, Christian Ranucci a une vingtaine d’années », rappelle Jean-Louis Vincent. Ce commissaire de police à la retraite a retracé toute cette affaire pour un livre, Affaire Ranucci. Du doute à la vérité, publié aux éditions François Bourin. « Il est alors totalement inconnu des services de police. Ce n’est pas un voyou. Il habite chez sa mère, à Nice. Il vient de terminer son service militaire et a un emploi depuis peu. Il a pris sa voiture pour aller se balader pendant le week-end. Il expliquera aux enquêteurs qu’il avait prévu d’aller à Marseille revoir un ancien copain du service militaire, dont on retrouve d’ailleurs l’adresse dans son carnet. »

« Ranucci était un type pas tranquille, affirme Jean-Louis Vincent. Attention, il n’y a pas eu d’agressions sexuelles sur la petite. Mais il était un peu perturbé. Il a dit aux enquêteurs qu’il avait tué la petite car, quand il l’a amené sur la colline, elle faisait trop de bruit », explique Jean-Louis Vincent. Mais le jeune homme ensuite se rétracte, évoquant des conditions d’interrogatoire exécrables. « Il a expliqué avoir avoué car il avait été maltraité et même torturé. »

A l’audience, ses avocats plaident la relaxe. Face aux jurés, et à l’avocat de la famille de la victime, un certain Gilbert Collard, Me Paul Lombard lance, dans une plaidoirie restée célèbre : « Je ne suis pas du côté des assassins, mais je ne suis pas non plus du côté de l’erreur judiciaire. Acquittez Christian Ranucci ! Le sang se lave avec les larmes, non avec le sang. Tant que la peine de mort existera, la nuit régnera dans la Cour d’assises. » Christan Ranucci sera condamné et écopera de la peine de mort. Le président Valéry Giscard d’Estaing refusera de le gracier, et Ranucci est exécuté le 28 juillet 1976 aux Baumettes.

Pourquoi tant de bruit autour de cette affaire ?

Dans une France qui s’interroge alors sur l’abolition de la peine de mort, le cas Ranucci est brandi comme étendard quelques années après son exécution. En 1978, Gilles Perrault sort Le Pull-over rouge, qui défend ardemment la thèse de l’erreur judiciaire. Le pull-over rouge ici fait référence à un vêtement retrouvé près des lieux du crime. « Or, deux petites filles ont rapporté avoir été tripoté par un homme au pull-over rouge, le jour du crime, rapporte Jean-Louis Vincent. Mais rien n’indique aujourd’hui que le pull retrouvé est le même que celui décrit par ces fillettes. Et à l’époque, il n’y a pas d’analyses ADN, bien sûr, sinon, on n’en serait pas là… »

Le livre rencontre un succès énorme en librairie et fait l’objet d’une importante médiatisation. « Sans la peine de mort, il est certain qu’on n’aurait pas tant parlé de l’affaire Ranucci, lance Jean-Louis Vincent. Ça a rajouté de l’intérêt et de l’écho à toute cette histoire. » Un succès qui marquera profondément Jean-Baptiste Rambla, l’homme qui comparaît à partir de ce lundi devant la cour d’assises de Haute-Garonne. Le frère de la petite Marie-Dolorès restera hanté par le fait que l’opinion publique clame l’innocence de Christian Ranucci, des années après la condamnation de celui-ci.

Publié dans Articles de Presse

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