Quand Giscard d’Estaing enterrait Chirac, son plus vieil ennemi

Publié le par Le Monde par Vanessa Schneider et Solenn de Royer

Les obsèques de Jacques Chirac, le 30 septembre 2019, ont rassemblé dans une même église les acteurs d’un demi-siècle de politique française. Parmi eux, figurait « VGE ».

Valéry Giscard d’Estaing aux obsèques de Jacques Chirac, le 30 septembre 2019, à l’église Saint-Sulpice, à Paris. FRANCOIS MORI / AFP

Valéry Giscard d’Estaing aux obsèques de Jacques Chirac, le 30 septembre 2019, à l’église Saint-Sulpice, à Paris. FRANCOIS MORI / AFP

Le bourdon de Notre-Dame s’est tu. Les personnalités venues assister aux obsèques de Jacques Chirac, ce 30 septembre 2019, arrivent peu à peu sur le parvis de l’église Saint-Sulpice, à Paris. François Hollande et Nicolas Sarkozy sont déjà là. La démarche hésitante, « VGE » et son épouse Anne-Aymone, tous deux vêtus de noir, entrent discrètement par une porte dérobée.

Toute la République est rassemblée, ancien et nouveau mondes mêlés. Cinquante années de la vie politique française, et autant d’arrière-pensées, dans une même église. Les ex-présidents ont été placés à droite de la nef. « Giscard » et Anne-Aymone, rebaptisée « Anémone » par le protocole, se trouvent entre Nicolas Sarkozy d’un côté, Richard Ferrand de l’autre. L’ancien président entend mal et parle fort. Il s’impatiente : « Quand est-ce qu’il arrive ? » Regards réprobateurs des premiers rangs. « C’est bien la première fois qu’il est impatient de voir Chirac », soupire le sénateur Les Républicains Pierre Charon.

« Anne-Aymone, il n’y a plus de fauteuil ! »

La messe tarde à commencer. Ne voyant pas Emmanuel Macron, « VGE » se tourne vers le président de l’Assemblée pour lui demander, toujours aussi fort et en articulant : « Où est le président en exercice ? » Ferrand lui désigne Macron, assis au bout de la rangée, sur une chaise. « Mais où est le fauteuil ? », insiste Giscard, interloqué. Son voisin lui explique que le fauteuil en bois doré et velours rouge, avec le prie-dieu assorti, autrefois dévolu au chef de l’Etat, n’existe plus. M. Giscard d’Estaing n’en revient pas. « Anne-Aymone, lance-t-il, désemparé, à l’ex-première dame, il n’y a plus de fauteuil ! »

Quand le cercueil entre enfin, précédé d’un aréopage de prêtres et d’évêques, le silence se fait. L’ancien président hausse les épaules : « Mais enfin, pourquoi autant d’évêques ? Un seul suffirait ! » Pendant l’offertoire, l’église écoute Daniel Barenboim interpréter au piano un Impromptu de Schubert. L’ex-président, sa feuille de messe entre les mains, esquisse un sourire canaille : « C’est mon morceau préféré ! Pourquoi le joue-t-on ici ? »

« Maintenant, Giscard et Balladur peuvent mourir, ils ont enterré leur pire ennemi », glisse un chiraquien. A la fin de la messe, l’ancien ministre Jean-François Copé prophétise : « Cette cérémonie est la dernière du genre, c’est fini. » Quinze mois après son vieil ennemi, Valéry Giscard d’Estaing devait être enterré à son tour samedi, dans la plus stricte intimité. Comme il l’avait décidé.

Publié dans Articles de Presse

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