Valéry Giscard d’Estaing est mort du Covid-19 à 94 ans [vidéos]

Publié le par Charente Libre

Le troisième président de la Ve République Valéry Giscard d’Estaing est mort mercredi soir du Covid-19, entouré des siens, à l’âge de 94 ans. Hospitalisé à plusieurs reprises ces derniers mois pour des problèmes cardiaques, l’une de ses dernières apparitions publiques remontait au 30 septembre 2019, lors des obsèques à Paris de Jacques Chirac.

 Photo AFP

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L’ancien président Valéry Giscard d’Estaing, âgé de 94 ans, est décédé ce mercredi soir "entouré de sa famille" dans sa propriété d’Authon dans le Loir-et-Cher, a appris l’AFP auprès de son entourage, confirmant une information d’Europe 1. Il avait été hospitalisé à plusieurs reprises ces derniers mois pour des problèmes cardiaques. Selon sa famille, il serait décédé des suites du covid.

Plus jeune président de la Ve République lorsqu’il est élu en 1974 à l’âge de 48 ans, Valéry Giscard d’Estaing avait fait l’une de ses dernières apparitions publiques le 30 septembre 2019 lors des obsèques à Paris d’un autre président de la République, Jacques Chirac, qui fut son Premier ministre.

Valéry Giscard d’Estaing se voulait l’incarnation d’une modernité triomphante, issue du centre-droit libéral et démocrate-chrétien qui a bâti l’Europe d’après-guerre.

Né le 2 février 1926, engagé à 18 ans en 1944 dans la 1ère armée du général de Lattre de Tassigny, Valéry Giscard d’Estaing disait admirer deux hommes, le général de Gaulle et Jean Monnet, père de l’Europe.

Il n’a que 48 ans lorsqu’il est élu président en 1974, battant sur le fil François Mitterrand, et devient ainsi, dans une France qui enterre les Trente-Glorieuses et digère mai-68, le premier non-gaulliste à s’emparer de l’Élysée.

Son élection fait souffler un vent de liberté sur le pays, après le années De Gaulle et Pompidou. Aux réformes progressistes – abaissement de la majorité à 18 ans, dépénalisation de l’avortement -, le nouveau président ajoute un style inédit, s’affichant au ski ou sur un terrain de football, convoquant sa fille sur ses affiches de campagne et son épouse Anne-Aymone lors de voeux télévisés pour la nouvelle année. L’homme à la silhouette élancée et au crâne dégarni renonce à l’apparat présidentiel pour sa photographie officielle, fait éclaircir le bleu et le rouge du drapeau tricolore et ralentir le rythme de la Marseillaise.

L’Auvergnat qui joue de l’accordéon à la télévision s’invite également chez les Français pour dîner, ouvre l’Elysée à des éboueurs maliens pour un petit-déjeuner de Noël, renouvelant une communication politique encore très cadenassée. Le très officiel ORTF est supprimé quelques mois après son arrivée au pouvoir.

Giscard d’Estaing est pourtant un pur produit de l’élite française: polytechnicien et énarque, il s’était distingué sous les ordres du maréchal de Lattre de Tassigny lors de la Libération, puis pendant huit mois en Allemagne et en Autriche jusqu’à la capitulation du Reich. Né à Coblence, en Allemagne alors occupée par les forces françaises, Valéry Giscard d’Estaing est issu d’une grande famille bourgeoise.

"Jamais imaginé la défaite"

Entré au gouvernement dès 1959, VGE multiplie les postes ministériels à l’Economie et aux Finances dans les années 60 et 70. Le maire de Chamalières éclipse Jacques Chaban-Delmas, pour s’imposer comme chef de file de la droite jusqu’à sa victoire en 1974.

Après des débuts prometteurs, VGE connaît une première crise avec la démission de son Premier ministre, Jacques Chirac, en 1976. Initiateur du "G7", le club des dirigeants des pays les plus riches, il donne une impulsion décisive à l’axe franco-allemand aux côtés du chancelier Helmut Schmidt. Le ralentissement économique consécutif au choc pétrolier, les affaires – suicide suspect de son ministre Robert Boulin, diamants offerts par le président centrafricain Bokassa – ainsi qu’une inflexion de sa politique, plus conservatrice et économiquement austère, pèsent sur sa popularité.

Le 10 mai 1981, il échoue à se faire réélire face à François Mitterrand, qui recueille plus d’un million de voix de plus que lui. "Je n’avais jamais imaginé la défaite", confiera-t-il plus tard.

Après son départ resté dans les mémoires— il laisse une chaise vide lors d’une ultime allocution télévisée conclue par un "au revoir" —Valéry Giscard d’Estaing, alors seul ex-président en vie, traverse une profonde dépression. "Ce que je ressens, ce n’est pas de l’humiliation, mais quelque chose de plus sévère: la frustration de l’oeuvre inachevée", écrit-il en 2006 dans "Le pouvoir et la vie" (Compagnie 12). 

Académie française

Élu conseiller général en 1982 dans son fief de Chamalières, dans le Puy-de-Dôme, puis député en 1984, d’aucuns lui prêtent l’intention de diriger le premier gouvernement de cohabitation en 1986 – Jacques Chirac lui est préféré.

Il redevient malgré tout l’un des leaders de la droite en dirigeant à nouveau son parti, l’UDF. Mais, certain de la réélection de François Mitterrand, il ne concourt pas à la présidentielle de 1988. Sept ans plus tard, crédité de 2% dans les études d’opinion, il renonce à nouveau. Peu de temps avant sa mort, il se disait pourtant persuadé que, s’il s’était présenté, il aurait gagné contre Balladur et Chirac.

A partir de la deuxième moitié des années 90, Giscard et le giscardisme disparaissent peu à peu du paysage politique.

L’ancien président de la France, européen convaincu, poursuit pourtant un ultime but: devenir président de l’Europe. En 2001, il prend la tête de la Convention pour l’Europe, chargée de rédiger une constitution européenne, qui sera rejetée par référendum (55% de non).

Cet économiste brillant, auteur de plusieurs ouvrages dont un roman où il imagine une relation avec Lady Di, avait été élu en 2003 à l’Académie française, dans le fauteuil de l’ancien président sénégalais Léopold Sédar Senghor.

En mai dernier, il avait fait l’objet d’une enquête pour agression sexuelle après la plainte d’une journaliste allemande qui l’accusait de lui avoir touché les fesses lors d’une interview plus d’un an plus tôt.

Hospitalisé à plusieurs reprises ces derniers mois, notamment pour "insuffisance cardiaque", il est décédé ce mercredi soir dans sa propriété d’Authon dans le Loir-et-Cher.

Légalisation de l’IVG, majorité à 18 ans… ses principales réformes

Valéry Giscard d’Estaing a effectué plusieurs réformes de société emblématiques durant son septennat entre 1974 et 1981.

Majorité à 18 ans. La première grande réforme du septennat de Valéry Giscard d’Estaing (loi du 5 juillet 1974), dans la lignée d’une campagne placée sous le signe de la jeunesse, abaisse de 21 à 18 ans l’âge légal de la majorité.

Réforme du Conseil constitutionnel. La révision constitutionnelle du 29 octobre 1974 donne aux parlementaires (60 députés ou sénateurs) la possibilité de contester la constitutionnalité d’une loi. Auparavant, seuls le président de la République, le Premier ministre et les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat pouvaient saisir le Conseil constitutionnel.

Refonte de l’audiovisuel. La réforme éclatant l’Office de la radiodiffusion-télévision française (ORTF) en plusieurs entreprises (dont Radio France, TF1, Antenne 2 et France 3), après plus de dix ans d’existence, est effective le 6 janvier 1975.

Légalisation de l’IVG. Sachant que cette réforme rencontrera une forte opposition au sein de la majorité de droite, VGE la lance très vite, pour bénéficier de la dynamique de son élection. La loi du 17 janvier 1975, qui suscite des débats houleux, sera portée par la ministre de la Santé, Simone Veil.

Divorce par consentement mutuel. La loi du 11 juillet 1975 instaure le divorce "par consentement mutuel" ou "pour rupture de la vie commune". Auparavant, seul le divorce "pour faute" était possible.

Collège unique. La loi Haby du 11 juillet 1975 instaure un collège unique visant à "dispenser un enseignement commun", "support de formations générales ou professionnelles ultérieures". Il repousse de fait après la classe de 3e l’orientation vers les filières générales ou professionnelles.

Inventeur des sommets annuels des pays riches

C’est Valéry Giscard d’Estaing, élu président en 1974, qui a institué un an plus tard la rencontre annuelle au sommet des pays les plus industrialisés, devenue le G8. 

Préoccupé par les tensions économiques et monétaires après la crise du dollar en 1971 et le choc pétrolier de 1973, le président français a l’idée de transposer au niveau des plus hauts dirigeants des pays les plus industrialisés l’habitude prise par leurs ministres des Finances de se rencontrer informellement pour se concerter sur les questions brûlantes.

En novembre 1975, il réunit au château de Rambouillet les chefs d’État et de gouvernement des cinq pays occidentaux les plus riches de la planète (États-Unis, Allemagne fédérale, Japon, Royaume-Uni et France) et invite l’Italie à participer à la rencontre en tant que pays présidant la Communauté économique européenne. Le G6 est né.

En 1976 à Porto-Rico, sous la pression des États-Unis, la présence de l’Italie et du Canada est institutionnalisée. On passe alors au G7.

Au fil des ans, le programme de travail des dirigeants des pays les plus riches s’étoffe et s’étend aux questions diplomatiques, à l’environnement, etc. Les sommets tournent le dos à l’idée originelle de VGE de rencontres informelles à l’abri de la presse.

En 1991, peu avant la disparition de l’URSS, le G7 reçoit Mikhaïl Gorbatchev à sa demande le dernier jour. En 1998, la Russie devient membre à part entière de la rencontre annuelle, qui devient le G8.

A partir de 1999, dans une période où des crises financières se succèdent, le G8 se voit reprocher de n’être qu’un "club des riches".

Les grandes puissances se réunissent alors avec des pays émergents dans une nouvelle configuration, le "G20", pour tenter de résoudre ou éviter ces crises.

En 2001, le sommet du G8 de Gênes, en Italie, est marqué par de violentes manifestations de militants antimondialisation qui se soldent par un mort.

En 2014, la Russie de Vladimir Poutine est suspendue du G8 après avoir annexé la péninsule ukrainienne de Crimée et des sanctions sont prises contre Moscou. Le sommet du G8 prévu cette année-là en Russie est annulé, le G8 redevient G7.  

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