Vladimir Poutine sur l’empoisonnement d’Alexeï Navalny : « Si on l’avait voulu, l’affaire aurait été menée à son terme »

Publié le par Le Monde par Nicolas Ruisseau (Moscou, correspondance)

Dans une phrase lourde de sous-entendus prononcée pendant sa conférence de presse de fin d’année, le chef du Kremlin a confirmé qu’Alexeï Navalny était suivi par ses services spéciaux.

Des journalistes devant un écran qui diffuse la traditonnelle conférence de presse de fin d’année du président russe Vladimir Poutine, organisée en vidéoconférence, à Moscou, le 17 décembre. MAXIM SHEMETOV / REUTERS

Des journalistes devant un écran qui diffuse la traditonnelle conférence de presse de fin d’année du président russe Vladimir Poutine, organisée en vidéoconférence, à Moscou, le 17 décembre. MAXIM SHEMETOV / REUTERS

Comme d’habitude, Vladimir Poutine n’a pas cité son nom. Lors de sa traditionnelle conférence de presse de fin d’année, jeudi 17 décembre, le chef du Kremlin a pourtant été interrogé à trois reprises sur le sort d’Alexeï Navalny, le leader des manifestations anti-Kremlin victime d’un empoisonnement cet été pendant un voyage en Sibérie. Transporté et hospitalisé dans le coma le 20 août à Berlin, désormais en rééducation en Allemagne, l’opposant est pour Vladimir Poutine « notre célèbre blogueur » ou « le patient de la clinique berlinoise ».

Le sourire en coin, entre ricanements moqueurs et phrases lourdes de sous-entendus, le président n’a pas répondu à l’interrogation de la BBC, la seule venant d’un journaliste étranger parmi la cinquantaine de questions durant le marathon de quatre heures et demie : a-t-il lu l’article de lundi dernier du site Bellingcat et du média indépendant russe The Insider avec Der Spiegel, El Pais et CNN ? L’enquête accuse un groupe d’agents au service de l’Etat russe, experts en armes chimiques du FSB (l’un des héritiers du KGB), d’avoir mené une filature régulière d’Alexeï Navalny depuis trois ans et d’être derrière son empoisonnement par un neurotoxique de type Novitchok, produit conçu par les scientifiques soviétiques à des fins militaires.

Une « ruse » des Occidentaux

En guise de réponse, Vladimir Poutine a esquivé, tout en donnant une confirmation tout en ambiguïtés. « Il a le soutien des services spéciaux américains. Il doit donc être surveillé par nos services spéciaux. Mais ça ne veut pas dire qu’il fallait l’empoisonner. Si on l’avait voulu, l’affaire aurait été menée à son terme », a lâché Vladimir Poutine. La presse russe, en tout cas celle qui n’hésite pas critiquer le Kremlin, n’a pas tardé à interpréter entre les lignes : si le FSB, aux ordres du président, l’avait voulu, Alexeï Navalny serait aujourd’hui bel et bien mort. Relancé, le chef du Kremlin n’est pas sorti de sa ligne. Et à aucun moment il n’a cité directement l’article de Bellingcat. « Ce n’est pas une enquête, mais la légitimation de contenus venus des services spéciaux américains », a dénigré Vladimir Poutine, dénonçant en l’affaire Navalny une nouvelle « ruse » des Occidentaux pour justifier des attaques contre la Russie.

« Qui a besoin de lui ? », a-t-il ironisé, tout en ne citant personne directement. Le président s’est lancé ensuite dans une longue tirade sur l’opposition. « J’appelle tous nos opposants, toutes les forces politiques du pays, à se laisser guider non pas par leurs ambitions personnelles, mais par les intérêts des citoyens de la Fédération de Russie. Proposez un programme constructif afin de résoudre les problèmes auxquels le pays est confronté », a asséné Vladimir Poutine en guise de leçon de démocratie. Au pouvoir depuis plus de vingt ans, il n’a pas précisé s’il se représenterait à nouveau en 2024, à la fin de son mandat comme le lui permettent les récents changements constitutionnels. Une réforme qui doit aussi lui garantir une immunité à vie. Et le protéger de poursuites judiciaires que les révélations des équipes d’Alexeï Navalny pourraient faire sur la corruption au Kremlin.

Publié dans Articles de Presse

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