Washington accuse la Russie d’être derrière une opération d’espionnage informatique

Publié le par Le Monde avec AFP

Le gouvernement américain n’a découvert que la semaine dernière cette attaque lancée dès mars, sinon plus tôt. Donald Trump a minimisé l’affaire samedi.

Washington accuse la Russie d’être derrière une opération d’espionnage informatique

Depuis plusieurs jours, Moscou était suspecté, mais les Etats-Unis ont franchi le pas et accusé formellement, vendredi 18 décembre, la Russie d’être derrière la gigantesque cyberattaque qui les a frappés.

« C’était une entreprise très importante, et je crois que nous pouvons maintenant dire assez clairement que ce sont les Russes qui se sont engagés dans cette activité », a déclaré le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, lors de l’émission radio du commentateur politique Mark Levin, « The Mark Levin Show », vendredi 18 décembre. Le secrétaire d’Etat a dénoncé une opération de grande ampleur consistant notamment, en utilisant un logiciel, à « entrer dans des systèmes du gouvernement américain ».

La Russie a fermement démenti être impliquée dans cette affaire. « La Russie ne mène pas d’opérations offensives dans le cyberespace », a déclaré l’ambassade russe à Washington. L’étendue de cette cyberattaque ne cesse de grandir au fur et à mesure que de nouvelles victimes sont découvertes, au-delà des Etats-Unis, ravivant les craintes face aux risques d’espionnage.

« C’est une attaque majeure. Je dirais qu’elle est probablement encore en cours (et) sans précédent », a déclaré vendredi, sur la chaîne Fox News, l’élu républicain Marco Rubio, président de la commission du renseignement du Sénat. Il a évoqué, comme le gouvernement la veille, « une grave menace pour l’Etat fédéral, les collectivités locales, les infrastructures cruciales et le secteur privé ».

Une attaque lancée dès mars, peut-être plus tôt

Microsoft a rapporté jeudi soir qu’elle avait informé plus de 40 clients touchés par le logiciel utilisé par les pirates, qui pourrait leur permettre un accès sans entraves aux réseaux des victimes.

« Environ 80 % de ces clients se trouvent aux Etats-Unis, mais notre travail a aussi permis d’identifier à ce stade des victimes dans plusieurs autres pays », a déclaré le président de Microsoft, Brad Smith, sur le blog du géant informatique. Les pays concernés sont le Canada, le Mexique, la Belgique, l’Espagne, le Royaume-Uni, Israël et les Emirats arabes unis. « Le nombre de victimes et les pays touchés vont continuer à augmenter, c’est certain (…), créant une vulnérabilité technologique grave pour les Etats-Unis et le monde », a prévenu Brad Smith. « Ce n’est pas de l’espionnage ordinaire, même à l’ère numérique. »

Les hackeurs ont réussi à compromettre le logiciel Orion de la firme américaine SolarWinds, utilisé pour la gestion et la supervision de réseaux informatiques de grandes entreprises ou d’administrations.

Washington n’a découvert que la semaine dernière cette attaque lancée dès mars, sinon plus tôt. Si le sénateur Rubio a estimé qu’un Etat étranger était bien derrière cet acte « patient », « sophistiqué » et « bien financé », il s’est gardé d’aller plus loin. « Quand vous désignez quelqu’un, vous devez être certain » car « c’est comme un acte de guerre », a-t-il dit.

Pour James Andrew Lewis, du cercle de réflexion Center for Strategic and International Studies, « il n’y a que peu de pays qui ont l’expertise et les ressources pour mener une telle attaque, et la Russie en fait partie ».

Mike Pompeo avait d’ailleurs suggéré dès lundi une possible implication d’acteurs russes, évoquant des tentatives persistantes de tels acteurs pour « entrer dans les réseaux » des ministères et entreprises américains.

Donald Trump sort de son silence mais minimise

Alors qu’il demeurait muet sur le sujet, le président américain a fini par sortir de sa réserve samedi 19 décembre. « Les médias “fake news” accordent à la cyberattaque bien plus d’importance qu’elle n’en a dans les faits », a tweeté Donald Trump. « Tout est sous contrôle. La Russie, la Russie, la Russie : quoi qu’il se produise, c’est toujours la même rengaine que nous servent les médias de masse », leur opposant l’idée que, selon lui, « ce[tte attaque] pourrait être [l’œuvre de] la Chine (ça se pourrait !). »

Une réponse aux critiques visant son silence après la révélation de cette cyberattaque, venant parfois même de son propre camp. « C’est comme si des bombardiers russes avaient survolé notre pays tout entier de façon répétée et sans être repérés », avait commenté jeudi le sénateur républicain Mitt Romney, déplorant « le silence et l’inaction inexcusables de la Maison Blanche », et par là même du président Donald Trump. Son collègue démocrate Mark Warner avait aussi jugé « extrêmement préoccupant [le fait] que le président ne semble pas prendre acte de la gravité de la situation, et qu’il ne daigne pas même y apporter une réponse ».

Le président élu Joe Biden a promis d’en faire « une priorité » dès sa prise de fonctions le 20 janvier. Mais son équipe a alerté vendredi sur de potentiels risques à la sécurité nationale américaine, accusant le Pentagone d’avoir arrêté soudainement ses briefings au gouvernement de transition.

L’Agence de sécurité nationale, qui supervise le renseignement militaire américain, a appelé à une vigilance accrue pour empêcher un accès des pirates aux systèmes-clés de l’armée ou de l’Etat.

Selon les informations connues à ce stade, les pirates ont réussi à pénétrer les e-mails internes du Trésor et du ministère du commerce américains. Le ministère de l’énergie a confirmé vendredi avoir été touché, tout en assurant que le logiciel malveillant avait épargné ses missions les plus sensibles, notamment la branche chargée de la sécurité de l’arsenal nucléaire.

Publié dans Articles de Presse

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