Allemagne : l’exécutif veut débarrasser la loi de ses derniers vestiges nazis

Publié le par Le Point source AFP

Plus de 75 ans après la fin du IIIe Reich, plusieurs textes juridiques ou réglementaires datant du régime d’Hitler n’ont toujours pas été supprimés.

Felix Klein, le commissaire du gouvernement à la Lutte contre l'antisémitisme, souhaite débarasser les lois allemandes de leurs derniers vestiges nazis.  © MICHAEL KAPPELER / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP

Felix Klein, le commissaire du gouvernement à la Lutte contre l'antisémitisme, souhaite débarasser les lois allemandes de leurs derniers vestiges nazis. © MICHAEL KAPPELER / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP

En Allemagne, il existe encore 29 textes juridiques ou réglementaires datant du régime d'Adolf Hitler (1933-1945). Felix Klein, le commissaire du gouvernement d'Angela Merkel à la Lutte contre l'antisémitisme, a déploré le fait qu'ils n'aient jamais été supprimés depuis la chute du IIIe Reich. Certains de ces textes avaient pourtant un « fond antisémite très clair », a-t-il assuré à l'Agence France-Presse. Son objectif est d'aboutir à un nettoyage complet, si possible avant la fin de la législature en septembre.

La question de l'adoption d'une loi unique réformant l'ensemble des textes concernés ou de changements au coup par coup reste cependant à trancher. Le cas le plus emblématique demeure la loi sur les changements de noms et prénoms. Promulguée en janvier 1938, cette loi a ouvert la voie à un décret du ministre de l'Intérieur nazi Wilhelm Frick obligeant à partir du 1er janvier 1939 « les hommes et les femmes juifs à ajouter respectivement les prénoms Israël et Sara à leurs prénoms » officiels, rappelle Felix Klein.

Le texte est devenu une loi fédérale

L'ordonnance a été abrogée par les Alliés après la Seconde Guerre mondiale. Mais ce texte de 1938, débarrassé de sa dimension antisémite, est devenu en 1954, sur décision administrative, une loi fédérale. Or, cette loi, qui définit dans sa version actuelle les critères pour changer de nom, est « encore formulée aujourd'hui comme si le Reich existait toujours », déplore Felix Klein. Il pointe l'usage de termes comme « Reich allemand », « gouvernement du Reich » ou « ministre de l'Intérieur du Reich ».

« Il est absolument inacceptable qu'en 2021, la langue nazie continue de façonner notre loi fédérale », s'emporte auprès de l'Agence France-Presse Helge Lindh, responsable du groupe social-démocrate au sein de la commission de l'Intérieur du Bundestag. « Il était plus que temps d'envoyer un signal clair par cette forme de dénazification tardive », estime-t-il. Ce nettoyage devrait en outre permettre, selon lui, d'étendre la loi à tous les ressortissants étrangers vivant en Allemagne et à ne plus la cantonner aux seuls Allemands.

Des tabous

Cette loi sur les changements de noms est la plus emblématique mais il existe au moins 28 autres textes datant de l'époque nazie. Helge Lindh en recense même une quarantaine. « D'autres lois et règlements traitent de questions très techniques, comme l'ordonnance sur l'administration de l'Elbe dans la région de Hambourg », explique Thorsten Frei, vice-président du groupe conservateur CDU-CSU au Bundestag. La loi sur les praticiens non médicaux, qui réglemente une partie de l'exercice médical, date ainsi de 1939. Une ordonnance sur les casinos continue elle de s'appliquer depuis 1938. La loi d'entraide judiciaire entre l'Allemagne et la Grèce est un héritage de mai 1938.

L'Allemagne a déjà abrogé des lois datant du nazisme, comme en 1994 la pénalisation des relations homosexuelles ou, en 2019, un texte interdisant aux médecins d'annoncer qu'ils pratiquent l'avortement. Bien qu'adoptée quatre ans après la capitulation du 8 mai 1945, la Loi fondamentale, pilier de l'Allemagne démocratique, est elle aussi depuis plusieurs années dans le collimateur, en particulier à gauche. Ses détracteurs demandent la révision de l'article 3 de la Constitution, dans lequel figure le terme de « race ».

Angela Merkel s'y est elle-même dite ouverte en juin 2020. Ironie du sort, le processus inverse s'opère dans la mouvance d'extrême droite, avec le retour en grâce de termes et invectives, longtemps tabous, issus tout droit de l'époque nazie. Les manifestations anti-migrants ou, plus récemment, d'anti-masques, reprennent ainsi le terme « traîtres à la patrie » (Volksverräter en allemand), popularisé par Hitler. La « presse mensongère », stigmatisée par les nazis, est aussi la cible de quolibets dans ces défilés.

Publié dans Articles de Presse

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