Avec Pierre Ropiquet disparaît le dernier déporté niortais

Publié le par La Nouvelle République par Yves Revert, Journaliste, responsable de la rédaction des Deux-Sèvres

Déporté à Dachau à l’âge de 20 ans, le Niortais était le dernier survivant témoin direct de l’abomination concentrationnaire. Il est décédé à l’âge de 96 ans.

Lors d'une cérémonie aux Sablières à Niort en 2018. "Il a témoigné presque jusqu'au bout" rapporte Jane Denenest. @ (Photo NR, Jean-André Boutier) - De 1988 à 2018, Pierre Ropiquet est sans relâche intervenu devant les écoliers, collégiens et lycéens des Deux-Sèvres. @ (Photo NR, Jean-André Boutier)
Lors d'une cérémonie aux Sablières à Niort en 2018. "Il a témoigné presque jusqu'au bout" rapporte Jane Denenest. @ (Photo NR, Jean-André Boutier) - De 1988 à 2018, Pierre Ropiquet est sans relâche intervenu devant les écoliers, collégiens et lycéens des Deux-Sèvres. @ (Photo NR, Jean-André Boutier)

Lors d'une cérémonie aux Sablières à Niort en 2018. "Il a témoigné presque jusqu'au bout" rapporte Jane Denenest. @ (Photo NR, Jean-André Boutier) - De 1988 à 2018, Pierre Ropiquet est sans relâche intervenu devant les écoliers, collégiens et lycéens des Deux-Sèvres. @ (Photo NR, Jean-André Boutier)

Pierre Ropiquet aurait pu être un Niortais tout ce qu’il y a d’ordinaire. Licencié senior aux Chamois, employé dans une coopérative agricole. Mais il aimait le répéter aux élèves devant lesquels il témoignait : l’horreur concentrationnaire pouvait happer jusqu’aux jeunes gens menant une vie tranquille en milieu rural. Décédé avant-hier à l’âge de 96 ans, Pierre Ropiquet était le dernier déporté deux-sévrien. Une voix s’éteint, il n’y en aura plus d’autres.

Né en 1924 à La Mothe-Saint-Héray, il a à peine vingt ans quand la Gestapo l’arrête dans une ferme de la Vienne. Son crime : il a refusé de se faire inscrire au Service du travail obligatoire (STO) et on retrouve sur lui une carte d’identité vierge avec sa photo. La ferme appartient à un cousin engagé dans la Résistance. L’idée de Pierre Ropiquet est de passer en Angleterre.

Une carte d’identité vierge Interrogé à la prison de La Pierre-Levée à Poitiers, il fait partie, le 2 juillet, d’un convoi de 2.300 personnes à destination de Compiègne. Puis, c’est un aller direct pour Dachau : des wagons à bestiaux, cent personnes entassées dans chaque voiture. « J’ai encore le bruit de la fermeture du loquet dans les oreilles », racontait-il des années plus tard. La température dans le wagon grimpe à 60 degrés.

Trois jours plus tard, à l’arrivée, on retire du train 670 morts. « Pour moi, ce nom n’évoquait rien, mais j’ai entendu des camarades qui disaient : “ Dachau ! Les gars, on est foutus ! ” », se souvenait Pierre Ropiquet. Le 21 juillet, nouveau transfert pour Neckarelz, dans le Bade-Wurtemberg. Le jeune Niortais, qui plein de candeur avait indiqué être agriculteur en comptant travailler dans une ferme, se retrouve à creuser une mine où les nazis comptent installer une usine souterraine. Atteint du typhus, il est envoyé à Vaihingen, nouveau cercle de l’enfer : le camp est un mouroir, réservé aux déportés malades ou à l’agonie : « C’était bien un camp de repos, mais de repos éternel… » Il est libéré le 8 avril 1945. Le 22 mai, à 5 heures du matin, il débarque sur le quai de la gare de Niort.

« Un camp de repos… éternel » Cette histoire, confiée à une professeure d’histoire des Deux-Sèvres, Maryline Renaud, avait donné lieu à la publication d’un récit, Histoire d’un déporté. Entre 1988 et 2018, Pierre Ropiquet a témoigné sans relâche devant les écoliers, collégiens et lycéens du département. Un temps président de l’Adif des Deux-Sèvres (Association des anciens déportés, internés et familles de disparus) il accompagnait les enseignants dans la préparation des élèves au concours national de la Résistance et de la déportation. « Il savait dans chaque circonstance adapter son propos à son auditoire. Avec lui, disparaît une voix précieuse de notre histoire », a commenté hier le préfet des Deux-Sèvres, Emmanuel Aubry, dans un hommage. Le maire de Niort, Jérôme Baloge, a également salué sa mémoire : « Nous lui devons beaucoup. » « Il a témoigné presque jusqu’au bout. C’était une promesse que des personnes comme lui avaient faite à ceux qui n’ont pas pu revenir, a réagi hier Jane Debenest, ancienne présidente de l’Adif. C’était pour eux un devoir sacré : dire. »

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