Donald Trump sous la menace d’une nouvelle procédure de destitution

Publié le par Le Parisien avec AFP

Si une nouvelle procédure a peu de chances d’aboutir avant l’investiture de Joe Biden, elle représenterait une véritable infamie pour le président sortant, visé par un premier «impeachment» au cours de son mandat.

 Donald Trump lors d’une cérémonie, le 7 décembre dernier, à Washington.  AFP/SAUL LOEB

Donald Trump lors d’une cérémonie, le 7 décembre dernier, à Washington. AFP/SAUL LOEB

Quasiment un an jour pour jour après son premier procès en destitution, Donald Trump pourrait se retrouver dès lundi sous le coup d'une seconde procédure. Ce développement sans précédent intervient alors que le président américain sortant ne manifestait samedi aucune intention de démissionner ou de se mettre en retrait après les violences du 6 janvier au Capitole.

Un texte de mise en accusation (« impeachment »), rédigé par des élus démocrates à la Chambre des représentants, reproche au président républicain d'avoir « délibérément fait des déclarations » qui ont encouragé l'invasion du bâtiment du Congrès par ses partisans.

Réunis par Donald Trump pour manifester contre la certification par le Congrès de la victoire de Joe Biden à la présidentielle, les émeutiers avaient ensuite fait irruption pendant la séance parlementaire. Des événements jamais vus à Washington et au cours desquels cinq personnes sont mortes, dont un policier. Depuis, plusieurs émeutiers ont été interpellés et les autorités font savoir que d'autres interpellations vont suivre.

« Il est fou, déséquilibré et dangereux. Il doit partir »

L'article de mise en accusation affirme aussi que Donald Trump a « gravement mis en danger la sécurité des Etats-Unis et de ses institutions de gouvernement ».

La décision de lancer cette nouvelle procédure de destitution (« impeachment ») reviendra une fois de plus à la puissante présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi. Celle-ci a promis d'agir si le président républicain ne démissionnait pas immédiatement.

« Il est fou, déséquilibré et dangereux. Il doit partir », a-t-elle martelé, allant jusqu'à s'entretenir avec le chef d'Etat-major de l'armée américaine pour s'assurer que Donald Trump ne puisse pas utiliser les codes nucléaires.

Reclus à la Maison Blanche, Donald Trump aurait fait savoir à ses proches qu'il n'avait aucune intention de démissionner, indiquait le New York Times samedi.

Jusque dans le camp républicain, certains élus ont semblé ouverts à la possibilité d'un nouvel « impeachment ». Le sénateur Ben Sasse a ainsi affirmé qu'il examinerait les chefs d'accusation si la Chambre ouvrait une procédure de destitution.

Sans se prononcer sur une potentielle « destitution », une autre élue républicaine a appelé au départ de Donald Trump. « Je veux qu'il démissionne. Je veux le voir partir. Il a causé assez de dégâts », a déclaré la sénatrice modérée Lisa Murkowski.

Pas de procès possible avant l'investiture

Plus isolé que jamais, alors que deux membres de son gouvernement ont démissionné, le milliardaire républicain qui s'est vu priver vendredi soir de son canal de communication favori, Twitter, n'a donné aucun signe de vouloir se faire discret.

En réponse, Donald Trump a évoqué des représailles contre le réseau social qui « interdit la liberté d'expression » et le possible lancement de sa propre plateforme dans un futur proche, à travers une série de messages immédiatement retirés par Twitter. « Museler la liberté d'expression est dangereux », a appuyé samedi le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, un des derniers fidèles du président.

Au pouvoir depuis 2017, Donald Trump a déjà été visé au Congrès par une procédure de destitution, ouverte par Nancy Pelosi fin 2019 sous l'accusation d'avoir demandé à un pays étranger, l'Ukraine, d'enquêter sur son rival Joe Biden. Il avait été acquitté au Sénat, à majorité républicaine, début 2020.

Pour que la nouvelle procédure de destitution aboutisse, il faudrait que le milliardaire républicain soit jugé coupable par les deux tiers du Sénat, ce qui n'a aucune chance de se produire avant la prestation de serment de son successeur Joe Biden, le 20 janvier.

Le chef des républicains au Sénat, Mitch McConnell, a d'ailleurs fait circuler un mémo stipulant qu'avec les règles actuelles du Sénat, aucun procès pour destitution ne pourrait avoir lieu avant l'investiture du président élu, à moins que la totalité des sénateurs n'autorisent une telle procédure.

Une marque indélébile sur son bilan

Reste que lancer un second « impeachment » laisserait une marque indélébile sur le bilan de Donald Trump : aucun président américain n'a subi ce déshonneur.

Le sénateur républicain Lindsey Graham, un autre de ses proches, a de son côté mis en garde contre une telle démarche qui risquerait de « détruire encore plus le pays », demandant à Joe Biden d'intervenir.

« J'espère que vous ferez usage de votre pouvoir pour arrêter ça avant qu'il soit trop tard », a-t-il ajouté, s'adressant directement au président élu, lors d'une intervention sur Fox News.

Se posant en pacificateur d'un pays ébranlé par les événements du Capitole, le président élu s'est bien gardé de prendre position sur cette question de l'impeachment. C'est au Congrès de décider, a-t-il dit.

Publié dans Articles de Presse

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