Acquittement de Donald Trump : un nouveau coup de farce

Publié le par Libération par Isabelle Hanne, correspondante à New York

L’ancien président américain sort sans égratignure de son second procès en destitution, preuve que son emprise sur le Parti républicain, en proie à une profonde crise identitaire, reste forte.

Donald Trump, entouré notamment de son vice-président Mike Pence et du chef de file des républicains au Sénat, Mitch McConnell, le 9 janvier 2019 à Washington. (Alex Brandon/AP)

Donald Trump, entouré notamment de son vice-président Mike Pence et du chef de file des républicains au Sénat, Mitch McConnell, le 9 janvier 2019 à Washington. (Alex Brandon/AP)

Encore une fois, Donald Trump s’en tire à bon compte. Lui qui pérorait, en 2016, qu’il pouvait «tirer sur quelqu’un au milieu de la 5e Avenue» en toute impunité, a chauffé à blanc ses partisans jusqu’à inciter une insurrection meurtrière au Capitole, menaçant la transition pacifique du pouvoir et, entre autres, l’intégrité physique de son propre vice-président, que d’aucuns juraient vouloir «pendre». Pour autant, l’ex-président a été acquitté dans son second procès en destitution qui s’est achevé samedi au Sénat, à Washington.

Preuve de son emprise toujours forte sur les républicains, seuls sept sénateurs du Grand Old Party sur 50 ont osé voter «coupable». C’est plus que ce que n’importe quel autre président «impeaché» avait recueilli contre lui venant de son propre parti ; mais c’est insuffisant pour atteindre la majorité des deux tiers requise pour le condamner. Les profils des sénateurs républicains qui ont rompu les rangs sont révélateurs : la plupart prennent leur retraite à la fin de leur mandat, ou viennent tout juste d’être réélus, ce qui garantit leur siège jusqu’en 2026 au moins.

Avec Trump, la fameuse «grande tente» du GOP est devenue chapiteau, abritant un cirque bruyant et bigarré. Laissant le parti dans une profonde crise identitaire : doit-il s’aligner sur ses figures «modérées», les Mitt Romney, les Liz Cheney, au risque de s’aliéner un électorat toujours loyal à Trump ? Lobotomisés aux mensonges trumpistes, gavés de prophéties QAnon, ceux-là ne voient dans l’assaut du Capitole que le fait d’«anarchistes» qui n’ont rien à voir avec les «bons patriotes, bons chrétiens», là pour «manifester pacifiquement» contre une «élection volée».

Danse du ventre

Embrassera-t-il au contraire les tenants complotistes du culte de la personnalité, les Marjorie Taylor Greene, les Ted Cruz, au risque de s’aliéner, cette fois, les républicains traditionnels choqués par le Capitole, et certains gros donateurs soucieux de leur réputation ? La danse du ventre de Mitch McConnell, samedi, a illustré le dilemme. Le chef de file des sénateurs républicains a voté pour l’acquittement de Trump, puis l’a accusé dix minutes plus tard d’être «dans les faits et moralement responsable d’avoir provoqué les événements» du 6 janvier. L’ombre portée de Trump et son hypothétique candidature à la prochaine présidentielle pourrait déchirer le GOP au moins jusqu’aux élections de mi-mandat en 2022, qui révéleront le succès, ou l’échec, de la stratégie choisie.

Le verdict souligne la faillite morale du parti, qui a remisé sans broncher sa boussole – la farce de la «responsabilité fiscale», les «valeurs familiales» tout aussi faux-cul – pour dégainer sa casquette rouge «MAGA» et son drapeau confédéré. La dynamique était bien enclenchée depuis la fin des années 2000 et l’avènement populiste et raciste du Tea Party. Trump n’a fait que révéler, certes crûment, «l’essence» du GOP, selon le stratège républicain Stuart Stevens (1). «Trump n’est pas une aberration du Parti républicain, il est le Parti républicain dans sa forme purifiée.» Dans cette logique, seule l’autodestruction permettrait au parti de s’en débarrasser ; autant dire que le post-trumpisme n’est pas pour demain.

(1) It Was All a Lie : How the Republican Party Became Donald Trump, Knopf, août 2020.

Publié dans Articles de Presse

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