« Chaque nom compte » pour le mémorial numérique des victimes d’Auschwitz Abonnés

Publié le par La Croix par Delphine Nerbollier, correspondante à Berlin

Analyse Des volontaires participent, depuis un an, à la numérisation des Archives de Bad Arolsen, dans la Hesse (Allemagne), contribuant au maintien de la mémoire des victimes des persécutions nazies. Près de onze mille personnes ont ainsi aidé à la numérisation de plus de deux millions de documents. 

2,5 millions de documents sur les 30 que compte les Archives de Bad Arolsen ont été numérisés, à l’occasion de la Journée mondiale dédiée à la mémoire des victimes du nazisme, ce mercredi 27 janvier. Swen Pf'rtner/Swen Pf'rtner/picture-alliance/dpa/AP Images

2,5 millions de documents sur les 30 que compte les Archives de Bad Arolsen ont été numérisés, à l’occasion de la Journée mondiale dédiée à la mémoire des victimes du nazisme, ce mercredi 27 janvier. Swen Pf'rtner/Swen Pf'rtner/picture-alliance/dpa/AP Images

Juifs, travailleurs forcés, homosexuels, personnes classées comme « asociales »… Au total, 50 000 noms de victimes des persécutions nazies seront projetés, mercredi 27 janvier, entre 17 heures et 22 heures, sur l’immense façade de l’ambassade de France à Berlin, à quelques mètres de la porte de Brandebourg.

Visible en temps réel sur Internet, cette installation est l’un des nombreux événements organisés, à l’occasion de cette Journée mondiale dédiée à la mémoire des victimes du nazisme, grâce au travail, l’an dernier, de milliers de volontaires à travers le monde.

2,5 millions de documents numérisés

Originaires des États-Unis, de Belgique, d’Allemagne, plus de 10 600 personnes ont aidé à la numérisation de 2,5 millions de documents issus des Arolsen Archives. Ce centre international de documentation des persécutions nazies basé à Bad Arolsen, dans la Hesse, détient le fond le plus complet sur les victimes et les survivants de cette période et est inscrit au registre de la mémoire du Monde de l’Unesco.

Appelée #everynamecounts (#chaquenomcompte), cette initiative « vise à ériger un mémorial numérique pour les victimes des persécutions nazies », comme l’explique la Française, Floriane Azoulay, directrice de ces archives. « Le projet tisse des liens entre la mémoire du passé et l’engagement de la population d’aujourd’hui. Des jeunes qui n’ont aucun lien personnel avec la Shoah sont reconnaissants de cette opportunité de contribuer personnellement et durablement, à faire en sorte que les noms des victimes ne soient pas oubliés, et que leur histoire soit racontée », ajoute-t-elle.

« Je ne veux pas que l’histoire se répète »

Le travail des volontaires consiste à retranscrire, de chez eux et sur un site Internet spécifique, les informations contenues sur des documents scannés, issus des camps de concentration. Parmi ces volontaires, certains laissent ensuite des commentaires. L’un d’eux, originaire de Nüremberg, en Allemagne, avoue avoir « entendu et vu assez de choses sur la période nazie » durant ses années au lycée, avant de changer d’avis.

« Aujourd’hui, j’ai retranscrit la fiche d’une personne née le même jour que moi », écrit-il. « Je ne veux pas que l’histoire se répète. En participant à cette initiative, j’espère redonner un peu de dignité aux victimes » ajoute-t-il. Des établissements scolaires participent, comme le lycée français de Düsseldorf.

« Un signe de diversité et de démocratie »

« Nous travaillons depuis vingt ans à la numérisation de nos archives, mais n’avons pas réussi à numériser la moitié des 30 millions de documents que nous possédons », constate Anke Münster, porte-parole des Archives de Bad Arolsen. « Le travail des volontaires est donc très important. Ces gens sont actifs, très motivés, ils créent un lien direct avec les victimes. Ils apprennent où elles ont vécu, quel métier elles faisaient. Ce projet est un signe de diversité et de démocratie, alors que cette période de l’histoire est souvent relativisée et que les survivants ne pourront bientôt plus parler. Les documents parlent à leur place », note-t-elle.

Une fois numérisés, ces documents sont mis en ligne et accessibles à tous, facilitant le travail des descendants de victimes. 76 ans après la libération du camp d’Auschwitz, le 27 janvier 1945, l’intérêt reste fort. Les Archives de Bad Arolsen reçoivent, chaque année, plus de 20 000 demandes de renseignements.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article