En Géorgie, manifestation à Tbilissi contre la violente arrestation d’un des chefs de l’opposition

Publié le par Le Monde avec AFP

Plusieurs milliers de partisans de l’opposition ont manifesté mardi devant le siège du gouvernement, à Tbilissi, contre l’arrestation de Nika Melia, chef du Mouvement national uni (MNU).

Nika Melia, le président du Mouvement national uni, en train de s’exprimer devant ses partisans, à Tbilissi, la capitale géorgienne, le 17 février 2021.  VANO SHLAMOV / AFP

Nika Melia, le président du Mouvement national uni, en train de s’exprimer devant ses partisans, à Tbilissi, la capitale géorgienne, le 17 février 2021. VANO SHLAMOV / AFP

La tension est montée d’un cran en Géorgie, plongée dans une crise politique depuis les élections législatives d’octobre. Plusieurs milliers de partisans de l’opposition ont manifesté mardi 23 février dans le pays contre l’arrestation violente d’une personnalité politique de premier plan.

Nika Melia, chef du principal parti d’opposition géorgien, le Mouvement national uni (MNU), a été sorti des locaux de sa formation politique pour être placé en détention provisoire. Des centaines de policiers antiémeute ont alors utilisé des gaz lacrymogènes contre ses partisans et des dirigeants de tous les partis d’opposition qui campent devant le bâtiment depuis près d’une semaine. Des dizaines de soutiens de l’opposition ont également été interpellés.

L’opération policière fait suite à la démission du premier ministre Giorgi Gakharia, jeudi, qui a fait part d’un désaccord au sein du parti au pouvoir, Rêve géorgien, au sujet de l’application d’une ordonnance judiciaire, rendue la semaine dernière, visant à placer M. Melia en détention provisoire.

L’opposant est accusé d’avoir organisé des « violences de masse » pendant des manifestations d’envergure en 2019, risquant à ce titre neuf ans de prison. Lui rejette ces accusations, qu’il estime de nature politique.

Appels à manifester

Des milliers de manifestants se sont réunis mardi 23 février devant le siège du Parlement géorgien, à Tbilissi, pour protester contre l’arrestation de Nika Melia.  IRAKLI GEDENIDZE / REUTERS

Des milliers de manifestants se sont réunis mardi 23 février devant le siège du Parlement géorgien, à Tbilissi, pour protester contre l’arrestation de Nika Melia. IRAKLI GEDENIDZE / REUTERS

Le raid a suscité l’indignation de l’opposition. Mardi, en fin d’après-midi, les protestataires se sont réunis devant le siège du gouvernement, à Tbilissi, pour dénoncer l’interpellation de M. Melia et exiger des élections anticipées, selon un correspondant de l’Agence France-Presse (AFP) sur place. L’opposition a appelé à une nouvelle marche vendredi à Tbilissi.

Le ministère de l’intérieur géorgien a soutenu que la police avait fait « un usage de la force proportionné et utilisé des moyens spéciaux » lors de cette opération. Le porte-parole du parti au pouvoir a, lui, jugé que la « polarisation » de la politique géorgienne est due à « des délinquants faisant de la politique et pas à l’envoi en prison de soi-disant hommes politiques ». Le chef du parti Lelo, Mamouka Khazaradzé, opposé au gouvernement, a, de son côté, appelé à « un combat pacifique et inlassable pour défendre la démocratie géorgienne ».

L’ambassade américaine s’est déclarée dans un communiqué « profondément préoccupée » par l’arrestation de Nika Melia. « La force et l’agressivité ne sont pas la solution pour résoudre les différends politiques en Géorgie. Aujourd’hui, le pays a reculé sur le chemin qui doit l’amener à devenir une démocratie plus forte dans la famille des nations euroatlantiques », a ajouté l’ambassade.

« Choqué par les scènes au siège du MNU ce matin », a écrit l’ambassadeur britannique Mark Clayton sur Twitter. « La violence et le chaos à Tbilissi sont la dernière chose dont la Géorgie a besoin en ce moment. J’exhorte toutes les parties à agir avec retenue, maintenant et dans les jours à venir. » 

La semaine dernière, les Etats-Unis et l’Union européenne avaient exprimé leur inquiétude face à cette décision d’arrêter un dirigeant de l’opposition, appelant le gouvernement géorgien à résoudre la crise de manière pacifique et à garantir que son système judiciaire reste libre de tout parti pris politique.

Des tensions depuis les législatives

L’ordre d’arrêter M. Melia a aggravé une crise politique qui sévit dans cette nation du Caucase depuis les élections législatives d’octobre dernier. Les partis d’opposition ont affirmé que le scrutin avait été truqué après que le Rêve géorgien a revendiqué une courte victoire. Dans la foulée de la démission de M. Gakharia, ils avaient appelé à des élections anticipées.

Mais, lundi, le Parlement a confirmé la nomination au poste de chef du gouvernement du ministre de la défense, Irakli Garibachvili, qui avait alors immédiatement annoncé l’arrestation prochaine de M. Melia. Le nouveau premier ministre est considéré comme un fidèle de Bidzina Ivanichvili, le fondateur du parti Rêve géorgien et homme le plus riche du pays, soupçonné de contrôler le pouvoir en sous-main.

Au pouvoir depuis 2012, ce parti a vu sa popularité décliner sur fond de stagnation économique et d’accusations d’atteinte aux principes démocratiques dans cette ex-République soviétique.

Publié dans Articles de Presse

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