«Colette»: l'incroyable histoire d'une résistante normande, nommée aux Oscars

Publié le par Le Monde par Lou Fritel

Le documentaire de 25 minutes retrace le travail de mémoire effectué par une jeune historienne et une nonagénaire normande dont le frère, résistant comme elle, est mort en camp de concentration à dix-sept ans.

Lucie Fouble (à gauche) et Colette Marin-Catherine (à droite) ont mené, ensemble, ce travail de mémoire. Capture d'écran Colette - The Guardian

Lucie Fouble (à gauche) et Colette Marin-Catherine (à droite) ont mené, ensemble, ce travail de mémoire. Capture d'écran Colette - The Guardian

Le récit semble inventé tant il sied à une production hollywoodienne. Et pourtant. Colette, film dédié à Colette Marin-Catherine, ancienne résistante normande de quatre-vingt-dix ans partie sur les traces de son frère décédé en camp de concentration, a été nommé aux Oscars, lundi 15 mars, dans la catégorie courts-métrages documentaires.

L'aventure commence en 2019. Accompagnée de Lucie Fouble, bénévole de dix-sept ans à la Coupole d'Helfaut - centre mémoriel consacré à la Seconde Guerre mondiale -, Colette a tenté de reconstituer le parcours de Jean-Pierre Catherine, résistant déporté vers le camp de Dora, où les Allemands, emprisonnaient des hommes pour fabriquer les missiles V2. Le jeune homme y a trouvé la mort. «Quand Jean-Pierre Catherine a été déporté, il avait dix-sept ans. Il est mort dix jours après ses dix-neuf ans à Dora. Je vais bientôt en avoir vingt. Jean-Pierre n'a pas vécu jusque-là», rapporte Lucie Fouble à La Voix du Nord .

Colette, «une personnalité fantastique»

Le réalisateur américain et la productrice française du documentaire, Anthony Giacchino et Alice Doyard, ont découvert leur histoire alors qu'ils tournaient, en 2018, une série de portraits sur des acteurs de la Seconde Guerre mondiale en Normandie. Rencontre fortuite: ils tombent sur Colette Marin-Catherine, «une personnalité fantastique», confie Alice Doyard. Émerge alors l'idée de suivre la nonagénaire dans sa quête. Nouveau hasard bienheureux : Laurent Thiery, historien, qui depuis La Coupole coordonne la rédaction du Livre des 9000 déportés de France à Mittelbau-Dora, paru en 2020, met un nom et un visage sur ceux passés par le camp de concentration. Une notice concerne Jean-Pierre et la jeune Lucie en est l'auteur.

Le film met en avant cette obsession pour la vérité, portée par la douleur d'une femme qui a «mis soixante-quinze ans à oublier» la mort de son frère et la préoccupation d'une apprentie historienne de «transmettre son histoire, de ne pas oublier le passé ». Colette navigue entre documentaire historique et film émotion, soulignant discrètement le travail de La Coupole, où l'on suit Lucie Fouble, notamment au début du documentaire. Une mise en valeur soulignée par le directeur de l'institution, Philippe Queste : «Le film valorise le Livre des 9 000, le travail d'une bénévole, brillante, la plus jeune.»

«Immense honneur»

Malgré le lieu, l'histoire et l'équipe de tournage, Colette n'a jamais été diffusé en France mais il peut être visionné sur le site du Guardian qui l'héberge. Le documentaire a été sélectionné une première fois début février, comme dix autres parmi les cent quatorze productions en lice, pour figurer sur la liste des films potentiellement nommés aux Oscars. Plusieurs fois sacré aux États-Unis, Colette a, finalement, obtenu sa nomination. Un «immense honneur», pour toutes les personnes ayant participé, de près ou de loin, à la réalisation du court-métrage. Reste à savoir si la 93e cérémonie, reprogrammée au 25 avril en raison de la pandémie, l'honorera définitivement.

Publié dans Articles de Presse

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