Le danseur Patrick Dupond est décédé à 61 ans des suites d'une «maladie foudroyante»

Publié le par Le Figaro par Ariane Bavelier et AFP agence

DISPARITION - Surdoué, fantasque, l'ex-étoile disait que son art lui a permis d'exister de la plus belle des façons. Dans une vie chaotique, marquée par des déconvenues et un très grave accident de voiture, la danse était source de sagesse.

«La danse m'a donné un cadre et une liberté, le moyen d'exister de la belle façon, faisant du bien et échappant à tous les pièges. Maintes fois, je suis tombé, la danse m'en a sorti.» Agip/Leemage

«La danse m'a donné un cadre et une liberté, le moyen d'exister de la belle façon, faisant du bien et échappant à tous les pièges. Maintes fois, je suis tombé, la danse m'en a sorti.» Agip/Leemage

Il avait hystérisé les plus grandes salles du monde, à force de pirouettes et de grands jetés. Le danseur étoile Patrick Dupond est mort d'une «maladie foudroyante» comme vient de l'annoncer son entourage à l'AFP. «Patrick Dupond s'est envolé ce matin pour danser avec les étoiles», a affirmé sa collaboratrice Leïla Da Rocha, précisant qu'il était malade depuis «quelques mois».

Il avait appris la danse avec des gens qui avaient côtoyé Nijinsky. Il citait ses maîtres par leurs prénoms. Maurice (Béjart), Roland (Petit), Jerome (Robbins), Rudolf (Noureev), John (Neumeier), Alvin (Ailey), Claude (Bessy) comme une litanie de ses saints personnels. «J'ai hérité d'eux et j'ai le devoir de transmettre, expliquait-il. Dans une vie chaotique, la danse était pour lui source de sagesse. «Si c'était à refaire, je recommencerai, expliquait-il en août dernier au Figaro. Cet art m'a ouvert sur la paix intérieure, le fait de s'en remettre aux mains d'un créateur bouscule vos certitudes et vous reformate à l'élégance». Avant de poursuivre : «La danse m'a donné un cadre et une liberté, le moyen d'exister de la belle façon, faisant du bien et échappant à tous les pièges. Maintes fois, je suis tombé, la danse m'en a sorti.»

Patrick Dupond est né en le 14 mars 1959 à Paris. Son père a quitté très tôt le foyer et sa mère essaye de canaliser l'énergie de ce fils facétieux et turbulent en l'inscrivant au football et au judo. Sans succès. C'est dans la danse classique qu'il trouve sa voie. Max Bozzoni, ancien danseur à l'Opéra de Paris et professeur de ballet, le prend sous son aile. Il sera son «professeur à vie», jusqu'à sa disparition en 2003.

En 1970, Patrick Dupond entre à l'école de danse de l'Opéra de Paris. Le jeune garçon, qui éreinte ses professeurs par son indiscipline, va grimper tous les échelons de la vénérable institution. À 16 ans, il entre au ballet comme quadrille stagiaire. Un an plus tard, il affirme son caractère en s'inscrivant seul au concours international de Varna (Bulgarie). Il y rafle la médaille d'or.

En 1980, c'est la consécration: il est nommé étoile à l'Opéra de Paris. Dix ans plus tard, à 31 ans seulement, il se distingue comme le plus jeune directeur du ballet de l'Opéra de Paris. Il succède à un certain Rudolf Noureev à la direction du ballet. Avant d'être arraché à son «berceau du Palais Garnier». Il quitte «la maison» dans des circonstances pénibles après son licenciement en 1997, pour lequel il a été dédommagé en cassation.

En janvier 2000, un accident de voiture le laisse avec 134 fractures, trois vertèbres artificielles, une main arrachée. les médecins lui annoncent qu'il ne dansera plus. Après neuf mois de convalescence, il remonte sur scène pour une comédie musicale, L'Air de Paris, avant de nouveaux jours de tempête deux ans plus tard entre burn-out et alcool.

À l'approche de la soixantaine, il avait retrouvé foi en la danse et confessait se voir ni en état d'échec ni de réussite, mais «sur le chemin». Sur ce chemin, il croisa la route d'Alain Delon au cinéma (Dancing Machine). Il dansera également avec les chevaux du Cadre noir

Il devait en partie sa résurrection à Leila da Rocha, ancienne championne internationale de basket, passée chez Martha Graham puis reconvertie dans la danse sacrée orientale. « Elle m'a recadré. Je suis embarqué dans sa dynamique, elle me dirige presque malgré moi», confiait-il à son propos. C'est elle qui se démena pour qu'il devienne juré de l'émission de télévision «Prodiges», puis de «Danse avec les stars». Car dans le ciel des danseurs, où les étoiles filent, le nom de Patrick Dupond portait encore toute sa lumière.

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