Présidentielle : comment Bertrand veut se démarquer de Macron

Publié le par Le Journal de Saône-et-Loire par P. J.

Sécurité, immigration, référendums, parcours de Français moyen : le président de la région Hauts-de-France entend opposer un programme très à droite et une personnalité provinciale et non élitiste au président sortant et à la candidate du Front national.

A 56 ans, Xavier Bertrand se lance dans la course à la présidentielle. Photo Christophe ARCHAMBAULT/AFP1 /1

A 56 ans, Xavier Bertrand se lance dans la course à la présidentielle. Photo Christophe ARCHAMBAULT/AFP1 /1

Désormais officiellement déclaré à la présidentielle 2022, Xavier Bertrand serait-il la synthèse de l'histoire contemporaine de la droite française ?

Toutes les références de droite

Comme de Gaulle, sa référence basique et suprême, le candidat venu du Nord (le Général était né dans le Vieux-Lille) promet des référendums pour "redresser" le pays, restaurer l'autorité de l'Etat.

Comme Nicolas Sarkozy, le dernier qui a fait gagner sa famille politique, Xavier Bertrand annonces des quotas d'immigration, promeut l'identité nationale, promet des expulsions automatiques d'étrangers délinquants, annonce des moyens inédits pour la sécurité, l'application de toutes les peines de prison, la construction de prisons (20 000 places). Il place le parquet en première ligne de la politique pénale en autorisant les procureurs à condamner, reléguant les juges du siège.

De Jacques Chirac, le plus populaire des présidents de droite de la Ve République, il ravive la fracture sociale en avançant le dialogue avec les syndicats, les élus locaux, les passerelles entre métiers pour les travailleurs du quotidiens.

Comme François Fillon, le préféré des militants pour son conservatisme et son libéralisme, il repousse la retraite à 65 ans pour tous, baisse les impôts, rationnalise les effectifs de la fonction publique.

Xavier Bertrand se pose d'abord en homme de droite. Peu d'écologie dans son long propos au magazine Le Point, pas de promesses sur les salaires, de rétablissement de l'ISF. Sa gauche ressemblerait à celle d'Arnaud Montebourg : souveraine et ouverte à la création d'entreprises.

Les aspérités qui le distinguent

A cette synthèse classique destinée à son camp, il ajoute des aspérités. Elles lui permettent de précéder ses rivaux, potentiels, Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau. Ou de se prémunir d'éventuels recours comme Michel Barnier qui nous accorde un entretien exclusif.

- La décentralisation massive, changement de régime

Pour échapper au "centralisme" et au "parisianisme" qui de son point de vue caractérisent Emmanuel Macron, il entend recentrer l'Etat sur les missions régaliennes. Quitte à utiliser le référendum pour confier la gestion quotidienne du pays aux collectivités locales. L'emploi, le logement, l'environnement, le social, le transport voire l'université et l'école : il substitue un modèle décentralisé au jacobinisme français pourtant cher à la droite classique.

- L'immigration, la sécurité au centre du programme

L'électeur de droite a aimé le quinquennat Macron pour sa politique économique et sociale. Xavier Bertrand estime que le président actuel n'est pas au rendez-vous sur l'insécurité dans une "France Orange mécanique" (référence au film sur les bandes violentes) et encore moins sur l'immigration. Il détaille donc dans Le Point des mesures précises qui dépassent ce que permet la Constitution (droit pour les procureurs de condamner, rétroactivité des peines pour les terroristes, peines de sûreté de 50 ans, majorité pénale à 15 ans)...

Applicable ? Xavier Bertrand est prêt à dégainer ses référendums. Sur ces sujets pour adapter la Constitution comme sur la décentralisation pour éviter les résistances des administrations centrales et des élites.

- Le personnage qui ne vient pas de l'élite

L'assureur de province contre l'ancien de la banque Rotschild et de l'ENA (Macron) d'une part, contre la "fille de" (Marine Le Pen) d'autre part. Xavier Bertrand raconte au Point son enfance en HLM, son parcours à la base dans un cabinet d'assurances de l'Aisne,  son parcours de maire de Saint-Quentin au contact permanent de ses administrés.

La démonstration que, lui, ressemble aux "travailleurs du quotidien", aux méritants républicains, à ceux qui se lèvent tôt, voire aux Gilets jaunes (il les cite), lui permet de dresser un portrait de ses deux principaux adversaires.

En rappelant d'où il vient, il explique à des électeurs de classes populaires déjà passés au RN ou plus souvent détournés des urnes qu'Emmmanuel Macron n'est pas de leur monde et que Marine Le Pen doit assumer fortune familiale et passé d'extrême droite.

Et la gauche ? Il n'oublie pas de prononcer la formule "d'islamo-gauchisme", de défendre le modèle nucléaire et la performance. Mais comme Arnaud Montebourg, il prononce les mots de redressement et de progrès, comme Manuel Valls, il défend laïcité et baisse des impôts. Manière d'affirmer que dans le deux gauches irréconciliables, lui est compatible avec la moins verte et la moins rouge.

Publié dans Articles de Presse

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