Quel avenir pour la mémoire de la Seconde Guerre mondiale ?

Publié le par Le Républicain Lorrain par Olivier Jarrige

À Hagondange, Ascomémo prépare son déménagement. Au fort de Queuleu, la casemate A s’apprête à vivre une année de travaux de sauvegarde. Mais au-delà, se pose la question de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Le bénévolat apporte une dynamique, mais se heurte à ses limites.

Philippe Wilmouth, historien, et son Musée de la Mémoire Mosellane en 1939-1945, à Hagondange.  Photo RL /Gilles WIRTZ

Philippe Wilmouth, historien, et son Musée de la Mémoire Mosellane en 1939-1945, à Hagondange. Photo RL /Gilles WIRTZ

Bonnes nouvelles à Hagondange et Metz. La mémoire de la Seconde Guerre mondiale est prête à prendre une nouvelle dimension. À Hagondange, après trente ans dans les murs de la Ballastière, Ascomémo* s’apprête à déménager dans un ancien entrepôt , rue des Artisans. Un lieu plus grand et surtout plus accessible aux visiteurs. En juin, le public devrait pouvoir y être accepté (sous réserve de conditions sanitaires). C’est un signe de reconnaissance pour le travail effectué et une nécessité : la Ballastière devient trop petite. Et c’est doublé d’un coup de pouce de la municipalité sortante de 250 000 €.

À Metz, l’association du fort de Queuleu a vu cette semaine arriver les engins de chantiers. C’est l’étape « travaux » du programme de sauvegarde, décidé en 2016, cofinancé par l’État, le Département, la Région et Metz, et piloté par Metz-Métropole. Un chantier à 1M€ pour sauvegarder l’étanchéité de la casemate A.

Ces deux sites sont uniques en Moselle. Le premier par ses collections, le second par son histoire. Le premier est un musée, le second un camp spécial, unique dans le puzzle des camps et de la répression nazie. Ils ont un point commun : ils sont tenus à bout de bras par des bénévoles. Et c’est là tout l’enjeu de cette mémoire.

Au moment où les jeunes générations s’intéressent à la Seconde Guerre mondiale en Moselle, en redécouvrent des aspects , les anciens disparaissent. Les anciens témoins, les survivants, mais aussi les plus anciens bénévoles.

La casemate A, du fort de Queuleu, camp d’internement nazi de la Seconde Guerre mondiale.   Photo RL /Karim SIARI

La casemate A, du fort de Queuleu, camp d’internement nazi de la Seconde Guerre mondiale. Photo RL /Karim SIARI

« Il faudra une génération »

Philippe Wilmouth, d’Ascomémo, s’interroge. Il a 56 ans. « A l’exception de deux guides de 15 et 18 ans, je suis le plus jeune de la dizaine d’actifs, tous les autres ont plutôt 70 ans. A un moment il faudra se poser la question de la pérennité du site. » Il observe : « Le musée de Freyming a fermé, celui de Thionville aussi ».

A Metz, l’association du fort de Queuleu a failli disparaître il y a dix ans. Une nouvelle équipe autour de Jean-Pierre Burger a alors dynamisé le site. Mais la question de fond reste la même. Ces deux lieux se heurtent aux limites du bénévolat : ils n’ont pas de permanents, pas de jeunes en service civique. Pas les moyens techniques, financiers et humains à la hauteur de l’enjeu. « A Schirmeck, le mémorial est né d’une volonté politique », rappelle Philippe Wilmouth. Les Alsaciens ont su élaborer un récit commun autour de la Seconde Guerre, à partir des Malgré-Nous. « En Moselle, les mémoires ne sont pas les mêmes en fonction des territoires, on a eu du mal à se comprendre. Il faut encore pacifier, expliquer tout ça. » « Chaque association a fait à sa sauce, avec sa ténacité, avec ses liens familiaux », analyse Thierry Nicolas, nouveau président du fort de Queuleu. « Mais c’est vrai qu’au sein de l’association, certains membres penchent pour qu’on devienne un syndicat mixte. » En attendant, il s’agit pour lui de faire travailler les lieux de mémoire ensemble. « Il faudra une génération pour arriver à quelque chose de commun… » C’est peut-être un peu long… 

*Association pour la conservation de la mémoire mosellane 

Publié dans Articles de Presse

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