AFFAIRES OUBLIÉES. L'affaire Henri Désiré Landru, le "Barbe-Bleue de Gambais"

Publié le par Closer par Gwendoline Richet

Inoubliable pour la famille des victimes, l'affaire Henri Désiré Landru ne fait plus la Une mais a marqué les années 1910 et 1920. Retour sur cette affaire sordide digne d'un conte de Charles Perrault.

Henri Désiré Landru

Henri Désiré Landru

"Moi ? J'ai fait disparaître quelqu'un ? Eh bien, ça alors ! Si vous croyez ce que racontent les journaux !" Le 7 novembre 1921, Henri Désiré Landru, fils du modeste chauffeur Julien Landru et de la blanchisseuse Flore Henriquel, comparaissait devant le tribunal de Versailles pour le meurtre de dix femmes, de 1915 à 1919. Selon l'accusation, le cinquantenaire aurait attiré ses victimes en leur promettant le mariage, avant de les escroquer de leurs possessions, de les assassiner une à une et de faire disparaître leurs corps dans la cuisinière de sa villa de Gambais, dans les Yvelines. Véritable spectacle mené par un charmeur à l'humour provocateur, le procès attire le Tout-Paris. Mais Henri Désiré Landru nie, et niera jusqu'à son exécution, le 25 février 1922 à Versailles. Pourtant, le Ted Bundy de l'hexagone aurait bien commis les terribles crimes dont il était accusé...

Tout a commencé en 1914. Déjà fin maître de l'escroquerie, amateur de fausses identités, collectionneur d'amendes et de peines de prison, Henri Désiré Landru fait la rencontre de Jeanne Cuchet, lingère et veuve de 39 ans dont il croise le regard au jardin du Luxembourg. Peu de temps après, Jeanne et son fils André, âgé de 17 ans, disparaissent aux alentours de la ville de Vernouillet... Henri Désiré Landru, lui, poursuit sa route. Bien que marié à Marie-Catherine Rémy depuis 1893, l'homme s'inscrit à diverses annonces matrimoniales. Sous plus de 90 pseudonymes, il fréquente jusqu'à 283 femmes. Plusieurs fois, il parvient à mettre la main sur leurs comptes bancaires en leur faisant signer des procurations, à la suite de quoi il fait disparaître leurs corps dans son fourneau. D'ailleurs, le voisinage se laissera surprendre par l'odeur nauséabonde émanant de la cheminée du barbu d'à côté...

Un aller-retour pour lui, un aller simple pour elles

Au mois de mai 1918, le maire de Gambais réceptionne une lettre troublante, dans laquelle Madame Pellat vient aux nouvelles de son amie Anne Collomb, installée à Gambais depuis peu après son fiancé, Monsieur Dupont. Le problème, c'est qu'il n'a jamais entendu parler de cette Mademoiselle Collomb... Quelques semaines plus tard, c'est au tour d'une Mademoiselle Lacoste de lui exprimer son inquiétude au sujet de sa sœur Célestine Buisson, qui n'a plus donné de nouvelles depuis son déménagement à Gambais avec son fiancé, Monsieur Frémyet. Là encore, le maire n'a jamais rencontré la femme mentionnée... Sa curiosité piquée, le maire met en contact les deux familles. Celles-ci découvrent que Dupont et Fremyet étaient certainement le même homme, et que les deux disparues avaient répondu à des annonces matrimoniales parues en mars et en mai 2015 dans L'Écho de Paris et dans Le Journal.

Henri Désiré Landru est appréhendé le 12 avril 1919 à Paris, après avoir été reconnu par une voisine de Mlle Lacoste sous le nom de Lucien Guillet. À son domicile, les policiers font la découverte d'un petit carnet sur lequel sont inscrits onze noms, dont ceux d'Anne Collomb et Célestine Buisson. 1,5 kg de débris d'os humains calcinés et 47 fragments de dents sont retrouvés dans ses villas de Vernouillet et Gambais, et les enquêteurs notent un détail des plus lugubres dans les finances de l'accusé : lors de ses déplacements en train avec ses fiancées, il achetait un aller-retour pour lui, un aller simple pour elles.

"Cela, Maître, c'est mon petit bagage..."

"Si les femmes que j'ai connues ont quelque chose à me reprocher, elles n'ont qu'à déposer plainte !" Le 30 novembre 1921, Henri Désiré Landru est condamné à la guillotine après un procès haut en couleur marqué par l'éloquence de l'accusé et l'incroyable nombre de curieux venus assister aux audiences. Le jour du jugement, Le Petit Parisien raconte : "Le record de la veille est battu, record de l'entassement et de la curiosité : c'est une cohue indescriptible. On se bat pour avoir des chaises ; deux dames se giflent..." L'accusé, lui, nie jusqu'à la dernière seconde. Le jour de son exécution, le 25 février 2022, Landru refuse le verre de rhum et la dernière cigarette qui lui sont proposés, prétextant que "ce n'est pas bon pour la santé". Juste avant de monter à l'échafaud, il refuse une dernière fois à son avocat de lui livrer la vérité : "Cela, Maître, c'est mon petit bagage..."

Publié dans Articles de Presse

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