Décès d’Eric Raoult, ancien ministre sous Jacques Chirac : «Il est mort d’avoir été trahi»

Publié le par Le Parisien par Elsa Marnette, Anthony Lieures et Olivia Villamy

Eric Raoult, ministre deux fois pendant le premier mandat de Jacques Chirac, avait été député et maire du Raincy (Seine-Saint-Denis). Il est décédé ce vendredi à l’âge de 65 ans. Ses proches pleurent un homme dont la carrière n’a pas été un long fleuve tranquille.

Eric Raoult n'était plus élu depuis 2014. LP/Sébastien Thomas

Eric Raoult n'était plus élu depuis 2014. LP/Sébastien Thomas

« C’est la fin d’une époque, la mienne ». La mort d’Eric Raoult laisse Philippe Dallier, le patron des républicains de Seine-Saint-Denis, sous le choc, et il ne s’en cache pas. Ancien ministre, député et maire, Eric Raoult est décédé ce vendredi à l’âge de 65 ans. L’information, tweetée par l’eurodéputé RN et ex-LR Thierry Mariani, nous a été confirmée par son épouse et l’actuel maire (SE) du Raincy, Jean-Michel Genestier. Maire du Raincy (Seine-Saint-Denis) entre 1995 et 2014, également député de Seine-Saint-Denis durant plus d’une vingtaine d’années, Eric Raoult avait exercé la charge de ministre sous le mandat de Jacques Chirac. Il avait hérité du portefeuille de l’Intégration et de la lutte contre l’exclusion du 18 mai au 7 novembre 1995, avant d’être nommé ministre délégué à la Ville et à l’Intégration de cette date au 2 juin 1997.

Sa défaite contre Jean-Michel Genestier en 2014, soutenu par certains de ses anciens adjoints, l’avait profondément blessé. Son épouse également. « Je suis sous le choc, nous confie-t-elle ce vendredi. C’est une immense tristesse, une immense douleur. Je perds l’homme de ma vie, un très grand humaniste, un homme de droit et de valeur. » En proie à des problèmes de santé, Eric Raoult s’était tout de même présenté aux dernières municipales, en vain.

« Son état s’est aggravé subitement ce matin, explique sa femme. Il n’est pas mort du Covid, mais de ses soucis de santé. Son cœur a lâché, d’épuisement. Il est mort d’avoir été trahi, d’avoir été mis de côté par tous ceux qu’il avait mis en selle, puis qui ne l’ont pas aidé. J’ai été la seule derrière lui. »

Eric Raoult aura incarné pendant des décennies la droite dans un département, la Seine-Saint-Denis, longtemps emblématique de la banlieue rouge. « Hier, il m’a envoyé un SMS pour me féliciter de ma réélection à la tête de la fédération LR de Seine-Saint-Denis, raconte Philippe Dallier. Il m’a même écrit Je suis de retour, car il venait de remporter l’élection du 12e comité de circonscription au sein du parti. Apprendre sa mort, ça m’a filé un grand coup. »

Leur relation n’a pourtant pas été un long fleuve tranquille.

« Je lui dois beaucoup »

« On a eu nos différends politiques mais je lui dois beaucoup. C’est lui qui m’a mis le pied à l’étrier en imposant ma candidature aux municipales des Pavillons-sous-Bois, en 1995. Grâce à lui, je suis devenu maire à l’âge de 32 ans et à l’époque ce n’était pas bien vu. »

Dallier salue aussi le militant qui a su gravir les marches une à une. « Eric Raoult c’est d’abord l’exemple d’un parcours de militant gaulliste. Il a commencé au lycée et il est devenu ministre délégué à la ville en 1995. C’est l’époque où on a commencé les grands programmes de transformation de la ville », raconte-t-il avant d’ajouter, déjà nostalgique : « Je le dis en rigolant mais ça sent la retraite. Avec sa mort c’est en tout cas, une page de la vie politique du département qui se tourne. »

Autre cador de la droite, Jean-Christophe Lagarde, député de Drancy et président de l’UDI, reconnaît « une vraie tristesse » en apprenant appris la nouvelle. « C’est quelqu’un que j’ai connu quand j’avais 18 ans. C’était un vrai patron dans sa famille politique dans le département, aux côtés de Robert Pandraud (NDLR : ancien ministre de la Sécurité de 1986 à 1988 et député (RPR) de la 8e circonscription de la Seine-Saint-Denis de 1988 à 2007). Pandraud était le sage, et Raoult le moteur, dans des années où c’était très difficile. Il combattait les communistes avec fougue, parfois avec rugosité. »

« Derrière le bulldozer, il y avait un cœur d’or »

Entre les deux hommes non plus, tout n’a pas toujours été facile. « Il était RPR, j’étais UDF, on était parfois en rivalité et on s’est parfois accroché. Et puis en 1998, j’étais n° 2 de sa liste aux Régionales et nous avons appris à nous connaître. Et j’ai découvert homme profondément gentil. Il y avait un énorme contraste entre la rugosité de son combat politique et sa gentillesse humaine très réelle. Derrière le bulldozer, il y avait un vrai cœur d’or. »

Lagarde loue aussi son action au ministère de la ville. « Quand il a été ministre, c’est la première fois qu’on a réalisé une cartographie de la politique de la ville en Seine-Saint-Denis et il a rendu un grand service au département à ce moment-là, car Bercy, comme toujours, voulait limiter les endroits où l’on pouvait donner plus d’argent et plus de moyens pour des quartiers en difficulté. »

Selon l’ancien maire de Drancy, malgré les épreuves, malgré une santé parfois défaillante et les défaites politiques, Eric Raoult n’avait pas perdu sa fougue. « La dernière fois que je l’ai vu, c’était pour le dépôt des listes aux Sénatoriales à la préfecture (NDLR : en 2017). Il avait déjà eu des accidents de santé à répétition, des handicaps lourds. Ce jour-là, il était en fauteuil et la passion politique était encore là. »

Un « grand maire » qui « ne faisait pas de cadeaux »

Dans sa ville du Raincy, Jean-Michel Genestier, le maire, estime que la mort d’Eric Raoult est « une triste nouvelle pour la population. Une partie est très attachée à ce qui a pu être fait. Je pense à la médiathèque extrêmement moderne, je pense à l’espace polyvalent Raymond-Mège, qui permettait de s’adapter aux besoins de nombreuses associations. Ce n’était pas forcément un grand bâtisseur mais il avait le sens de l’autre, à sa manière. Il savait prendre des décisions, quelquefois avec une certaine brutalité, qui n’étaient pas comprises tout de suite. »

Pierre-Marie Salle (LR), conseiller municipal d’opposition au Raincy qui avait fusionné sa liste avec celle d’Eric Raoult au 2e tour des élections municipales de 2020, salue, lui, « un grand maire du Raincy ». « J’ai commencé la politique en Seine-Saint-Denis avec lui. J’ai été son adjoint pendant 19 ans » confie avec émotion Pierre-Marie Salle, qui considère Eric Raoult comme « un des grands patrons » qui aura marqué le département. « C’était quelqu’un qui avait de grandes qualités mais aussi quelques défauts. Il était intelligent, généreux, pas rancunier mais il pouvait être aussi brutal en politique. Il ne faisait pas de cadeau. »

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