Etats-Unis : Joe Biden contraint de ne prendre que des mesures mineures pour le contrôle des armes à feu

Publié le par Le Journaldu Dimanche par Antoine Cuny-Le Callet

Alors que les armes à feu font des dizaines de milliers de morts chaque année aux Etats-Unis, toute tentative de contrôle se heurte à l'opposition des républicains. Jeudi, Joe Biden a légiféré par décrets, mais ces mesures semblent dérisoires par rapport à l'ampleur du problème.

 Joe Biden, le 8 avril, présente six décrets pour renforcer le contrôle sur les armes à feu. (Sipa)

Joe Biden, le 8 avril, présente six décrets pour renforcer le contrôle sur les armes à feu. (Sipa)

Six décrets à la portée limitée. Le président américain, Joe Biden, a dévoilé jeudi des mesures ciblées visant à limiter la prolifération des armes à feu aux Etats-Unis. Depuis la Maison-Blanche, il a annoncé six décrets. Le plus significatif d'entre eux concerne le contrôle des armes "en kit". En effet, de nombreuses pièces détachées peuvent être achetées en ligne, dans les commerces ou même fabriquées à partir d'une imprimante 3D. Réunies, elles permettent l'assemblage d'armes artisanales, sans numéro de série et donc intraçables. Aucun contrôle des antécédents criminels ou psychiatriques n'est effectué au moment de l'achat de ces pièces. "Je veux voir ces kits traités comme des armes à feu et soumis à la loi sur le contrôle des armes [Gun control Act]", a martelé Joe Biden. 10.000 "armes fantômes" auraient été saisies par la police en 2019. Un autre décret annoncé par le président vient quant à lui durcir les règles concernant certains accessoires, notamment les stabilisateurs pour les armes de poing.

Des ambitions contrariées. Le président démocrate espère que ces mesures permettront de sauver des vies. Mais toute entreprise visant à adopter une législation plus ambitieuse s'avère périlleuse. Les démocrates ne bénéficient que d'une courte majorité au Congrès. Les leviers d'action ne manquent pourtant pas. La vérification systématique des antécédents judiciaires ou psychologiques des acheteurs d'armes est réclamée à cor et à cri par les partisans d'un meilleur contrôle sur les armes. L'interdiction des fusils d'assaut et celle des chargeurs de grande capacité sont aussi réclamées. En 1994, sous le mandat de Bill Clinton, les fusils d'assaut avaient été interdits de vente pour dix ans, mais cet embargo n'avait pas été renouvelé et les fusils avaient fait leur retour dans les armureries.

Opposition farouche. Comme son prédécesseur démocrate, Barack Obama, Joe Biden risque aussi de se heurter à des élus républicains déterminés à défendre le droit des Américains à porter une arme. Toute tentative de restriction du port d'armes est perçue comme la violation d'un droit constitutionnel, garanti par le deuxième amendement de la Constitution. Le président doit aussi composer avec la National rifle association (NRA), puissant lobby des armes à feu aux Etats-Unis, qui malgré des difficultés financières conserve toute son influence. "Nous avons encore un long chemin à faire… Il semblerait que nous ayons toujours un long chemin à faire", a déclaré jeudi Joe Biden, conscient de la portée limitée de ses décrets et de la persistance de ce problème.

Une "épidémie" de morts par balles. Fait marquant, le président a parlé de la violence par arme à feu aux Etats-Unis comme d'une "épidémie" et a même évoqué une "honte internationale". Les tueries de masses sont un problème récurrent auquel les gouvernements successifs n'ont trouvé aucune solution. Deux fusillades ont récemment marqué les esprits : dans le Colorado, un homme a tué dix personnes dans un supermarché le 22 mars. Une semaine plus tôt, en Géorgie, une triple fusillade dans des salons de massage faisait 8 morts. Selon le site Gun Violence Archive, les armes à feu ont fait plus de 43.000 morts, suicides inclus, aux Etats-Unis en 2020. L'organisation a dénombré 611 "fusillades de masse", ayant fait au moins quatre victimes, contre 417 l'année précédente.

Publié dans Articles de Presse

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