Jusqu'où Joe Biden, Emmanuel Macron et Angela Merkel peuvent-ils soutenir l'Ukraine face à la Russie?

Publié le par Le Journal du Dimanche par Antoine Malo

Les Occidentaux ont-ils péché par naïveté en choisissant la désescalade dans le dossier russo-ukrainien?

 Emmanuel Macron a reçu Volodymyr Zelensky vendredi. (Sipa)

Emmanuel Macron a reçu Volodymyr Zelensky vendredi. (Sipa)

En arrivant vendredi à Paris, Volodymyr Zelensky s'est montré conquérant. Dans une interview accordée le matin au Figaro, le président ukrainien, face au péril d'une intervention militaire de la Russie, qui a massé des dizaines de milliers d'hommes en Crimée et le long de la frontière, se montrait décidé à convaincre Emmanuel Macron d'appuyer ses demandes d'adhésion à l'Union européenne et surtout à l'Otan. Mais, en quittant l'Élysée après un déjeuner de travail avec son homologue français suivi d'une visioconférence avec Angela Merkel, l'ancien humoriste n'a pas obtenu gain de cause.

Faut-il y voir un manque de soutien de la part des deux dirigeants européens? Non, répond Isabelle Facon, directrice adjointe de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). "Recevoir Zelensky en ce moment n'est pas neutre, explique-t‑elle. Surtout quand au final un communiqué commun des trois dirigeants demande aux Russes de retirer les renforts de troupes de la frontière avec l'Ukraine."

Le spectre d'un conflit de grande ampleur

Pour Paris et Berlin, cette demande d'adhésion à l'Otan n'est pas une option, notamment parce que c'est une ligne rouge fixée par Moscou. Or, le couple franco-allemand, parrain des accords de Minsk de 2015, censés régler le conflit du Donbass, dans l'est de l'Ukraine, ne veut pas rompre le dialogue avec Poutine. Cette position est aussi peu ou prou celle de Joe Biden. "Certes, la nouvelle administration américaine n'est pas prorusse et des sanctions ont encore été décidées cette semaine, affirme Isabelle Facon. Mais les États-Unis ont aussi renoncé au déploiement annoncé de deux bâtiments en mer Noire et maintenu la proposition d'un sommet Biden-Poutine."

En choisissant la désescalade, les Occidentaux pèchent-ils par naïveté? Par le passé, le Kremlin a montré qu'il savait profiter de leurs divisions ou leurs prudences, notamment lors de l'annexion de la Crimée, en 2014. Vendredi, il a d'ailleurs interdit pour quatre mois la navigation dans certaines parties de la mer d'Azov, pourtant cruciale pour les Ukrainiens.

Le conflit pourrait-il dès lors prendre une grande ampleur? Isabelle Facon y voit davantage une démonstration de force et des signaux envoyés à Zelensky qui, en lançant une plateforme internationale sur la désoccupation de la Crimée, a agacé la Russie. Reste que le jeu est dangereux, comme le signale la chercheuse : "La situation est tendue et un seul incident peut entraîner un dérapage."

Publié dans Articles de Presse

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