Militant des droits de l’homme et farouche critique des états unis, Ramsey Clark est mort

Publié le par Leaders par Mohamed Larbi Bouguerra

Ramsey Clark, ancien ministre de la Justice dans l’administration du président Johnson est mort,  vendredi 9 avril 2021,  à Manhattan. Il avait 93 ans.

«Ce qui vient Au monde pour ne rien Troubler ne mérite Ni égards ni patience» René Char (poète français 1907-1988)

«Ce qui vient Au monde pour ne rien Troubler ne mérite Ni égards ni patience» René Char (poète français 1907-1988)

Ce Texan né à Dallas, a fait des études de droit tout comme son père, un des neuf juges de la Cour Suprême des Etats Unis. Quand le président le nomma, en 1967, ministre de la Justice à 39 ans, son père démissionna de la Cour Suprême pour éviter tout conflit d’intérêt et toute interprétation tendancieuse.

Ramsey Clark a beaucoup fait à ce poste pour la défense des droits de l’homme et contre la ségrégation qui frappait les Afro-américains notamment dans le logement et l’emploi. Il supprima toute aide fédérale aux écoles qui refusaient de recevoir des élèves de couleur. Il était farouchement opposé à la peine de mort et aux écoutes téléphoniques osant critiquer à cet égard le tout puissant Edgar Hoover, directeur du FBI qui pourchassait les libéraux et les communistes auxquels il vouait une forte haine. Ramsey Clark soutenait que nul n’était au-dessus des lois aux Etats Unis.

Pour l’homme de loi Ramsey Clark, le crime prend racine dans la déshumanisation c-à-d dans la pauvreté, l’ignorance, le racisme et la violence qui sévissent aux Etats Unis. L’Amérique, disait-il, doit s’attaquer à ces tares via l’éducation et la réhabilitation plutôt qu’en recourant aux prisons, véritables incubateurs de criminalité qui ne font qu’exacerber ces déviations. On compte actuellement aux EU, 34,5% de Noirs en prison alors qu’ils ne représentent, selon le recensement de 2019, que 12,4% de la population américaine. Clark disait souvent : « Nous parlons des libertés civiles. Pourtant, nous avons la plus forte population d’Américains derrière les barreaux par habitant dans le monde. Le plus grand geôlier au monde est le pays le plus libre sur terre ? »

Au cours de sa campagne pour les présidentielles, le républicain Richard Nixon en a fait sa tête de Turc promettant que, dès son entrée à la Maison Blanche, il mettrait ce défenseur intègre des droits humains à la porte. On sait ce que Nixon a fait de sa présidence : le scandale du Watergate et un départ humiliant de la Maison Blanche. 

Ramsey a été un des architectes de la Cour Pénale Internationale (CPI) et affirmait : «Pendant 30 ans, j’ai soutenu l’idée et travaillé à la création d’une cour pénale internationale à compétence universelle, indépendante de toute influence politique et ayant le pouvoir de poursuivre les hauts placés et les puissants ainsi que les faibles et les vaincus. L’égalité est la mère de la justice. S’il n’y a pas d’égalité en droit, il n’y a pas de justice.» Les Etats Unis, comme Israël, ne reconnaissent toujours pas la CPI.

Un avocat hors pair, oppose aux guerres américaines

Lorsqu’il quitta l’administration, Clark installa son cabinet d’avocat à New York affirmant que « l’argent n’a aucun intérêt pour moi » alors qu’il devait faire face à de lourdes factures de médecins, sa fille Ronda étant née avec de lourds handicaps. (The Guardian, 10 avril 2021) Il défendit de nombreux activistes et des objecteurs de conscience opposés à la guerre qui visait le peuple vietnamien luttant pour sa libération. Il critiquait vertement la politique américaine arrogante et militariste comme le prouvent ses interventions dévastatrices au Vietnam- avec emploi du désherbant tératogène Agent Orange dans une guerre chimique pour affamer les Vietnamiens et mettre à jour les chemins suivis par les combattants de l’armée de Ho Chi Minh et le matériel de guerre à travers la jungle.   Il dénonça les attaques américaines contre la Grenade, la Lybie le Panama, ainsi qu’aux Balkans, en Somalie et au Nicaragua. Il critiqua la guerre du Golfe et sa mortelle « Tempête du Désert».

Le président cubain, Miguel Diaz Canel a salué la mémoire de Ramsey Clark en twittant samedi 10 avril 2021 : «C’était un homme honnête et solidaire qui s’est tenu à nos côtés lors de batailles cruciales et a dénoncé les grandes injustices commises par son pays dans le monde entier. Cuba lui rend un hommage reconnaissant.» (Reuter)

Pourquoi critiquer ainsi son propre pays?

Clark répond qu’il veut que les Etats Unis vivent «à la hauteur de leurs propres idéaux» ajoutant: «Si vous n’insistez pas pour que votre gouvernement obéisse à la loi, de quel droit alors pouvez-vous le demander aux autres?»

Il se chargea de la défense des dissidents en Iran, au Chili, aux Philippines et à Taïwan ainsi que de celle des auteurs de détournement d’avion en Union Soviétique. Il défendit aussi des juifs syriens et soviétiques mais n’hésita pas cependant à être aussi du côté d’un gardien de camp nazi visé par une extradition. Il fit partie de l’équipe de défense de Saddam Hussein.

L’ONU lui décerna son prestigieux prix des droits de l’homme en 2008 comme elle l’avait auparavant pour des personnalités comme la Première Dame américaine Eleanor Roosevelt et au président sud-africain Nelson Mandela.

Infatigable défenseur de la Palestine

Hanan Ashrawi, ancien membre du Comité Exécutif de l’OLP a écrit sur twitter à l’annonce de son décès: «Ramsey était un infatigable défenseur des Palestiniens et des droits humains. C’était un avocat qui, en toute connaissance de cause, cherchait la justice et réclamait les droits pour les opprimés.»

Il a ainsi défendu les Palestiniens auteurs du détournement d’un bateau de croisière, l’Achille Lauro, en 1985.

En 2007, il rédigea un livre «Palestine et Liban à la croisée des chemins : Occupation et Résistance» avec Leila Khaled et Samia Halaby. La première est une fadaiya palestinienne auteur de deux détournements d’avion. Elle détourna deux vols : le premier, le 29 août 1969, l’avion de la TWA américaine assurant la liaison Los Angeles-Tel Aviv et celui de la compagnie israélienne El Al reliant Amsterdam à New York le 6 septembre 1970. Elle a aussi trempé dans le détournement d’Entebbe d’un vol d’Air France qui se solda par la mort du frère du Premier Ministre israélien, Benjamin Netanyahou, le 17 juin 1976.

Cet ouvrage étudie les causes et les objectifs des attaques israéliennes -soutenues par les Etats Unis- sur la Palestine et le Liban. Il fournit des révélations inédites sur les crimes contre l’humanité perpétrés par les Israéliens et les Américains. Il dénonce l’usage des bombes à fragmentation sur les populations et les infrastructures civiles. Le livre est bourré d’informations sur l’histoire du conflit, les dangers de la politique étrangère américaine, les intérêts économiques et politiques sous-jacents ainsi que des rapports et des interviews de témoins oculaires des crimes israélo-américains.

A la demande de l’OLP, il fit une intervention remarquée à l’occasion du 20ème anniversaire de la guerre de 1967 organisé par le « Comité des Nations Unies pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien ». Il mit l’accent avec verve et conviction sur le droit à l’autodétermination des Palestiniens.

Ramsey Clark visita le territoire de Gaza le 5 janvier 2011 – jour anniversaire de la guerre déclenchée par Israël et rencontra le Premier Ministre Ismaïl Haniyah qui devait déclarer lors d’une conférence de presse: «Nous pensons qu’une telle visite a une grande signification politique pour nous et pour notre peuple. M. Ramsey est une grande personnalité politique qui a des charges officielles et non-officielles. Nous l’avons vu batailler plus d’une fois pour les droits et la justice. C’est un politicien en vue qui a affirmé sa solidarité complète avec le peuple palestinien et le gouvernement palestinien élu… »

Haniyah déclara avoir discuté avec Clark la possibilité d’organiser des visites de politiciens pour faire cesser le blocus de Gaza et l’informa sur les répercussions de la guerre qu’endurent encore les Gazaouis.

Un de ses anciens associés devait déclarer à l’annonce de son décès : «La communauté des juristes progressistes a perdu avec son ancien doyen un homme d’Etat. Durant des années, Ramsey a été la voix de nos principes, une conscience et un combattant en faveur des droits civils et des droits humains.» 

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