Pays de Lorient. Déportation en 1944 : « J’avais si mal que je me croyais mort »

Publié le par Ouest-France Valentin Chomienne

​Charles Nédélec, Hennebontais résistant durant le Seconde Guerre mondiale, a été déporté à Buchenwald, en Allemagne. Retour sur son histoire tourmentée, à l’approche de la Journée nationale du Souvenir des victimes et des héros de la déportation, prévue dimanche 25 avril 2021.

Charles Nédélec a été déporté dans le camp de Buchenwald, en Allemagne, en août 1944. | DR

Charles Nédélec a été déporté dans le camp de Buchenwald, en Allemagne, en août 1944. | DR

Un vivant peut-il penser être un mort ? Cette expérience inconcevable a été subie par Charles Nédélec au printemps 1944 dans un local nazi de tortures à Locminé, au cœur du Morbihan. Le résistant originaire d’Hennebont, près de Lorient, alors âgé de 39 ans, souffrait atrocement des supplices perpétrés par les agents de la Gestapo. Au point de ne plus percevoir la frontière entre l’existence et le trépas. « J’avais si mal que je me croyais mort », aurait-il raconté des années après.

Au début du siècle suivant, le nôtre, la mémoire de son histoire, violemment marquée par sa déportation au camp allemand de Buchenwald en août 1944, se perpétue encore. L’un de ses cinq fils, Gérald Nédélec, dévoile de nombreux documents d’archives, juridiques comme municipales, dans sa maison de Larmor-Plage (Morbihan), à l’approche de la Journée nationale du Souvenir des victimes et des héros de la déportation. Ces pièces rappellent le destin supplicié d’un résistant valeureux.

« Il faut que j’en parle, lâche le douanier retraité du port de Lorient, la voix serrée par l’émotion. Je ne peux pas garder ça pour moi. » Les mains brassant les documents, lettres, articles et communiqués, le presque octogénaire construit la mémoire de son père : depuis son entrée dans la Résistance à l’été 1940, pendant la Seconde Guerre mondiale, jusqu’à son décès, à l’automne 1954, à cause des séquelles de la déportation. « Après son rapatriement en France en mai 1945, il était devenu à moitié fou », souffle péniblement Gérald Nédélec.

Des usines souterraines pour les nazis

Les horreurs avaient submergé la vie de son père en quelques mois. Dénoncé aux nazis comme résistant et arrêté à Guiscriff, près du Faouët, en mai 1944, Charles Nédélec avait plongé dans l’infernal système du régime allemand.

Dans des conditions calamiteuses, le garagiste de profession avait travaillé dans les mines de sel, afin de construire des usines souterraines pour les nazis, de l’automne 1944 au début du printemps 1945. Durant ce calvaire, de nombreux détenus sont morts.

Autre apogée de son malheur : la sinistre marche de la mort. Menacés par l’avancée des troupes soviétiques, les nazis imposèrent aux prisonniers, dont Charles Nédélec, de parcourir à pied près de 375 kilomètres.

« Devoir de mémoire »

Soixante-quinze ans après ces horreurs, l’hébétude et l’incompréhension dominent encore. Gérald Nédélec et les autres descendants de déportés et victimes du nazisme ne peuvent comprendre la brutalité sauvage et meurtrière s’étant abattue sur leurs parents. Il ne lui reste plus qu’à s’acquitter de ce qu’il nomme son « devoir de mémoire ».

Une cérémonie se tiendra, dimanche 25 avril 2021, à Lorient. Dans le contexte de la pandémie de coronavirus, le public ne peut pas y assister.

Publié dans Articles de Presse

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