Quatre morts dans une nouvelle fusillade aux Etats-Unis

Publié le par Libération par Justine Daniel

Les victimes, dont un enfant, ont été tuées par un homme qui a visé un bâtiment occupé par des bureaux dans la ville d’Orange, au sud de Los Angeles. Cette tuerie fait suite à celles survenues à Atlanta et à Boulder en mars, relançant le débat sur le contrôle des armes à feu. 

A Orange, en Californie, devant le bâtiment où s'est produit la fusillade mercredi. (Jae C. Hong/AP)

A Orange, en Californie, devant le bâtiment où s'est produit la fusillade mercredi. (Jae C. Hong/AP)

Aux Etats-Unis, la rengaine meurtrière des fusillades de masse se poursuit. Après Atlanta en Géorgie et Boulder dans le Colorado ces deux dernières semaines, une nouvelle tuerie a eu lieu mercredi en Californie, faisant quatre victimes dont une mère et son enfant. Une cinquième personne est hospitalisée dans un état grave. Vers 17h30 (2h30 heure française), un homme armé s’est introduit dans un bâtiment de ce quartier calme de la ville d’Orange, environ 140 000 habitants, située à une cinquantaine de kilomètres au sud de Los Angeles. La police est rapidement intervenue, répondant à un appel signalant des coups de feu au 202 West Lincoln Avenue, un bâtiment occupé par les bureaux de plusieurs entreprises et entouré de zones résidentielles, décrit la police de la ville sur son compte Facebook.

«Horrifiant et déchirant»

«Les officiers sont arrivés alors que les tirs étaient toujours en cours et ont identifié plusieurs victimes dont des personnes décédées», poursuit la police locale, qui a alors répliqué aux tirs. Selon des témoins, cités par le New York Times, la fusillade se serait déroulée au deuxième étage du bâtiment, dans une agence immobilière – ce que la police n’a pas confirmé – puis dans le jardin. Le suspect, blessé par balle et dont les motivations ne sont pas encore identifiées, est hospitalisé. Selon Jennifer Amat, lieutenant de la police d’Orange, au sud de Los Angeles, les policiers ont découvert sur place un pistolet semi-automatique ainsi qu’un sac à dos contenant du spray au poivre, des menottes et des munitions, qui appartiennent vraisemblablement au suspect. La lieutenant a par ailleurs précisé que «d’après les premiers éléments, nous pensons que le motif [de l’attaque] est lié à des relations d’affaires et personnelles qui existaient entre le suspect et toutes les victimes», avant d’ajouter que «ce n’était pas un acte de violence aléatoire».

Cette nouvelle fusillade vient clore un mois de mars marqué par plusieurs violentes tueries dans le pays. Le 17 mars, huit personnes dont six femmes d’origine asiatique ont été victimes d’une attaque sur fond de violences racistes dans trois salons de massages à Atlanta. A l’origine de ces meurtres : un homme de 21 ans. Le même âge que le suspect qui a ouvert le feu dans un supermarché de Boulder, à peine une semaine plus tard, le 23 mars, tuant 10 personnes. Cinq jours avant la fusillade d’Orange, l’éditorialiste Paul Thornton du Los Angeles Times s’inquiétait justement de l’occurrence de ces violentes fusillades de grande ampleur : «Est-ce un retour à la normale ?»

Plus de violence mais moins de fusillades de masse

Car si la violence s’est intensifiée dans la société américaine en 2020, les tueries de masse, elles, se sont tues avec la fermeture des lieux publics. Selon le Gun Violence Archive, plus de 19 000 personnes sont en effet mortes dans des incidents impliquant des armes à feu, un nombre sans précédent depuis plusieurs années. Pourtant, deux chercheurs américains du think tank Violence Project, qui répertorie les violences de masse, ont observé qu’avec la fermeture des lieux de vie collectifs provoquée par les mesures restrictives, les fusillades de masse ont largement diminué entre mars et décembre 2020. Mais leur réouverture progressive n’épargne pas les Américains du retour des tueries – qui font plus de 4 victimes. Le mois de mars a été particulièrement meurtrier : Orange est la vingtième tuerie répertoriée par CNN.

De quoi relancer le débat sur la régulation des armes à feu aux Etats-Unis, confirme Marie-Cécile Naves, directrice de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). «L’opinion publique est beaucoup moins clivée sur ce sujet qu’il y a cinq ou dix ans contrairement à la classe politique nationale.» Après que Donald Trump a classé les vendeurs d’armes parmi les commerces «essentiels» en mars 2020, le mandat du nouveau président démocrate parviendra peut-être à mettre à l’agenda cet interminable débat qui éreinte la société américaine depuis des décennies. Interrogé le 25 mars lors de sa première conférence de presse formelle depuis son investiture, Joe Biden, qui avait déjà dû reculer sur ce dossier lorsqu’il était vice-président d’Obama, a confirmé que le contrôle des armes à feu ne comptait pas parmi ses priorités même si de nouveaux projets de loi sont sur la table. «Il s’agit notamment d’étendre les contrôles d’antécédents psychiatriques et judiciaires des acheteurs aux ventes d’occasion et d’allonger les durées accordées au FBI pour les vérifier, ou encore de permettre à l’entourage d’une personne potentiellement violente de la signaler aux autorités», précise Marie-Cécile Naves.

Publié dans Articles de Presse

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