Thionville Déportation : les derniers rescapés sortent de l’ombre

Publié le par Le Républicain Lorrain par C. F.

Le 25 avril marque la date d’hommage national aux victimes et rescapés de la Déportation. Annulée l’année dernière en raison de la pandémie de coronavirus, elle a à nouveau été respectée ce dimanche, place Claude-Arnoult. Le message des associations mémorielles n’en a été que plus fort.

Soixante-seize ans après la libération des camps nazis, l’émotion reste vive à l’évocation des atrocités commises au début des années 40.  Photo RL /Pierre HECKLER

Soixante-seize ans après la libération des camps nazis, l’émotion reste vive à l’évocation des atrocités commises au début des années 40. Photo RL /Pierre HECKLER

Place Claude-Arnoult, ce dimanche 25 avril, midi. Un homme à vélo s’arrête et observe une poignée de personnalités se disperser. « On vient inaugurer quelque chose ? », demande-t-il, hésitant. « Non. C’était la commémoration en hommage aux victimes de la Déportation.  » « Ah oui, je vois… », renvoie-t-il comme s’il disait « Joker ». À l’inverse du quidam, un autre homme sait parfaitement ce que le rassemblement du jour signifie. Jean-Marie Virtt avait 4 ans et demi lorsque la Gestapo est venue frapper au domicile familial, rue du Général-Laplace. « Mon père écoutait beaucoup la radio et il a été dénoncé. Ma mère et moi avons été obligés de le suivre. On nous a d’abord emmenés à Beauregard. Près de l’actuel Lidl, il y avait une gare. C’est de cet endroit que nous sommes partis dans les wagons à bestiaux, le 24 janvier 1943 », raconte celui qui préside désormais la section thionvilloise de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes.

La suite se déroule en Silésie, une région de l’actuelle Pologne. La famille Virtt connaîtra trois camps d’internement différents avant d’être libérée le 24 juillet 1945 par les forces soviétiques. « Ça n’était pas joli à voir ; il y a eu beaucoup de viols… », lâche-t-il sobrement. Reprenant son souffle, il poursuit : « Nous avons été contraints de rester encore six mois sur place, car la mer, par où nous devions rentrer, était complètement minée. Au final, on nous a renvoyés en France par le train ». Après un passage obligé par Paris, la famille retrouve Thionville, mais plus son logement. Les choses ont mis des mois à se normaliser et les rescapés ont enterré cette page d’histoire atroce et édifiante. « Mes parents n’en parlaient jamais. Jamais… »

Désormais chaque 25 avril, Jean-Marie Virtt est aux avant-postes, pour rendre hommage à toutes les victimes de la Déportation. Ce dimanche, il y avait le maire, la députée, le sous-préfet, le rabbin, les porte-drapeaux et quelques élus et anonymes. Un tout petit comité qui a permis d’aller à l’essentiel : ne jamais oublier.

Publié dans Articles de Presse

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