30 mai 1943 : le "Chant des partisans", une œuvre écrite pour rester dans l'ombre

Publié le par Le Progrès par N.S.

Lorsque Anna Marly, née en Russie, écrit dans sa langue natale sa fameuse chanson, elle ne se doute pas une seule seconde qu'elle deviendra le symbole de tout un peuple résistant à l'occupant. Lorsque l'œuvre circule alors dans le maquis, le nom de l'artiste n'est jamais évoqué, comme si "le Chant des Partisans" était né dans l'ombre et était condamné à le rester.

Anna Marly, compositrice de l'oeuvre originale. D.R.

Anna Marly, compositrice de l'oeuvre originale. D.R.

Le 30 mai 1943, la première version du Chant des partisans est enregistrée.

Anna Marly est une musicienne russe née en pleine Révolution d’Octobre.

En 1918, son père est fusillé et elle est obligée de fuir son pays pour la France trois ans plus tard.

Elle apprend la musique auprès du compositeur Sergueï Prokofiev.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, elle fuit la France pour l’Angleterre.

Elle devient cantinière dans les Forces françaises libres. C’est là qu’elle aurait servi à manger au général de Gaulle.

La première version russe du "Chant des partisans"

En 1941, elle lit un article qui parle du rôle des Partisans soviétiques pendant la bataille de Smolensk.

Admirative devant ces civils qui défendent leur patrie au péril de leur vie, elle décide de leur rendre hommage.

Elle écrit une première chanson en russe qui s’appelle "La Marche des partisans". Elle la joue à de nombreuses reprises sur scène et à la BBC et remporte un franc succès.

En 1942, elle se produit dans une soirée privée. Emmanuel d’Astier de la Vigerie, un écrivain et journaliste français, assiste au concert.

Il est séduit par la chanson et la propose à André Gillois, résistant et animateur de radio. Ce dernier recherche un indicatif pour son émission "Honneur et Patrie", diffusée à la BBC.

Il accepte, mais demande à ce que les paroles soient chantées en français. Anna Marly est alors mise en relation avec deux écrivains : Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon.

Les deux hommes écrivent les nouvelles paroles avec un seul impératif : elles doivent donner l’impression que le chant vient du maquis.

Le symbole tardif de la Résistance

Le 30 mai 1943, la chanteuse Germaine Sablon, la compagne de Joseph Kessel, enregistre une première version du "Chant des partisans" pour un film du cinéaste brésilien Alberto Cavalcanti.

Le texte est ensuite encore légèrement modifié, puis d’Astier de la Vigerie l’emporte avec lui en France lorsqu’il atterrit clandestinement en 1943.

En septembre, le texte est imprimé dans le premier numéro de la revue clandestine les "Cahiers de Libération".

On ne mentionne alors ni la compositrice, ni les auteurs. La chanson est rendue anonyme pour que tout le monde puisse se l’approprier.

L’œuvre ne connaît pas immédiatement le succès. Il faut attendre la Libération pour qu’elle entre dans la culture populaire.

Depuis, elle a été reprise par les plus grands artistes, de Léo Ferré à Johnny Hallyday, en passant par Mireille Mathieu, Camélia Jordana ou encore les Chœurs de l’Armée rouge.

Publié dans Articles de Presse

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