Interview « J’ai défendu Michel Fourniret lors de son dernier procès à Versailles »

Publié le par Actu par François Desserre

Le dernier procès public de Michel Fourniret s’est tenu devant la cour d’assises des Yvelines, en novembre 2018. Il était défendu par maître Grégory Vavasseur, commis d'office.

Grégory Vavasseur est le dernier avocat à avoir défendu Michel Fourniret en audience publique. C’était à Versailles, devant la cour d’assises des Yvelines, en novembre 2018.

Grégory Vavasseur est le dernier avocat à avoir défendu Michel Fourniret en audience publique. C’était à Versailles, devant la cour d’assises des Yvelines, en novembre 2018.

Le 16 novembre 2018, la cour d’assises des Yvelines rendait son jugement. Pour l’assassinat de Farida Hammiche à Clairefontaine-en-Yvelines, Michel Fourniret écopait de la perpétuité. Encore une fois. Ce procès est le dernier où il est apparu en public.

La décision mettait fin à une intense semaine de débat à Versailles. Semaine pendant laquelle maître Grégory Vavasseur assurera la défense de Michel Fourniret.

Grégory Vavasseur avait été désigné au début de l’affaire Hammiche par son bâtonnier. Commis d’office pour défendre l’indéfendable. S’occuper des affaires de l’homme le plus haï de France, désormais sans un centime en poche. Et en pensant secrètement peut-être que Michel Fourniret choisirait un autre défenseur. L’accusé en a décidé autrement.

Michel Fourniret avait été jugé en novembre 2018 par la cour d’assises des Yvelines. C’est son dernier procès public. (©78actu)

Michel Fourniret avait été jugé en novembre 2018 par la cour d’assises des Yvelines. C’est son dernier procès public. (©78actu)

Interview.

Actu : Quel souvenir gardez-vous de cette semaine de procès ?

Grégory Vavasseur, avocat au barreau de Versailles. : Il est certain que j’avais un poids important sur les épaules. Seul à défendre Michel Fourniret, l’homme qui est probablement le plus détesté de France. Et dans une salle remplie de journalistes. Depuis le début de ma carrière, j’ai pris goût au devoir qui est le mien : défendre des victimes comme des accusés. Une mission m’a été confiée. Je devais la remplir.

Et en même temps, ce dossier était plus simple à défendre que les autres dossiers Fourniret. Il était, si on peut l’exprimer ainsi, moins horrible, dans la mesure où aucune notion de prédation sexuelle n’apparaissait.

Quels rapports avez-vous entretenu avec Michel Fourniret, avant et pendant le procès ?

G. V. : Notre première rencontre a eu lieu à la prison de la Santé. J’avais de l’appréhension. Quand je suis rentré dans la pièce, je lui ai demandé plusieurs fois de bien vouloir s’asseoir. Il s’est retourné vers moi avec son regard perçant et m’a dit : « On ne me demande pas de m’asseoir. »

Par la suite, Michel Fourniret m’a beaucoup écrit. D’ailleurs, il écrivait beaucoup de textes très compliqués à lire. Très loufoques. »

Et pendant le procès ?

G. V. : Cela a été très spécifique. Il était hors de question d’évoquer une quelconque stratégie. Lorsqu’il parle, il fait tourner tout le monde en bourrique. Il a son idée… Michel Fourniret, c’était un mur infranchissable si on voulait quelque chose de concret. En revanche, on pouvait discuter des heures dès qu’il s’agissait d’un domaine comme la culture.

Toutefois, on le sentait déjà sur le déclin. Intellectuellement surtout.

Si c’était à refaire ?

G. V. : Je le referai. Car mon rôle, comme celui de tout avocat, est d’assurer une défense à ceux que personne ne voudrait défendre. Là réside l’équilibre de la justice.

Maintenant, il a emporté beaucoup de secrets dans sa tombe. Beaucoup trop à mon avis. Et il n’est pas évident que Monique Olivier nous dira des choses. Malheureusement.

Les derniers mots de sa plaidoirie

Les derniers mots de la plaidoirie de Grégory Vavasseur, en novembre 2018, seront : « Il est hanté par d’autres fantômes. Sa peine n’est plus judiciaire. Dans sa solitude, il ne lui reste que deux compagnons. Des pages blanches qu’il noircit comme il a noirci sa propre existence. Et un jeu d’échecs avec lequel il joue contre lui-même et avec lequel il finira par faire mat. »

Michel Fourniret est mort dans sa 79e année, à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris.

Publié dans Articles de Presse

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