Mort de Michel Fourniret : la justice a failli pour l'avocate de la famille de Marie-Angèle Domèce

Publié le par France Bleu par Virginie Salanson, Philippe Renaud, France Bleu Auxerre, France Bleu, France Bleu Champagne-Ardenne

Michel Fourniret est mort à l'âge de 79 ans a-t-on appris ce lundi. Le tueur en série, surnommé "l'ogre des Ardennes", ne sera jugé pas jugé pour les crimes qui lui étaient reprochés, dont celui de Marie-Angèle Domèce, disparue en 1988. Pour l'avocate de la famille, "la justice a failli". 

L'avis de recherche diffusé lors de la disparition de Marie-Angèle Domèce, en juillet 1988.

L'avis de recherche diffusé lors de la disparition de Marie-Angèle Domèce, en juillet 1988.

Michel Fourniret, est mort ce lundi 10 mai 2021 et il emporte nombre de ses secrets avec lui. Des disparitions imputées au tueur en série, dont certains qu'il a avoué, n'ont jamais été totalement élucidées. Dans l'Yonne, il a avoué plusieurs meurtres : celui d'Isabelle Laville, en 1987 à Auxerre, de Joanna Parrish, en 1990 et dont le corps a été retrouvé à Monéteau, et celui de Marie-Angèle Domèce, disparue en 1988, mais dont le corps n'a jamais été retrouvé.

Corinne Herrmann est notamment l'avocate de la famille Domèce. Pour elle, même si le corps de la jeune déficiente mentale n'a jamais été retrouvé, elle estime que le dossier est bouclé, Michel Fourniret et son ex-femme Monique Olivier ayant tous les deux avoué. "Il y a deux phases en matière de disparition" détaille 'l'avocate, "il y a évidemment la découverte d'un corps sur les indications d'un criminel. Là, en l'occurrence, ses indications [celles de Michel Fourniret NDLR] étaient insuffisantes à ce qu'on retrouve le corps. Et puis, il y a les aveux et tous les détails qui sont fournis par un criminel" continue-t-elle.

    Sur la disparition de Marie-Angèle, "on a un couple, les déclarations concordantes de deux personnes qui ont été entendues séparément et qui nous fournissent les mêmes explications"

Dans le cas des meurtres commis par Michel Fourniret, souligne encore l'avocate, "on oublie trop souvent qu'on a deux personnes : on a un couple, les déclarations concordantes de deux personnes qui ont été entendues séparément et qui nous fournissent les mêmes explications. Ce sont des éléments évidemment importants pour la famille, importants pour la justice. C'est ensuite évidemment à une cour d'assises de se prononcer. Mais le dossier lui même, et en tout cas les déclarations de Michel Fourniret et de Monique Olivier, encore une fois concordantes et qui correspondent aux constatations sur les lieux, nous permettent de penser qu'il l'ait fait". 

Corinne Herrmann, criminologue et juriste, auteur du livre "Les disparues de l'Yonne". © Maxppp - Alexandre Marchi

Corinne Herrmann, criminologue et juriste, auteur du livre "Les disparues de l'Yonne". © Maxppp - Alexandre Marchi

    "C'était des jeunes filles fragiles, auxquelles on s'intéressait peu. C'est la même justice qui a failli dans l'affaire Émile Louis"

Trente-trois ans après la disparition de Marie-Angèle Domèce, il n'y a pas eu de procès. Selon Corinne Herrmann, à nouveau, la justice a failli : la disparition de Marie-Angèle Domèce, c'est une "disparition qui date de 1988, à une période où on aurait peut être pu rapprocher un certain nombre de dossiers dans l'Yonne, comme le dossier d'Isabelle Laville ou le dossier de Joanna Parrish. Il y avait quand même une série sur plusieurs années 87-88 pour Marie-Angèle Domèce, 1990 pour Parish... On aurait peut être pu travailler autrement et interroger peut-être les témoins" interroge-t-elle. "On sait que c'était une justice d'un autre temps. On sait aussi que c'est la même justice qui a failli dans l'affaire Émile Louis [tueur en série condamné à la réclusion criminelle à perpétuité dans l’affaire des "disparues de l’Yonne" NDLR]. C'étaient des jeunes filles (en tous les cas, pour Marie-Angèle Domèce) présentées comme comme fragiles qui étaient dans un foyer. On s'intéressait peu à ces jeunes filles. Peut-être qu'on en tirera un jour les leçons. Je ne suis pas convaincue qu'on les ait tirées l'instant" conclut l'avocate. 

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