Mort de Michel Fourniret : le parcours macabre d’un tueur en série

Publié le par Sud Ouest par Archives Sud Ouest avec l’AFP

CHRONOLOGIE - Décédé ce lundi 10 mai 2021 à 79 ans, « l’ogre des Ardennes » a été condamné deux fois à perpétuité pour les meurtres de huit jeunes femmes et adolescentes, et était poursuivi pour plusieurs autres crimes dont la disparition d’Estelle Mouzin.

Condamné à la perpétuité pour les meurtres de huit jeunes femmes et adolescentes, Michel Fourniret, surnommé « l’ogre des Ardennes », est mort le 10 mai 2021. © Crédit photo : ALAIN JULIEN/AFP

Condamné à la perpétuité pour les meurtres de huit jeunes femmes et adolescentes, Michel Fourniret, surnommé « l’ogre des Ardennes », est mort le 10 mai 2021. © Crédit photo : ALAIN JULIEN/AFP

Le tueur en série est mort le 10 mai 2021 à l’Unité hospitalière sécurisée interrégionale (UHSI) de la Pitié-Salpétrière à Paris, où il était hospitalisé depuis le 28 avril dernier, a annoncé le procureur de Paris Rémy Heitz à l’AFP.

Première condamnation à 25 ans

Né le 4 avril 1942, Michel Fourniret (marié en 1963 avec une infirmière, Annette), est âgé de 25 ans, lorsqu’il est condamné à Sedan, en 1967, à huit mois de prison avec sursis avec obligation de soins, pour l’agression d’une fillette dans les Ardennes et pour attouchements sur des mineures.

Arrêté et incarcéré en 1984, ce père de famille discret (il a épousé en deuxièmes noces Nicole, en 1969, avec laquelle il a eu un garçon et des jumelles, en 1971 et 1972), est condamné le 26 juin 1987, par les assises de l’Essonne, à cinq ans de prison ferme pour plusieurs tentatives d’enlèvement et agressions sexuelles sur une douzaine de jeunes femmes, depuis 1981. Il est reconnu coupable, entre autres, du viol de Dahina Le Guennan, en 1982.

Premier crime du couple infernal dans l’Yonne, en 1987

Le 12 novembre 2020, la Gendarmerie nationale a lancé un appel à témoins en diffusant des photos de Michel Fourniret et de son ex-épouse, Monique Olivier, à différentes époques. Gendarmerie nationale

Le 12 novembre 2020, la Gendarmerie nationale a lancé un appel à témoins en diffusant des photos de Michel Fourniret et de son ex-épouse, Monique Olivier, à différentes époques. Gendarmerie nationale

Fourniret-Olivier, le couple infernal

En détention, il entame une correspondance avec Monique Olivier, née le 31 octobre 1948, séparée et mère de deux enfants. Il s’installe avec elle à Saint-Cyr-les-Colons, dans l’Yonne (Centre) après sa libération en octobre 1987. Moins de deux mois après son arrivée dans l’Yonne, le couple infernal commence son parcours meurtrier. Il prend pour cible Isabelle Laville, 17 ans, scolarisée au collège Bienvenu-Martin d’Auxerre.

Photos de l’avis de recherche d’Isabelle Laville (disparue le 11 décembre 1987 près d’Auxerre). AFP

Photos de l’avis de recherche d’Isabelle Laville (disparue le 11 décembre 1987 près d’Auxerre). AFP

Ardennes : meurtre de Farida Hamiche et trésor du « gang des Postiches »

Le château de Sautou appartenant au couple Fourniret a été racheté par des pharmaciens belges après la découverte, en 2003, de deux corps enterrés dans le domaine. AFP

Le château de Sautou appartenant au couple Fourniret a été racheté par des pharmaciens belges après la découverte, en 2003, de deux corps enterrés dans le domaine. AFP

Le couple déménage à Floing, dans les Ardennes en 1988. La même année, Jean-Pierre Hellegouarch, ex-compagnon de cellule de Fourniret, lui demande, par l’intermédiaire de sa femme Farida Hammiche, de récupérer un « trésor » de lingots d’or enterré dans un cimetière de Fontenay-en-Parisis (Val-d’Oise) par une équipe de braqueurs, le célèbre « gang des postiches ». Pour garder le magot, Fourniret tue la jeune femme. Avec cet argent, en janvier 1989, il s’achète notamment le château du Sautou, dans les Ardennes.

Les disparues d’Auxerre

Marie-Angèle Domece. AFP

Marie-Angèle Domece. AFP

Le 9 juillet 1988, disparaît Marie-Angèle Domèce, 18 ans, une jeune femme handicapée mentale, hébergée au foyer Leclerc de Fourolles d’Auxerre. À l’époque, Michel Fourniret n’est évidemment pas soupçonné. La justice n’a pas encore eu connaissance de ses crimes. Après le viol et le meurtre de Fabienne Leroy, le 4 août 1988, le fils du couple Fourniret-Olivier, Sélim, naît le 9 septembre.

Fourniret poursuit son sinistre parcours. Le 18 mars 1989, c’est le meurtre de Jeanne-Marie Desramault, puis le 20 décembre 1989, celui d’Elisabeth Brichet. Entre-temps, le couple infernal s’est marié, le 28 juillet 1989.

Joanna Parrish, 20 ans, assistante d’anglais au lycée Jacques-Amyot d’Auxerre, disparaît le 16 mai 1990. Le corps de la jeune Britannique est retrouvé le lendemain sur les bords de l’Yonne, à l’écluse de Monéteau. La jeune femme était nue, l’autopsie révèle qu’elle a été violée et battue avant sa mort. Durant quinze ans, le mystère demeure autour de sa mort. L’affaire est relancée en 2005 par les aveux de Monique Olivier, sur lesquels elle revient en 2006. Le couple bénéficie d’un non-lieu en 2011, annulé un an plus tard.

Joanna Parrish, retrouvée morte le 17 mai 1990. DR

Joanna Parrish, retrouvée morte le 17 mai 1990. DR

Le dernier rebondissement date de février 2018 quand, entendu par un juge d’instruction, Michel Fourniret reconnaît avoir « croisé la route » de Joanna Parrish et Marie-Angèle Domece. Il fait alors des aveux « réitérés » selon l’avocat de la famille Parrish, Me Didier Seban, qui entrevoit « l’aboutissement d’un long combat, après 28 ans ».

Les meurtres de Sart-Custinne, en Belgique

Après le meurtre de Natacha Danais, le 21 novembre 1990, les Fourniret déménagent à Sart-Custinne, en Belgique. En 1993, la jeune fille au pair qu’ils emploient disparaît. Le 16 mai 2000, c’est le meurtre de Céline Saison, puis, le 5 mai 2001, celui de Mananya Thumpong, retrouvée morte en Belgique en 2002.

Photos de l’avis de recherche de Mananya Thumpong. AFP

Photos de l’avis de recherche de Mananya Thumpong. AFP

L’arrestation en Belgique en 2003, et les huit meurtres avoués

Michel Fourniret, « l’ogre des Ardennes » photographié en 2003 dans un palais de justice belge peu après son arrestation. Archives AFP

Michel Fourniret, « l’ogre des Ardennes » photographié en 2003 dans un palais de justice belge peu après son arrestation. Archives AFP

En 2003, Fourniret est arrêté en Belgique après la tentative ratée d’enlèvement d’une adolescente, Marie-Ascencion, à Ciney, le 26 juin. Arrêtée à son tour un an plus tard, le 28 juin 2004, et interrogée par la police belge, Monique Olivier accuse son mari des meurtres de neuf jeunes femmes ou adolescentes, dont Farida Hammiche.

Il « devait chasser au moins deux vierges par an ».

Fourniret, détenu à Dinant (Belgique), reconnaît huit homicides, commis depuis 1987 en France et en Belgique. Selon ses propres aveux, il « devait chasser au moins deux vierges par an ». Une obsession qui serait née du fait que sa première femme, qu’il pensait vierge, ne l’était pas au moment de leur mariage. Sur les indications de Fourniret, les corps de deux victimes, Jeanne-Marie Desramault et d’Elisabeth Brichet, sont découverts dans le parc du château du Sautou.

Le 30 juin 2006, le corps d’Isabelle Laville est découvert à Bussy-sur-Othe (Yonne). Monique Olivier accuse par la suite son mari de plusieurs autres meurtres.

Perpétuité incompressible en 2008

Michel Fourniret quitte le tribunal de Charleville-Mezieres, le 13 mai 2008. Archives AFP

Michel Fourniret quitte le tribunal de Charleville-Mezieres, le 13 mai 2008. Archives AFP

Le 30 juin 2006, le corps d’Isabelle Laville est découvert à Bussy-sur-Othe (Yonne). Cette affaire a été jugée en 2008 par la cour d’assises des Ardennes en même temps que six autres meurtres commis par Fourniret. Alors âgé de 66 ans, il est condamné le 28 mai 2008, à la réclusion criminelle incompressible, pour sept meurtres de jeunes femmes ou adolescentes entre 1987 et 2001, précédés de viol ou tentative de viol, et trois agressions d’autres jeunes filles ayant réussi à lui échapper.

Sa compagne Monique Olivier, 59 ans à l’époque, est condamnée à la perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 28 ans, pour complicité dans quatre des meurtres et le viol en réunion d’une jeune fille. Les époux Fourniret divorcent en 2010.

Nouvelle perpétuité en 2018

L’»ogre des Ardennes », 76 ans, et son ex-femme sont jugés en 2018 pour l’assassinat en 1988 de Farida Hammiche, dont le corps n’a jamais été retrouvé. BENOIT PEYRUCQ AFP

L’»ogre des Ardennes », 76 ans, et son ex-femme sont jugés en 2018 pour l’assassinat en 1988 de Farida Hammiche, dont le corps n’a jamais été retrouvé. BENOIT PEYRUCQ AFP

En février 2018, Fourniret avoue les meurtres de Joanna Parrish et Marie-Angèle Domece, entre 1988 et 1990 dans l’Yonne. Le corps de la deuxième n’a jamais été retrouvé. Le 16 novembre 2018, Michel Fourniret est à nouveau condamné à la perpétuité, par la cour d’assises des Yvelines, pour l’assassinat de Farida Hammiche, dont le corps n’a jamais été retrouvé. Son ex-épouse Monique Olivier écope de 20 ans de réclusion.

Les affaires non résolues dans lesquelles Fourniret a été impliqué récemment

Estelle Mouzin et Lydie Logé

Michel Fourniret, Estelle Mouzin et Monique Olivier. Photomontage archives AFP

Michel Fourniret, Estelle Mouzin et Monique Olivier. Photomontage archives AFP

Le 27 novembre 2019, le tueur en série est mis en examen dans l’enquête sur la disparition d’Estelle Mouzin, à l’âge de 9 ans en 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne). Soupçonné puis mis hors de cause dans le passé, il a finalement vu son alibi contredit par Monique Olivier. Le 7 mars 2020, le parquet de Paris annonce qu’il « a reconnu sa participation aux faits ». Le 21 août, Monique Olivier déclare à la justice que son ex-mari a kidnappé la petite fille pour la séquestrer, puis l’a violée et étranglée à Ville-sur-Lume (Ardennes). Plusieurs séries de fouilles dans d’anciennes propriétés de Fourniret dans les Ardennes n’avaient toujours pas permis, en mai 2021, de retrouver le corps de la fillette.

Cinq mois avant sa mort, le 22 décembre 2020, Fourniret est mis en examen pour « enlèvement et séquestration suivis de mort » dans l’enquête sur la disparition de Lydie Logé, à l’âge de 29 ans dans l’Orne, en 1993.

21 autres cold-cases, dont trois dans le Sud-Ouest

Les disparitions de 21 fillettes et jeunes femmes vont être à nouveau étudiées par la justice. Les échantillons génétiques prélevés dans ces dossiers doivent être comparés à la trentaine d’« ADN fantôme » retrouvée dans la fourgonnette du prédateur Michel Fourniret, selon Le Parisien. Les ADN de Carole Soltysiak, Anaïs Marcelli, Corinne Lazzari, Edwige Rothong, Nadège Desnoix, Karine Leroy, Sophie Chéène, Caroline Pino, Marion Wagon, Virginie Bluzet, Cécile Vallin, Patricia Lemaire, Linda Schwartz, Vanessa Thiellon, Pascale Biegun, Marina Rossi, Magalie Part, Emmanuelle Sanchez, Florence Bloise, Cynthia Gugelmann et d’une femme non identifiée retrouvée en 1997 seront comparés et détermineront si Michel Fourniret est impliqué dans leur mort ou disparition.

Trois de ces disparitions inexpliquées sont survenues dans la région

Corinne Lazzari, 29 ans, disparue en Haute-Garonne en 1992. Cette aide-soignante disparaît le 2 mars 1992 près de Saint-Gaudens. Sa voiture tombe en panne de carburant sur la RN 117 vers 19h30 avant qu’elle demande de l’aide aux riverains. Mais quelques heures plus tard, son automobile est retrouvée abandonnée sur le bas-côté, fermée à clé avec ses affaires sur le siège passager. La police suspecte un temps Patrice Alègre, violeur et tueur en série de Toulouse avant d’abandonner cette hypothèse.

Marion Wagon, 10 ans, disparue à Agen, en Lot-et-Garonne, le 14 novembre 1996. La fillette n’a jamais été retrouvée. Entre 2004 et 2009, l’hypothèse Fourniret est évoquée avant d’être abandonnée. Des analyses ADN pratiquées dans son fourgon n’avaient conclu à aucun rapprochement avec l’affaire Marion. Récemment, le magazine « Elle » révélait que l’empreinte génétique de la fillette disparue il y a vingt-cinq ans à Agen aurait été perdue dès les débuts de l’enquête.

Pascale Biegun, 35 ans, disparue à Pissos dans les Landes, en 1999. Le 3 novembre 1999, Pascale Biegun est vue pour la dernière fois quand elle quitte son travail du Centre d’Aide par le Travail de Moustey. D’après l’enquête, la jeune femme de 35 ans serait repassée chez elle puisque ses affaires et sa tenue de travail y sont retrouvées. Son compagnon, en déplacement en Corrèze au moment des faits, donne l’alerte à son retour, trois jours plus tard. Sa voiture est retrouvée abandonnée dans la forêt au bord de la départementale 43. Dans cette affaire aussi, les noms Alègre et Fourniret sont aussi évoqués.

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