Vol intercepté par la Biélorussie : l’Europe ferme son espace aérien au pays pour sanctionner Alexandre Loukachenko

Publié le par Le Monde avec AFP et AP

Air France a annoncé suspendre « jusqu’à nouvel ordre » le survol de l’espace aérien du pays par ses appareils, conformément à une recommandation de l’Union européenne qui vient d’adopter un nouveau train de sanctions contre le régime biélorusse.

Vol intercepté par la Biélorussie : l’Europe ferme son espace aérien au pays pour sanctionner Alexandre Loukachenko

Le bras de fer se poursuit entre les Européens et le régime du président Alexandre Loukachenko. Les dirigeants de l’Union européenne (UE) ont décidé, lundi 24 mai au soir, de fermer leur espace aérien à la Biélorussie et d’adopter une nouvelle série de sanctions contre le régime, accusé d’avoir dérouté un avion de ligne européen vers Minsk pour arrêter un dissident, dont ils ont exigé la libération immédiate.

Le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) tiendra mercredi une réunion informelle d’urgence à huis clos sur ce sujet, ont annoncé des sources diplomatiques à l’Agence France-Presse (AFP). Cette session, qui devrait se tenir à distance, a été demandée par la France, l’Irlande et l’Estonie.

Roman Protassevitch, un journaliste d’opposition de 26 ans, et sa compagne, Sofia Sapéga, se trouvaient à bord d’un Boeing de Ryanair reliant Athènes à Vilnius dérouté dimanche vers Minsk après, selon la Biélorussie, une alerte à la bombe, laquelle s’est révélée mensongère. Les autorités biélorusses ont dit à l’équipage du vol Ryanair que leur avion était piégé et lui ont « recommandé » de se poser à Minsk, selon la transcription des échanges entre le pilote et la tour de contrôle publiée mardi.

Roman Protassevitch et Sofia Sapéga ont ensuite été arrêtés à l’aéroport et le jeune homme est, désormais, détenu à Minsk, la capitale. M. Protassevitch est un ancien rédacteur en chef de l’influent média d’opposition Nexta. Il a dit être « passé aux aveux » dans une vidéo diffusée, lundi soir, par la télévision d’Etat, dont les circonstances entourant l’enregistrement sont floues. Selon son père, il est clair que Roman Protassevitch avait été soumis à « des violences physiques » pour « avouer » avoir organisé des manifestations. Selon le père, son fils avait quelques dents manquantes.

Plusieurs compagnies aériennes, dont Air France, suspendent le survol du pays

La compagnie singapourienne Singapore Airlines a annoncé mardi avoir modifié la trajectoire de ses vols pour éviter la Biélorussie, dans le sillage d’autres compagnies aériennes, dont Air France. Cette dernière avait annoncé un peu plus tôt avoir décidé de suspendre le survol du pays par ses appareils ; ceux « déjà en route verront leur plan de vol modifié », a-t-elle précisé. KLM et Finnair ont fait de même, conformément à une recommandation de l’Union européenne (UE) qui a adopté lundi de nouvelles sanctions contre le régime d’Alexandre Loukachenko. Les compagnies allemande Lufthansa, scandinave SAS et lettone AirBaltic avaient pris la même décision lundi.

Les compagnies européennes se sont aussi vu recommander de contourner l’espace aérien du pays, selon le porte-parole du président du Conseil européen, Charles Michel, lundi. Ces mesures ont été approuvées rapidement.

« On ne peut qu’exprimer nos regrets. Contourner l’espace aérien d’un assez grand pays, situé au centre de l’Europe, est très coûteux pour n’importe quelle compagnie aérienne », a réagi mardi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Près de 2 000 appareils effectuant des vols commerciaux empruntent chaque semaine l’espace aérien de la Biélorussie, a précisé l’organisation Eurocontrol. La compagnie biélorusse Belavia assure pour sa part une vingtaine de vols chaque jour au départ ou à destination d’aéroports de l’UE.

Des opposants biélorusses appellent l’Occident à agir

Selon Svetlana Tsikhanovskaïa, la figure de l’opposition biélorusse en exil en Lituanie, l’opposant risque la peine de mort, que la Biélorussie est le dernier pays en Europe à appliquer.

Après un entretien avec le conseiller américain à la sécurité nationale Jake Sullivan, Mme Tsikhanovskaïa a appelé sur Twitter « les Etats-Unis à isoler le régime et à faire pression avec des sanctions », puis sur Telegram à « la participation des forces démocratiques biélorusses au G7 » qui doit se tenir en juin au Royaume-Uni. Elle a également appelé de ses vœux la tenue « cet été d’une conférence internationale de haut niveau pour résoudre la crise en Biélorussie ».

Un autre opposant et proche de M. Protassevitch, Stepan Svetlov, a appelé mardi à l’isolement total de la Biélorussie. « Depuis huit mois, on nous promet de l’aide mais, en vérité, il n’y a aucune aide visible. Ce qui s’est passé avec Roman a, finalement, obligé l’Occident à engager des mesures plus importantes », a asuré M. Svetlov. Selon lui, l’Occident devrait couper « tous les contacts diplomatiques, commerciaux, économiques avec Minsk, (…) l’ignorer sur la scène internationale », ainsi que « bloquer les réseaux d’informations, les canaux satellites biélorusses, l’accès à des agences d’informations et même au réseau interbancaire SWIFT ».

Condamnations unanimes et sanctions à venir

Le président français, Emmanuel Macron, a, par ailleurs, jugé « inacceptable » ce qui s’est déroulé en Biélorussie, tout comme de nombreux autres chefs d’Etat. Le président des Etats-Unis, Joe Biden, a ainsi condamné un « événement scandaleux » et le premier ministre britannique, Boris Johnson, a appelé mardi à la « libération immédiate » de M. Protassevitch, jugeant la vidéo diffusée par les autorités biélorusses « très pénible à regarder ».

La réaction européenne « est à la hauteur de la gravité » de cet événement, « nous ne tolérerons pas que l’on tente de jouer à la roulette russe avec la vie de civils innocents », a pour sa part averti Charles Michel. L’adoption rapide de nouvelles sanctions ciblées contre des responsables du régime et des entités et l’examen de mesures économiques supplémentaires ont été réclamés par les dirigeants européens. L’Union européenne a déjà inscrit sur sa liste noire 88 membres du régime, dont le président, Alexandre Loukachenko, et sept entités.

L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), qui dépend des Nations unies, a de son côté convoqué une réunion d’urgence pour jeudi matin. L’atterrissage forcé « pourrait être une violation de la convention de Chicago », qui protège la souveraineté de l’espace aérien des nations, a-t-elle estimé.

L’ONG Reporters sans frontières a, de son côté, annoncé, mardi, avoir déposé plainte en Lituanie contre le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, pour « détournement à des fins terroristes ». L’organisation s’appuie sur le code pénal lituanien qui punit le détournement d’avion « par la menace sur la vie ou la santé de l’équipage ou des passagers », un acte qui peut être commis avec un « but terroriste » s’il est organisé avec « l’intention d’intimider le public ou une partie du public ».

La Biélorussie invite des experts d’organisations internationales

La Biélorussie a invité mardi plusieurs organisations internationales à venir établir « les circonstances » du détournement de l’avion.

Le département chargé de l’aérien au ministère des transports a précisé avoir invité des représentants de l’Association internationale du transport aérien, de l’OACI, des autorités américaines et de l’UE.

Sept opposants condamnés à des peines de prison

En parallèle de l’affaire du vol intercepté, le dirigeant d’un parti d’opposition, Pavel Severinets, et six autres militants ont été condamnés mardi à des peines allant de quatre à sept ans de prison.

Tous les sept ont été jugés depuis la mi-mai à Moguilev, dans l’est du pays, pour avoir participé à ce qui a été qualifié de « troubles massifs », en référence au vaste mouvement de contestation postélectoral de 2020, durement réprimé par le régime du président Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 1994. Des dizaines de milliers de personnes avaient défilé dans les rues en 2020 à l’occasion de la présidentielle d’août, jugée « truquée » par les Européens.

Malgré les sanctions européennes et américaines le visant, lui et de hauts responsables du pays, M. Loukachenko n’avait montré aucune volonté de compromis face aux actions de protestation et a renforcé la répression.

Publié dans Articles de Presse

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