Affaire Troadec : « Je culpabilise »... Lydie Troadec s'effondre au premier jour du procès

Publié le par 20 Minutes par Julie Urbach

ASSISES Ce mardi, pour l'ouverture du procès Troadec à Nantes, la cour s'est d'abord intéressée à Lydie Troadec, l'ancienne compagne d'Hubert Caouissin 

Hubert Caouissin et Lydie Troadec — Benoit PEYRUCQ / AFP

Hubert Caouissin et Lydie Troadec — Benoit PEYRUCQ / AFP

  • Lydie Troadec, soeur de Pascal Troadec, encourt une peine de trois ans de prison pour recel de cadavres et modification des lieux du crime.
  • Elle a regretté ce mardi ne «rien avoir vu» de l'état de santé de son ancien conjoint, qui «allait mal» au moment du drame. «Si je m’en étais rendue compte... », dit-elle dans de gros sanglots.

A la cour d’assises de Loire-Atlantique

« Je l’aime bien mon frère…. Enfin je l’aimais bien….  » Quatre ans et demi après le meurtre de Pascal Troadec, sa femme et leurs enfants dans leur pavillon d’Orvault près de Nantes, Lydie Troadec dit encore avoir du mal à « parler à l’imparfait ». En pull blanc, frange et cheveux longs, cette femme de 52 ans est au centre de la première journée de ce procès hors norme, qui a débuté ce mardi devant les assises de Loire-Atlantique. Présent à quelques mètres d’elle dans le box vitré, son ex-conjoint Hubert Caouissin, le principal accusé qu’elle n’a revu qu’à deux reprises depuis les faits, n’a pas encore eu à s’exprimer sur ce qu’elle appelle pudiquement « le drame ».

Comment celle qui est aussi la sœur, belle sœur et tante des victimes a-t-elle pu garder le silence en voyant son compagnon rentrer couvert de sang après cette terrible soirée ? Comment cette ancienne secrétaire médicale, qui se décrit comme « soumise », « fragile » et « vulnérable parfois » a-t-elle pu ensuite acheter d’immenses sacs-poubelle, attendre de longues heures dans la voiture, ou encore aider au nettoyage et au transport du véhicule de son neveu assassiné ?

« L’or ? Je crois aujourd’hui qu’il n’a jamais existé »

Avant de la presser de questions sur son rôle exact, et notamment sur ses occupations pendant que son ancien conjoint se débarrassait des corps, la cour a tenté de mieux comprendre la personnalité de l’accusée, qui s’est effondrée en larmes dans l’après-midi, après avoir pourtant souri le matin en évoquant quelques souvenirs de jeunesse.

Mais c’est plutôt les secrets de cette famille bretonne taiseuse, « père autoritaire », « mère handicapée des sentiments » qui intéressent la présidente, Karine Laborde. Et notamment le plus prégnant : les fameux lingots d’or que Pascal aurait volé à ses parents après la mort de son père, source d’une grosse dispute en 2014 qui aurait fracturé la famille. « Sur l’histoire de la croyance de l’or, je pense aujourd’hui que ça n’a jamais existé, balaye Lydie Troadec d’une petite voix. J’ai pris du recul ces dernières années… »

Des regrets, l’accusée dit aussi en avoir sur le « fait de n’avoir rien vu » au sujet de l’état de santé de son ex-conjoint, alors « en burn-out jusqu’à se taper la tête contre les murs », et dont une alteration du discernement au moment des faits pourrait être retenue. « Je suis en colère, je culpabilise, je ne pensais pas qu’il allait si mal que ça… Si je m’en étais rendue compte… », dit-elle dans de gros sanglots, qui obligent une suspension anticipée.

On s’était « coupé du monde »

Il faut dire que la quinquagénaire, mère d’un garçon de 12 ans aujourd’hui placé, a alors ses propres soucis de santé à gérer. Cancer du sein développé à 40 ans, complications, rechutes… Celle qui vit aujourd’hui de sa pension d’invalidité raconte qu’elle et sa mère ont été victimes d’indifférence de la part de Pascal, Brigitte, et les enfants, qui « préféraient voyager » plutôt que « de donner des nouvelles ».

Toute cette histoire d’héritage monte à la tête du couple qui se « coupe du monde » avec leur fils. Lydie lui fait l’école à la maison dans cette ferme du Finistère achetée en 2015 dont personne ne connaît l’existence, sauf sa mère Renée, elle aussi fâchée avec les défunts depuis plusieurs années. Pendant plusieurs années, elle alimente un carnet dans lequel elle note des détails sur le train de vie de son frère, surnommé Crapule. Sa belle-sœur, auparavant vue comme « une femme agréable, posée », y est appelée « la grosse dondon ». « C’est Hubert qui disait ça, se défend-elle. On se sentait menacés… »

Jugée pour recel de cadavres et modification de lieux du crime, Lydie Troadec, qui comparaît libre sous contrôle judiciaire, encourt une peine de trois ans de prison et 45.000 d’amende. Son ancien conjoint risque la perpétuité pour avoir volontairement donné la mort aux quatre membres de la famille Troadec, puis avoir porté atteinte à l’intégrité de leurs cadavres. Sur le premier point, l’accusé a été interrogé brièvement ce matin. Il a une nouvelle fois nié le caractère intentionnel des faits. Le verdict est attendu le 8 ou le 9 juillet.

Publié dans Articles de Presse

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