Affaire Troadec : Les troublantes ressemblances avec l’affaire Dupont de Ligonnès

Publié le par 20 Minutes par Frédéric Brenon

ASSISES Profils, traces, fuite, sauvagerie, secret familial… Au-delà de la proximité géographique, les deux affaires ciminelles partagent de nombreux points communs 

A gauche, la maison de la famille de Ligonnès à Nantes. A droite, celle des Troadec à Orvault. — F.Brenon/20Minutes

A gauche, la maison de la famille de Ligonnès à Nantes. A droite, celle des Troadec à Orvault. — F.Brenon/20Minutes

  • Les époux Troadec et leurs deux enfants ont été tués dans la nuit du 16 au 17 février 2017 à Orvault.
  • Hubert Caouissin, 50 ans, est jugé à partir de mardi pour meurtres et atteinte à l’intégrité de cadavres.
  • Cette affaire criminelle n'est pas sans évoquer l'assassinat d'Agnès Dupont de Ligonnès et ses enfants Arthur, Anne, Benoît et Thomas entre le 3 et le 5 avril 2011 dans leur maison à Nantes.

Deux familles décimées par la main d’un homme, établies chacune dans un pavillon confortable, à seulement 4 km de distance au cœur de l’agglomération nantaise. Par sa proximité géographique et son décor, le quadruple meurtre de la famille Troadec, dont le procès d'assises s'ouvre ce mardi, évoque évidemment le quintuple homicide de la famille Dupont de Ligonnès près de six ans auparavant. Mais les ressemblances, troublantes, ne s’arrêtent pas là. « D’emblée cette affaire a fait écho à celle des Dupont de Ligonnès. Les points communs sont effectivement nombreux », s’étonne Jean-Michel Laurence, coauteur d’ouvrages sur les deux épisodes criminels.

Pour commencer, les parents avaient quasiment le même âge au moment des faits (49 ans pour Pascal et Brigitte Troadec, 50 et 48 ans pour Xavier et Agnès Dupont de Ligonnès), les enfants aussi (20 et 18 ans pour Sébastien et Charlotte Troadec, 21 et 18 ans pour Arthur et Thomas Dupont de Ligonnès). Arthur Dupont de Ligonnès et Sébastien Troadec ont d’ailleurs fréquenté le même lycée privé en Vendée (Saint-Gabriel). Les deux familles étaient discrètes, sans problèmes connus du voisinage.

Une scène de crime nettoyée, une fuite organisée

Dans les deux affaires, l’auteur des faits s’est évertué à faire disparaître les corps, à nettoyer la scène de crime et à effacer les traces. « Les mêmes disparitions d’objets sont signalées, notamment les ordinateurs sans leur connectique laissée sur place. Dans les deux cas, une clé d’entrée est retrouvée à l’extérieur, dans la boîte aux lettres chez les Troadec, dans un coffret EDF chez les Dupont de Ligonnès », souligne le journaliste. Les deux criminels ont tenté de brouiller les pistes, à l’image des courriers rédigés par Xavier Dupont de Ligonnès ou de la voiture d'une des victimes déposée à Saint-Nazaire par Hubert Caouissin.

Dans les deux affaires, la police a également « 8 à 10 jours de retard sur l’auteur des faits » en fuite. Un délai déterminant pour Xavier Dupont de Ligonnès, dont la trace n’a jamais pu être retrouvée, mais qui n’a pas suffi pour Hubert Caouissin, assez rapidement soupçonné puis mis en examen. « Les leçons de l’affaire Dupont de Ligonnès ont visiblement été tirées, considère Jean-Michel Laurence. D’emblée, l’affaire des disparus d’Orvault a été prise au sérieux. Dès la première visite policière au 24 rue d’Auteuil, des indices sont rassemblés. Les scientifiques sont convoqués dans la foulée. Et très vite, ils se rendent à l’évidence que le pavillon a été le théâtre d’épisodes de violence. »

« Les apparences sont trompeuses »

Dans les deux situations, la tuerie de plusieurs personnes, puis la disparition discrète des corps, paraît être un tour de force hors du commun pour un criminel agissant seul. L’enquête a toutefois révélé qu’Hubert Caouissin a bénéficié de l'appui de sa compagne, Lydie Troadec, pour déplacer les cadavres d’une ville à l’autre. L’instruction a surtout considéré qu’Hubert Caouissin était passé à l’acte sans préméditation, ce qui constitue une différence majeure avec Xavier Dupont de Ligonnès, suspecté d’avoir, lui, méthodiquement planifié les assassinats.

Enfin, le décalage entre la sauvagerie des crimes et les apparences paisibles des deux familles interpelle forcément. Tout comme l’existence d’un secret familial sous jacent. « Comme l’affaire Dupont de Ligonnès, l’affaire Troadec est avant tout une tragédie familiale, analyse Jean-Michel Laurence. Elle est hors norme par le décalage qui existe entre la banalité de cette famille lambda, qui ressemble à tout le monde, et l’horreur des faits. Les apparences sont trompeuses : au sein de la famille Troadec se jouait une guerre psychologique progressive (autour du supposé trésor volé), inéluctable, jusqu’à un point de non-retour. Comme si tout avait été écrit à l’avance. »

Le procès d’Hubert Caouissin et de Lydie Troadec doit durer jusqu’au 9 juillet.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article