"C'est sa signature": le tueur en série Jacques Rançon jugé pour un "cold case" vieux de 35 ans

Publié le par BFMTV par Esther Paolini et Ambre Lepoivre

Les assises de la Somme font face ce mardi à une affaire criminelle vieille de 35 ans. Jacques Raçon, déjà condamné à la perpétuité pour ses crimes à Perpignan, comparaît cette fois-ci pour le meurtre d'Isabelle Mesnage en 1986.

"C'est sa signature": le tueur en série Jacques Rançon jugé pour un "cold case" vieux de 35 ans

Le "tueur de la gare de Perpignan" a-t-il commencé à sévir dans la Somme, sa région natale? C’est la question à laquelle devra répondre la cour d’assises d’Amiens à l’issue du procès de Jacques Rançon qui s’ouvre ce mardi. L'ancien cariste-magasinier de 61 ans, déjà condamné à la perpétuité pour deux meurtres à Perpignan dans les années 1990, est accusé d’avoir tué Isabelle Mesnage durant l’été 1986.

Le samedi 28 juin de cette année-là, la jeune femme brune de 20 ans participe à un tournoi de tennis avec une amie, à Corbie. Après avoir disputé ses matchs, elle décline la proposition d’aller boire un verre, se disant "pressée", et part à pied en direction de Villers-Bretonneux. C’est dans cette zone qu’elle est aperçue vivante pour la dernière fois, vers 15h00. Elle porte alors "un short, un tee-shirt de couleur claire, un sac à dos de camping et un chapeau, genre chapeau de cow-boy", selon un témoin de l’époque.

"Cold case" depuis 1992

Deux jours plus tard, sans nouvelle de la jeune femme, son employeur alerte la gendarmerie qui recueille des éléments peu rassurants: un sac à dos ensanglanté est retrouvé le 2 juillet, il contient le porte-feuille et les papiers d’identité de la disparue. Le lendemain, un agriculteur apporte aux enquêteurs du matériel de camping qu’il a découvert en lisière d’un bois, à Cachy, à l’est de Villers-Bretonneux. Ils se rendent alors sur place et repèrent le corps sans vie et à demi-dévêtu d’Isabelle Mesnage.

L’état de décomposition très avancée du cadavre, en raison des fortes chaleurs, complique l’analyse médico-légale. L’expert relève toutefois que "le vagin, la vulve et l’anus ont complètement disparu, détruits par la prolifération vermineuse". Les enquêteurs ratissent la zone du crime, mettent les maigres indices sous scellés et enchaînent les auditions de témoins afin de comprendre ce qui est arrivé à la victime. Ils soupçonnent un temps un collègue de travail mais abandonnent finalement la piste, pour clore le dossier en 1992. L’affaire Mesnage tombe alors dans les limbes des affaires non-élucidées.

Toutefois, les circonstances dans lesquelles le corps de la victime est retrouvé intriguent les spécialistes des "cold cases", Mes Corinne Herrmann et Didier Seban.

    "A l’époque, le légiste a imaginé que les insectes avaient commis l’ablation des organes génitaux or, on s’aperçoit que la section formait un angle droit, nécessitant forcément l’intervention d’une arme", explique à BFMTV.com Me Seban.

De la Somme aux Pyrénées-Orientales

Les avocats font alors un lien avec les meurtres de la gare de Perpignan de Moktaria Chaïd (19 ans) et Marie-Hélène Gonzalez (22 ans), pour lesquels Jacques Rançon a été condamné à la perpétuité en 2018. Ils s’intéressent au "parcours criminel" de ce nouveau suspect qui a "une signature et une catégorie de victimes: les femmes brunes". Et si la folie meurtrière de Rançon n’avait pas commencé à Perpignan mais dans la Somme?

A 16 ans, en 1976, il commet sa première agression sexuelle à Thézy, dans la Somme. En 1986, une jeune femme l’accuse de l’avoir enlevée puis d’avoir tenté de la violer à Villers-Bretonneux. Puis, en 1992, il y viole une autre femme sous la menace d'un couteau, ce qui lui vaut une condamnation à huit ans de prison. Au total, il cumule six condamnations à son casier judiciaire, dont deux pour les meurtres de Perpignan.

Jacques Rançon lors de son procès pour les meurtres de la gare de Perpignan, en 2018. © RAYMOND ROIG / AFP

Jacques Rançon lors de son procès pour les meurtres de la gare de Perpignan, en 2018. © RAYMOND ROIG / AFP

"On voit qu’entre 1976 et 1992, il commet une série de violences dans la Somme, avant de déménager dans les Pyrennées-Orientales. Ca aurait dû alerter les enquêteurs à l’époque car un homme avec un tel comportement doit toujours éveiller les soupçons", estime Didier Seban qui se dit d’ailleurs "convaincu qu’il y a d’autres meurtres dans le parcours de Rançon".

    "J’ai toujours vu qu’il avait un comportement bizarre avec les jeunes femmes, avec à chaque fois un sourire sadique", livre un témoin aux enquêteurs, tandis qu’une ancienne compagne de Rançon confirme ce comportement "bizarre, fixant sans cesse" les filles.

"C'est affreux ce que j'ai fait"

Les soupçons à son encontre se font encore plus forts quand Seban et Herrmann s’aperçoivent que le corps d’Isabelle Mesnage a été retrouvé "à quelques centaines de mètres de l’endroit où habitait Jacques Rançon". Saisis par la famille de la victime, ils parviennent à faire rouvrir le dossier oublié depuis 31 ans.

Grâce au travail acharné des deux pénalistes, Jacques Rançon, alors en prison, est placé en garde à vue en juin 2019 dans le dossier Mesnage. Confronté aux enquêteurs, il réfute d’abord avoir croisé la route de l’informaticienne, puis reconnaît les faits au bout de sa quarante-cinquième heure de garde à vue. Des aveux qu’il réitère ensuite devant le juge:

    "Elle faisait du stop au bord de la route à Fouilloy. Je me suis arrêté, je l’ai prise en stop. (...) À un petit bois je me suis arrêté. J’ai déshabillé Isabelle Mesnage, je l’ai violée dans la voiture. Après je l’ai étranglée."

Il avoue également avoir découpé ses parties intimes. "C’est affreux, c’est affreux ce que j’ai fait et je regrette", clame-t-il avant de se rétracter quelques jours plus tard dans une lettre envoyée au magistrat instructeur.

    "Il était épuisé et ses aveux sont simplement un mélange d’anciens crimes", soutient son avocat, Me Xavier Capelet, contacté par BFMTV.com.

"Ce n’est pas un ange"

Ce dernier oublie toutefois de préciser que Jacques Rançon avait déjà fait marche arrière après ses aveux pour le meurtre de Moktaria Chaïb en 1997. Plusieurs experts chargés de comparer les deux dossiers ont d’ailleurs conclu que "les blessures occasionnées pouvaient être le résultat d’un même mode opératoire". Mais son avocat martèle qu’il n’y a "aucune similitude" entre ces deux affaires.

    "Les éléments matériels ne collent pas. Jacques Rançon est capable de faire des choses extrêmement graves, ce n’est pas un ange. Mais ce n’est pas une raison pour lui imputer tous les crimes de la terre", s’emporte-t-il.

Pour les experts psychologues et psychiatres, Jacques Rançon est de toute évidence un "criminel sexuel en série" qui n’est pas "réadaptable". Il souffre de "sexopathie" et de "carences affectives et narcissiques". "L’apaisement surgit lorsqu’il prélève méthodiquement les attributs sexuels de la victime, la réduisant à n’être plus rien, une chair sans valeur", conclut l’un des spécialistes qui s’est penché sur son cas.

Un tableau bien sombre qui ne suffit pas à le condamner, insiste Me Capelet. "La famille et l’opinion publique veulent à tout prix voir en Jacques Rançon le coupable." Celui qui clame son innocence depuis sa mise en cause dans le "cold case" Mesnage sera "combatif" durant cette semaine d’audience à venir. "Il n’a rien à perdre et ne lâchera pas", prévient l’avocat.

Publié dans Articles de Presse

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