DIRECT. Affaire Troadec à Nantes : "On a pris perpétuité dans la famille", témoigne la soeur de Brigitte Troadec

Publié le par France 3 Pays-de-la-Loire par Eléonore Duplay - Christophe Turgis - Fabienne Béranger

Hubert Caouissin comparait depuis mardi devant les assises de Loire-Atlantique à Nantes. Il est accusé de "meurtre précédé, accompagné ou suivi d'un autre crime" et "atteinte à l'intégrité de cadavres". A ses côtés, sur le banc des accusés, son ex-compagne Lydie Troadec.

 Les journalistes attendent la sortie des avocats au procès d'Assise d'Hubert Caouissin et Lydie Troadec • © Christophe Turgis / France Télévisions

Les journalistes attendent la sortie des avocats au procès d'Assise d'Hubert Caouissin et Lydie Troadec • © Christophe Turgis / France Télévisions

Les audiences reprennent ce jeudi 24 juin aux assises de Loire-Atlantique à Nantes pour une journée consacrée à l’examen des personnalités des victimes.

Joviale et spontanée

À la barre, l’enquêtrice de personnalité, Bérangère Legall, commence par le parcours de Brigitte Troadec, née Soliveres.

Brigitte est née à Landerneau, d’un père menuisier, et d’une mère au foyer. Ces sœurs décrivent une enfance heureuse, bonne élève à l’école, "On faisait du vélo, des cabanes, on jouait à la poupée" décrit l'une de ses sœurs à l’enquêtrice de personnalité.

L’instituteur parle d’une famille respectueuse et gentille.

Elle n’a pas fait de crise d’adolescence indiquent ses sœurs, obtient un Bac D puis un DUT en gestion des entreprises et administrations.

À 24 ans, elle passe et réussit son concours de la fonction publique et obtient un poste à La Courneuve. Ce sera ensuite une mutation à Nantes, puis Blain.

Elle rencontre Pascal Troadec en discothèque en 1993 avant de partir à Paris. Il la suit à la capitale. Les sœurs de Brigitte se souviennent de leur mariage, "un beau mariage", l'année de ses 26 ans.

Dès l’enfance, on la décrit comme discrète, recroquevillée. Ces collègues la décrivent comme une excellente collègue, mais pas comme une amie. Elles connaissent un peu sa vie, savent qu’elle ne reçoit pas.

Au travail, elle est discrète, pressée de rentrer chez elle. Elle ne participe pas aux pots et aux repas entre collègues. Mais elle est joviale et spontanée.

Son chef de service disait d'elle qu’elle allait harmonieusement sur ses 50 ans. Brigitte Troadec semblait heureuse.

Dans sa famille comme au travail, elle était perçue comme organisée, sachant prendre des décisions.

"C’est ma sœur qui décidait de tout, indique l’une de ses sœurs, éducation, vie du foyer". Une collègue confirme cette propension à décider de tout.

Les époux Troadec voyagent en Europe pour l’éducation des enfants. Brigitte a peu de loisirs ou d’amis fait peu de cas de son apparence. Peu féminine, elle ne se maquille pas.

Aimant, heureux avec les siens

Pascal Troadec est né à Brest, un enfant désiré, le premier enfant du couple. Son père est livreur de fuel, sa mère travaille à la sécurité sociale. Avec Lydie, sa sœur, ils ont 16 mois d’écart. La mère déclare "Mon mari ne voulait pas d’un deuxième enfant, il m’en a voulu toute sa vie".

À l’école, Pascal Troadec est turbulent, peu intéressé, un enfant nerveux, chaleureux, il a du mal avec les apprentissages. À 20 ans, il passe un CAP d’électricien en 1987. Il vend des légumes avec son père sur les marchés, travaille un peu comme plâtrier.

Pascal Troadec est embauché par l’entreprise Ar Lux, où il est décrit comme soucieux du travail bien fait, presque maniaque, ne créant pas de liens avec ses collègues. L’un d’eux ne savait pas qu’il avait des enfants.

Au travail, il était isolé, mangeait souvent seul, ne parlait pas du tout de sa famille.

En dehors du travail et de sa famille, il avait peu d’amis. Il est décrit comme un voisin assez froid.

La famille décrit des rendez-vous fréquents. La rupture des relations avec sa mère. Elle le décrit comme attentif aux enfants, indécis, sans initiative, c’est Brigitte qui le sert à table. Ses voisins le décrivent comme froid, balisant l’espace trottoir. Insultant même un artisan arrêté dans cet espace. Son humeur semblait se dégrader après le décès de son père.

Sa famille décrit le même processus. On évoque une présence de plus en plus importante d’Hubert Caouissin. Un témoignage fait état d’altercations, de menaces de mort.

Sa famille le décrit comme "très famille" attentif à ses enfants, aimant, heureux avec les siens. Une famille unie qui s’entendait bien.

Il est discret et effacé dans sa belle-famille comme renfermé. Constamment auprès de sa famille, pas méchant, passif sans initiative.

Ses neveux par alliance, le décrivent comme effacé, ne les considérant pas.

Le décès de son père en 2009 scelle la rupture avec sa mère, la présence de son beau-frère semble y être pour quelque chose.

Sa mère parle alors de lui comme si elle n’avait plus de fils.

En 2016, lors du barbecue annuel du 15 aout, une cousine se souvient de la violente altercation entre Pascal Troadec et son beau-frère Hubert Caouissin..

"Il me donnait des ordres"

À la barre, Lydie Troadec confirme le portrait qui vient d’être dressé. "Brigitte était obligée de prendre toutes les décisions, mon frère ne savait même pas faire un chèque".

Par contre, selon elle, après le décès de leur père, Pascal Troadec avait essayé de se positionner comme patriarche. "Il me donnait des ordres".

Lydie Troadec regrette le fait que son frère ne l’appelait pas beaucoup alors qu’elle luttait contre un cancer.

Elle se tient bras dans le dos. "On a vu que Pascal avait deux voitures, qu’ils voyageaient beaucoup, on avait plus beaucoup de lien, on les voyait chez ma mère, mais on ne se disait rien. J’étais malade, et il ne me portait pas beaucoup d’attention. Ça devient un conflit souterrain, une distance s’installe. On les a reçus jusqu’en 2012. Ensuite 2013, 2014 ça se dégrade".

"Ils ont des profils de tueur ? Vous pensez qu’ils auraient pu engager des tueurs à gage ?", "Non, ils voulaient nuire mais pas tuer". Lydie Troadec revient sur les appels de Brigitte s’inquiétant pour leur fils. "Ils disaient que j’étais une mauvaise maman".

La présidente, "Il y a des courriers qui indiquent que 2016 sera l’occasion de retrouvailles". "C’est ma mère qu’il voulait voir et pas moi, ça m’a fait du mal".

"Je ne sais pas où ils trouvent le fric"

Hubert Caouissin s’exprime à son tour sur la personnalité de son beau-frère : "A partir de 2009, il se comportait en patriarche, parlait de manière très autoritaire".

Selon lui, c’est la mère de Pascal et Lydie Troadec, Renée, qui régulièrement s’interrogeait sur le train de vie, elle disait "Je ne sais pas où ils trouvent le fric".

"Jusqu’au décès de Pierre (Troadec) tout allait bien. Il s’énervait à la moindre contrariété. On a continué à les recevoir, jusqu’en avril 2012 à Plouguerneau. C’est elle qui disait (sa mère), ils ont fait ci, ça, je ne sais pas où ils trouvent le fric"

Lors de l’enquête de personnalité, Renée Troadec n’a rien dit de positif sur son fils, Pascal. Les avocats des parties civiles pointent l’absence de mots d’affection. Ses tantes décrivent pourtant Pascal comme un petit garçon aimant et chaleureux.

Dans cette enquête de personnalité, Renée Troadec dit qu’elle ne voyait plus son fils depuis 2011, sans en exprimer le moindre regret.

Maître Larvor, avocat d’Hubert Caouissin, revient sur les relations de voisinage. Pascal Troadec ne supportait pas le bruit, les crémaillères de ses voisins. Dans un courrier, l’un d’eux menace Pascal Troadec de porter plainte pour harcèlement.

Le tribunal entame l’enquête de personnalité de Charlotte et Sébastien.

"Un enfant désiré"

La présidente appelle Christophe Gourreau, enquêteur de personnalité.

Sébastien Troadec est né en février 1996. en région parisienne, quand ses parents vivaient à Bondy. "Une grossesse souhaitée et un enfant désiré" dit une tante.

Sa sœur également. Ensuite ils vont habiter Blain, puis Orvault. Sébastien aime sa sœur, il joue avec elle.

A l’école, Sébastien est un bon élève qui s'entend également bien avec les autres. Mais au collège, l’acné lui donne des complexes, il s’isole, les autres élèves se moquent de lui. Ces moqueries se poursuivent au lycée. C'est un élève très discret.

En 2013, il poste un message sur les réseaux sociaux, "Demain je vais faire une tuerie, il y a 1000 personnes au lycée" . On découvre une arme factice sous son lit, achetée en Espagne en vacances.

Il fait l'objet d'une réparation pénale pour mineur et rencontre un psychologue. Son père le soutient peu.

Sébastien s’épanouit en BTS, il est heureux dans sa vie d’étudiant. Réservé au début, il devient de plus en plus enjoué. Il fait deux à trois soirées par semaine. Ses résultats baissent, en lien avec une consommation de tabac et de shit en fin de première année.

Ses parents ne viennent pas le voir, il rentre peu chez lui. Il dit avoir peur de laisser sa sœur seule avec ses parents.

Sébastien Troadec est décrit par ses amis comme jovial, sérieux, dynamique, blagueur et sympathique.

"Leur père ne les regardait pas et ne leur parlait pas"

Charlotte Troadec est née le 29 juin 1998, à Blain. Sa naissance est attendue avec impatience. Sébastien, 2 ans, est content d’avoir une sœur.

Charlotte est à l’aise avec ses deux parents. Elle est gaie et fait du vélo.

Une cousine témoigne cependant, "quand Charlotte et Sébastien étaient petits, c’est eux qui allaient vers leur père. Leur père ne les regardait pas et ne leur parlait pas".

Charlotte souffrait d’avoir un tel père, selon l'une de ses cousines, et disait que ce n’était pas son père. Charlotte disait que ses parents s’engueulaient, qu’elle ne comprenait pas que sa mère reste avec son père.

A l'école, elle fait l’objet de moqueries et se scarifie au collège. Charlotte entre en Bac pro accompagnement de la personne. Elle semble contente, elle veut devenir sage-femme, ou autre chose avec les enfants. Elle est introvertie en seconde. Elle montre des fréquentations inquiétantes sur les réseaux sociaux. Ses parents sont convoqués, seule sa mère vient et prend les choses en main.

En BTS à Fontenay-le-Comte, où sa cousine la décrit comme assidue, elle est peu expansive.

Ses copines en parlent comme étant avenante, souriante, adorant raconter des histoires d’horreur dans la cour. Charlotte est tombée amoureuse d’une jeune fille, qu’elle n'a pas réussi aborder. Elle n'en parle pas à sa mère.

Elle est toujours décrite par tous comme posée, réservée, attachante, proche de sa mère. "Epanouie depuis qu’elle ne vivait plus avec son père".

Un tempérament introverti

L’audience reprend avec David Durand, collègue de travail de Pascal Troadec.

"Pascal avait un tempérament introverti, mais ne se laissait pas marcher sur les pieds. Il parlait souvent de sa Bretagne où il avait de la famille. Je sais finalement assez peu de choses de sa famille, je ne connaissais pas le prénom de sa femme".

"Je ne l’ai jamais vu absent, jamais une seule journée sans prévenir. Alors, je suis allé à deux reprises chez lui pour voir. J’ai ouvert le portillon d’entrée, mon collègue a sonné, la porte était fermée. On y retourne à trois le 23. On rencontre un voisin à côté qui nous dit que la police est passée. On a compris avec lui que Pascal vivait en engueulades avec le quartier, rien à voir avec le collègue qu’on connaissait".

"C’est une mère poule"

La présidente fait ensuite témoigner Mme Marie-Agnès Frigout, contrôleur du Trésor.

"Je travaillais en binôme avec Brigitte depuis presque 15 ans. Nous échangions sur nos familles, elle n’était pas secrète avec moi. Elle parlait des problèmes avec son beau-frère. Nous n’étions pas amies, mais très bonnes copines" .

"Au niveau des relations professionnelles, elle n’avait aucune difficulté avec les gens, de problèmes de santé. C’est une mère poule, souvent au téléphone avec Charlotte. Que je connaissais un petit peu, elle passait au travail. Charlotte était encore immature, Sébastien c’était un peu la même chose. Elle l’avait au téléphone. Le frère et la sœur s’entendaient bien".

"Sébastien moins bien avec son père. J’ai rencontré Pascal parfois en faisant les courses. Au travers de Brigitte ou au téléphone, quand il ne pouvait pas joindre Brigitte, il s’énervait facilement. Elle me disait que quelques fois il avait des tensions avec les consoles, les jeux".

"Elle m’a dit que son beau-frère était persuadé qu’ils avaient découvert un trésor, et que la relation se détériorait, poursuit Marie-Agnès Frigout, je me souviens que Charlotte avait appelé sa mère, qu’elle avait vu son beau-frère à proximité du domicile".

Elle le décrivait comme fou 

Une collègue de Brigitte Troadec à propos d'Hubert Caouissin

"Avez-vous constaté un changement de train de vie ?"."Depuis le décès de son beau-père, ils sont partis en vacances une ou deux fois. Rien de plus".

Cécile de Oliveira, avocate de la mère et des deux sœurs Troadec, la questionne : "Pensez-vous qu’elle a pu cacher de l’or à l’étranger ?". "Absolument impossible", assure-t-elle.

Me de Oliveira fait circuler des photos de Brigitte Troadec. Le mariage en 1993 à Landerneau, des repas de famille, les enfants, chez les parents, à la fête des écoles. Les photos montrent une jeune femme rieuse. Hubert Caouissin scrute ces photos qu’il ne connait pas. Lydie Traodec y apparait comme une jeune fille rieuse. Par moments elle s’essuie les yeux avec un mouchoir.

On voit aussi l’extrait d’un reportage de M6 dans lequel Charlotte exprime son soutien aux victimes des attentats "On va continuer à vivre malgré les terroristes", dit la jeune fille.

12h53. Suspension de l’audience, reprise vers 14h30. La présidente appelle Sylvain Boisseau à la barre, il est technicien informatique et un ami de Sébastien Troadec, il connaissait aussi Charlotte. "Avant d’être tué, Sébastien était très inquiet de savoir s’il pourrait finir son année", dit-il.

Il a été choqué par les débuts de l’affaire, quand Sébastien avait été présenté comme un suspect potentiel. Sébastien était selon lui joyeux, assez fêtard, un peu trop parfois. Lui et sa sœur "étaient promis à un bel avenir, mais ça leur a été retiré", dit cet ami, visiblement ému.

"J’ai rencontré Charlotte sur Tinder, avant de connaitre Sébastien dans le même lycée. Charlotte et Sébastien étaient proches l’un de l’autre, et je voulais le secouer en passant par sa sœur".

"Des moments de colère, de haine, de tristesse"

Émeline Libault est la meilleure amie de Charlotte. Elle est venue de Montréal où elle vit aujourd’hui, pour témoigner devant la cour d’assises.

Les deux jeunes filles se sont connues au collège. Charlotte était, dit-elle, une personne sociable, toujours de bonne humeur et toujours prête à aider les autres.

"Charlotte, je l’ai connue au collège, une personne souriante, de bonne humeur, à vouloir aider, ça a été sa voie après le Bac. Quand il y a eu de la distance, qu’elle est partie à Fontenay-le-Comte, ça nous rapprochées".

"La dernière fois que je l’ai vue, c’était le vendredi 10 février". Le 16 février, les amies se sont parlées vers 19h, puis tous les messages sont ensuite restés sans réponses.

Avec son père, c’était un peu plus tendu. "C’est peut-être juste parce qu’il ne montrait pas son amour de la même façon".

La mère de Charlotte n’aimait pas trop que sa fille sorte le soir. Souvent, le père de son amie ramenait les deux jeunes filles.

"Je sais que ses parents la protégeaient. Je pense que Brigitte était assez démonstrative, quand j’allais à leur domicile, son papa était discret, je pense qu’elle ne souhaitait pas qu’on le rencontre".

"Ça a été très dur au début. On ne peut pas faire le deuil de quelqu’un qu’on n’a pas vu partir. C’est passé par des moments de colère, de haine, de tristesse".

Aux abonnés absents

Martine Soliveres, sœur de Brigitte, est appelée à la barre. Depuis le début, elle assiste au procès.

La voix brisée par l’émotion, elle commence par parler de sa mère. "Ça a brisé sa vie de perdre sa fille, de perdre ses petits enfants qu’elle adorait".

    Regardez-moi monsieur Caouissin !Je n’arrive plus à me concentrer, je fais des cauchemars, je ne peux plus manger de viande rouge Martine Soliveres, soeur de Brigitte Troadec

Brigitte appelait sa mère tous les dimanches. Un soir, elle avait l’air très affolée : "Renée nous accuse d’avoir volé de l’or". L’accusation leur avait alors semblé ridicule.

"On s’occupait tout le temps de notre père, sa maladie nous accaparait avec ma mère. Et cette histoire d’or nous a échappée. Peut-être que Brigitte nous a envoyé des signaux, on n’a pas pu ou su les voir."

Martine Soliveres se souvient également de l’inquiétude de Brigitte après une visite chez Hubert et Lydie, pour le petit Jean (prénom d'emprunt du fils de Hubert Caouissin et LydieTroadec, afin de préserver son anonymat) qui paraissait chétif, se cachait sous la table.

"Sébastien était un gentil nounours, son problème d’acné l’a perturbé.  Charlotte était une fille super joyeuse très proche de sa maman", poursuit-elle.

C’est Martine Soliveres qui donne l’alerte parce que Brigitte ne répond plus, elle a manqué l’appel rituel du dimanche soir. Même les enfants sont aux abonnés absents.

"C'est comme si on voyait à la télévision un mauvais feuilleton"

"Brigitte prévenait toujours son travail. J’ai eu un flux glacial, je me suis dit, c’est quand même pas cette histoire d’or ! se souvient Martine. l’affaire a tout de suite était médiatisée et on suivait l’affaire en direct".

"C’était irréel, c’est comme si on voyait à la télévision un mauvais feuilleton. On se disait, peut-être que Charlotte est dans les parages, peut-être qu’elle va revenir. Pour moi, elle était peut-être séquestrée quelque part".

Hubert Caouissin regarde toujours ses pieds. Lydie Troadec, regarde fixement Martine Soliveres.

► voir l'interview des sœurs de Brigitte Troadec

"Ce que dit Mr Caouissin sur un pied de biche qu’aurait détenu Pascal, qu’est-ce que ça vous inspire?", demande la présidente. "Ça m’inspire que monsieur Caouissin ne dit pas la vérité, qu’il avait tout préparé", répond Martine Soliveres.

"Je suis convaincu de la préméditation de Mr Caouissin. C’est lui qui nous a parlé de la méthode MMS (motivation méthodologie et soin).  Il a tout planifié. Il est entré vers 3 heures du matin, a coupé le courant. Il d’abord dû tuer Charlotte, puis Sébastien. Brigitte, c’est une mère, a forcément entendu du bruit. Alors, ils ont essayé d’allumer, Il n’y avait plus de lumière, il les a abattus comme des chiens. On ne dort pas avec un pied de biche".

"Je pense toujours que Brigitte et les enfants vont arriver chez mes parents, comme ils le faisaient d’habitude. Quatre ans après, ça n’a pas changé. On a pris perpétuité dans la famille", témoigne Martine Soliveres, la voix tremblante de colère et d’émotion.

"Qu’on remette la famille à la place où elle était"

Hélène, l’autre sœur de Brigitte témoigne à présent. "Enfant je dormais dans la même chambre que Brigitte. Plus âgée, je suis allée à Paris prendre son poste l’été durant les vacances. Je continuais donc de la voir."

Hélène se souvient aussi de sa sœur, bouleversée après une visite d’Hubert Caouissin, au pavillon d’Orvault, accusant la famille d’avoir volé de l’or.

"On avait dit à Brigitte, va déposer une main courante à Guipavas, et finalement on s’est dit que si on devait faire des mains courantes pour les histoires de familles, on n’en sortirait pas".

"La première fois qu’on a été entendus au commissariat de Brest, on nous a demandé si Brigitte avait des ennemis. J’ai tout de suite pensé à son beau-frère".

La présidente : "Ce procès, vous en attendez quoi ?""Qu’on remette la famille à la place où elle était... (Hélène se tait, le temps de ravaler ses larmes) et non à la version des faits que décrit Hubert Caouissin, qui est totalement fausse".

"L’annonce, on l’a su le matin, sur BFM TV. Le bandeau annonçait : Hubert Caouissin a reconnu les meurtres et avoir dépecé les quqtre personnes. C’est moi et ma sœur qui l’avons annoncé à notre mère".

"Personne ne m’a jugé là-dessus, j’espère"

Mathieu, cousin de Charlotte et Sébastien, tenait à s’exprimer devant la cour. Son émotion est forte.

Comme Hubert Caouissin, Mathieu travaille à Naval Group, dans une équipe où ce dernier a travaillé comme chaudronnier. Il a été embauché alors que l’affaire venait de commencer.

"Je signe mon contrat de travail, et le même jour… voilà. Tout le monde sait. Personne ne m’a jugé là-dessus, j’espère". Il pleure doucement.

"Quand j’entends son soi-disant burn-out... la cohue pour prendre le bateau, dit-il, c’est plutôt le contraire, personne ne se pousse, il y a une bonne ambiance".

"On était très content de les voir"

Pauline, cousine de Charlotte et Sébastien, souhaitait également s’exprimer. "Ils venaient régulièrement pendant les vacances scolaires et on était très contents de les voir".

"Eux à Orvault, nous dans le Finistère, nous étions contents de les voir chez notre grand-mère. Ils passaient un moment chez nous puis l’autre chez les Troadec. En grandissant on s’est moins vus. Ils sont venus me voir à Rennes à la naissance de mon enfant".

    Les dernières années, Sébastien était beaucoup mieux dans sa peau. C’est juste dommage qu’on ait été coupés dans cette relation Pauline, cousine de Charlotte et Sébastien Troadec

"À la naissance de Jean, je sais que Charlotte était heureuse de sa naissance. Elle avait une proximité avec Lydie".

Le témoignage de la tante de Pascal et Lydie Troadec

La présidente appelle Gilberte Troadec épouse Goacolou à la barre. C’est la tante de Pascal et Lydie Troadec.

"Comment évolue la situation après le décès de Pierre votre frère ? "  "J’appelais souvent Lydie, un jour elle ne répondait plus, j’avais insisté, elle m’a dit qu’elle n’avait plus le droit de répondre au téléphone, de l’appeler, d’aller sur l’ordinateur. Je me suis écartée à ce moment-là, mon frère m’a dit la même chose. Ils étaient jeunes et amoureux, je me suis dit que c’était peut-être normal. Plus tard, Pascal m’avait dit que Hubert prenait de plus en plus de place chez Renée. Elle avait l’air d’apprécier son gendre, il se sentait écarté."

"Pascal vous dit être accusé d’avoir volé l’or ?" "Il m’en avait parlé. Il ne savait pas de quoi Hubert Caouissin lui parlait. Il avait fouillé dans les journaux. Il m’avait dit que ça devait être l’or trouvé à Brest. Pascal était effondré, il n’avait rien volé du tout, je suis resté des heures au téléphone, je lui ai dit va voir les gendarmes, les services sociaux, parle. Je suis malheureux, Lydie me dit que à cause de moi ma mère a fait un infarctus. Les gendarmes lui ont dit qu’ils ne suivaient pas les affaires familiales. Je lui ai conseillé de voir un médiateur."

"ça criait gesticulait dans la voiture, ils sont partis"

"J’avais appelé sa mère, qui m’a dit que Pascal l’avait spolié de l’or. Ça a continué des mois. Il y a eu un bloc enchainé au portail chez Renée. La dernière fois que j’ai vu Pascal c’est à la cousinade d’août 2015. Tout le monde s’était installé pour le repas, j’ai entendu des éclats de voix, Lydie et Hubert ont fait le tour pour dire bonjour, j’ai vu que le petit Jean a tendu la main à Pascal en lui disant bonjour Monsieur. Pascal lui a dit mais je suis ton tonton !

À la fin du repas, Pascal voulait parler en tête à tête avec sa mère, il y a eu des cris, Lydie ne voulait pas. Je lui ai dit mais il a le droit de parler avec sa mère, Lydie a dit je ne veux pas qu’il tue ma mère. Ils sont allés discuter dans le champ et sont revenus avec le sourire. Comme j’étais la dernière à partir, j’ai vu Lydie, Hubert, Jean, ça criait gesticulait dans la voiture, ils sont partis. Le lendemain Pascal m’a dit que sa mère n’avait pas voulu le voir. Elle l’avait menacé des gendarmes".

"Est-ce que vous avez eu depuis des contacts avec Renée ?" "On a posé la question à Renée, elle nous a dit que Pascal avait subtilisé la caisse à outils dans laquelle il y avait les lingots disait-elle. Je lui ai demandé si elle les avait vus ? Non. Je lui ai dit qu’elle n’était pas bien curieuse ».

"Pascal avait remarqué que le petit Hubert était pâle et un peu chétif ". "Petit Hubert ? " "Pardon je me trompe, c’est Jean, c’est Renée qui l’appelle toujours comme ça. Ça l’avait marqué. Il y a eu de la jalousie envers Pascal. Un jour j’ai croisé Lydie, elle me disait qu’il avait deux voitures, deux maisons, on voyage aussi, je lui ai dit que Pascal et Brigitte étaient un couple ordinaire. Elle ne voulait rien entendre".

"il était écrit dessus menace de mort d’une écriture tremblante"

Me Méchineau. "Vous dites que Lydie avait peur que Pascal tue Renée". "Je lui ai dit j’espère que tu plaisantes".

Me Fillon. "Vous parlez aux enquêteurs d’une feuille marquée menaces de mort". "J’ai vu une feuille, un morceau de feuille de cahier, il était écrit dessus menace de mort d’une écriture tremblante, le papier était froissé, Pascal tremblait. Il nous disait que c’était Hubert qui l’avait écrit. Il m’avait dit plusieurs fois avoir reçu des menaces de mort".

"Était-ce l’écriture d’Hubert Caouissin ?" "Je ne connais pas son écriture".

"L’enfant dit qu’il est normal que ses parents soient jugés et punis"

Vient ensuite le témoignage de l'administratrice qui gère les intérêts du fils d’Hubert Caouissin et Lydie Troadec.

Elle a rencontré l’enfant entre 8 et 10 fois depuis janvier 2018. "J’ai trouvé un enfant qui se posait beaucoup de questions sur les choix de ses parents et qui était traumatisé par les faits et par la médiatisation. C’est aujourd’hui un enfant très juvénile, qui a du mal à exprimer ses émotions, à se sentir en phase avec les autres. Il voit une psychologue toutes les semaines et une pédopsychiatre plusieurs fois par an."

"Il parlait de rituels familiaux autour des devoirs à Pont de Buis où il pouvait manger froid si les devoirs n’étaient pas faits. Il veut devenir médecin ou écrivain. Il joue au basket. Il souhaite dire qu’il aime ses parents, mais qu’il était très en colère de ce qui s’était passé à Pont de Buis. Il a refusé d’expliquer ce qu’était un rituel familial. Il a eu très peur de rencontrer son père à la maison d’arrêt."

"L’enfant a très peur de la médiatisation, dit qu’il est normal que ses parents soient jugés et punis. La suite le préoccupe beaucoup."

Lydie Troadec essuie des larmes dans le box, en écoutant l’administratrice.

L’audience est suspendue peu avant 19h. Reprise vendredi matin pour le début de l’examen des faits.

Hubert Caouissin est accusé de "meurtre précédé, accompagné ou suivi d'un autre crime" et "atteinte à l'intégrité de cadavres". Lydie Troadec, son ex compagne, comparaît pour "recel de cadavres" et "modification des preuves d'un crime".

Lydie Troadec a décrit mardi à la barre le contexte d'une haine familiale ancienne et mystérieuse entre elle et son frère Pascal, au premier jour du procès du quadruple meurtre de la famille.

Mercredi, c'est la vie d'Hubert Caouissin qui a été examinée. "Compulsif", "obsessionnel" et volontiers paranoïaque, Caouissin, toujours "ancré dans le passé" et convaincu de l'existence du "magot" qui l'a conduit au quadruple meurtre de la famille Troadec.

Le procès des deux accusés se tient aux assises de Loire-Atlantique à Nantes jusqu'au 9 juillet prochain.

Publié dans Articles de Presse

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