En Belgique, restitution d'un tableau spolié à une famille juive d'Allemagne

Publié le par Le Figaro et AFP agence

Une nature morte peinte par Lovis Corinth figurait parmi la trentaine d'œuvres d'un grand musée bruxellois probablement volées durant la guerre.

Blumenstilleben («Fleurs» en français), nature morte peinte en 1913 par Lovis Corinth (1858-1925), figurait dans les collections des Musées royaux des Beaux-Arts, à Bruxelles. Wikimedia Commons / Villa Grisebach Auktionen

Blumenstilleben («Fleurs» en français), nature morte peinte en 1913 par Lovis Corinth (1858-1925), figurait dans les collections des Musées royaux des Beaux-Arts, à Bruxelles. Wikimedia Commons / Villa Grisebach Auktionen

La Belgique va restituer aux descendants d'un couple de juifs allemands spolié pendant la Seconde guerre mondiale un tableau hébergé dans les collections d'un grand musée du pays, a annoncé mercredi le cabinet du secrétaire d'État chargé de la politique scientifique. Blumenstilleben («Fleurs» en français), nature morte peinte en 1913 par Lovis Corinth (1858-1925), figurait dans les collections des Musées royaux des Beaux-Arts, à Bruxelles, parmi la trentaine d'œuvres à l'origine douteuse, probablement volées durant la Seconde Guerre mondiale.

Le tableau, une huile sur toile de taille modeste (81 cm x 61 cm), était ainsi répertorié sur le site du musée : «Collection inconnue, volé par le Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (une antenne officielle du IIIe Reich, N.D.L.R), récupéré par Leo Van Puyvelde après la libération de Bruxelles, transféré à l'Office de Récupération Économique et cédé en 1951 aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.»

Une famille fuyant le nazisme

Après des décennies d'analyses et de recherches, il a été établi que le tableau avait été volé dans un entrepôt à Bruxelles, où une famille de juifs allemands fuyant le nazisme avait transité sur sa route vers l'Angleterre. Dans leur fuite, Gustav et Emma Mayer avaient en effet dû se séparer d'une partie de leurs biens, et une caisse qui contenait entre autres la toile avait été subtilisée au début de la guerre dans ce lieu faisant office de garde-meubles. Dans un courrier adressé le 26 mai aux avocats allemands des petits-enfants du couple, le secrétaire d'État Thomas Dermine a officiellement donné l'accord de l'État belge à cette restitution.

Une fois celle-ci concrétisée (les modalités n'ont pas encore été fixées), il sera demandé aux descendants de rembourser aux autorités allemandes environ 4.100 euros, soit la valeur estimée du tableau. Explication : à la fin des années 1960, la famille Mayer avait déjà été dédommagée en Allemagne pour l'ensemble des biens spoliés à Gustav et Emma, et il s'agit d'«éviter la double compensation» (dédommagement et restitution), a-t-on souligné au cabinet de M. Dermine.

La Belgique, est-il rappelé, s'est conformée aux principes arrêtés lors de la Conférence de Washington (1998) sur les biens culturels pillés et disparus au moment de l'occupation nazie. Une commission placée sous l'autorité du Premier ministre belge a travaillé entre 1998 et 2001 sur les biens juifs spoliés en Belgique, ce qui a abouti au vote d'une loi ouvrant le droit à des dédommagements.

En 2008, une autre commission chargée des dédommagements avait recensé «5210 dossiers de spoliations». L'essentiel des biens a été restitué, selon les services de M. Dermine, qui précisent que la famille Mayer n'avait formulé aucune demande de dédommagement en Belgique. Thomas Dermine a salué «un petit geste» de l'État belge, qui «répare une lâche spoliation».

Publié dans Articles de Presse

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