Il y a 77 ans, les SS massacraient les habitants d’Oradour-sur-Glane

Publié le par Le Point par Frédéric Lewino

LE MONDE D’AVANT. Aucune raison au choix de ce village paisible du Limousin, sinon de terrifier les éventuels candidats au maquis.

Il y a 77 ans, les SS massacraient les habitants d’Oradour-sur-Glane

Comme quoi la volonté de se tenir peinard ne paie pas toujours. Les habitants du village d'Oradour-sur-Glane ne s'étaient jamais particulièrement préoccupés des Allemands. La plupart n'en avaient jamais vu. Pas de maquisards parmi eux. Les plus proches maquis se situaient à plusieurs kilomètres de la paisible localité. On vaquait à ses affaires tant bien que mal. Bref, ce matin du 10 juin 1944, pas un seul villageois ne pouvait se douter de l'opération tramée par les Allemands.

Vers 13 h 45, quelque 200 soldats SS de la division « Das Reich » commandés par le Sturmbannführer Adolf Diekman entament l'encerclement d'Oradour-sur-Glane. Les villageois y prennent à peine garde. Ils sont peu à chercher à fuir. Les soldats allemands ne semblent pas non plus stressés. Beaucoup reviennent du front de l'Est où les massacres de villageois sont monnaie courante.

Comme des bœufs à l'abattoir

Beaucoup d'hypothèses ont été avancées sur les raisons d'un tel massacre. Tel l'assassinat d'un gradé allemand la veille, mais l'enquête ultérieure ne la retiendra pas. Certains soutiennent que les Allemands auraient confondu Oradour-sur-Glane avec Oradour-sur-Vayre qui était un foyer de la Résistance. Mais là encore, cela apparaîtra faux.

Tous les témoignages convergent, en revanche, vers la volonté du général SS Heinz Lammerding, commandant de la division SS, de choisir un village tranquille, sans résistant, pour opérer un massacre en toute tranquillité. Un peu comme on mène des bœufs à l'abattoir. Mais pourquoi massacrer des paysans inoffensifs ? Mon bon monsieur, tout bonnement pour inspirer la terreur. Les massacres précédents comme à Tulles, nid de résistants, n'ont pas calmé les ardeurs des maquisards, le général veut donc frapper un grand coup.

350 femmes et enfants dans l'église

À 14 h 45, tous les habitants sont rassemblés sur le champ de foire. À ce moment-là, personne ne se doute des intentions des SS. On obéit sans comprendre. Les hommes sont répartis par groupe de 30 dans 6 granges et autres vastes bâtiments proches, tandis que 350 femmes et enfants de moins de 14 ans sont entassés dans l'église.

Des automitrailleuses sont disposées face aux portes laissées ouvertes, mais personne encore ne peut imaginer leur usage. Vers 16 heures, les Allemands ouvrent le feu. Les hommes s'écroulent médusés. Pour se débarrasser des femmes, les soldats placent une caisse d'explosifs dans le chœur de l'église. Mais l'explosion n'est pas suffisamment puissante pour faire s'écrouler la voûte. Les tortionnaires SS ouvrent le feu. Une seule femme parvient à s'échapper par une fenêtre.

Le bilan est terrible : 623 villageois ont péri en quelques dizaines de minutes. Pas émus le moins du monde, les Allemands, qui comptent dans leurs rangs pas mal d'Alsaciens, pillent les maisons du village avant d'y mettre le feu. Ils rigolent, le sentiment du devoir accompli.

Parmi les premiers à pénétrer dans le village après le départ des Allemands, Jean Pallier témoigne : « Il n'est pas de mots pour décrire pareille abomination. Bien que la charpente supérieure de l'église et le clocher soient entièrement brûlés, les voûtes de la nef avaient résisté à l'incendie. La plupart des corps étaient carbonisés. Mais certains, quoique cuits au point d'être réduits en cendres, avaient conservé figure humaine. Dans la sacristie, deux petits garçons de douze ou treize ans se tenaient enlacés, unis dans un dernier sursaut d'horreur. Dans le confessionnal, un garçonnet était assis, la tête penchée en avant. Dans une voiture d'enfant reposaient les restes d'un bébé de huit ou dix mois. Je ne pus en supporter davantage et c'est en marchant comme un homme ivre que je regagnai [le hameau des Bordes]. »

Publié dans Articles de Presse

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