Interview Léon Gautier est le dernier survivant du D-Day

Publié le par Actu avec liberté Le Bonhomme Libre par Arnaud Héroult

À 98 ans, Léon Gautier est le dernier survivant des 177 hommes du commando Kieffer. Le seul bataillon français qui a débarqué en Normandie le 6 juin 1944.

Léon Gautier chez lui à Ouistreham le 1er juin 2021. (©Arnaud Héroult/Liberté Le Bonhomme Libre)

Léon Gautier chez lui à Ouistreham le 1er juin 2021. (©Arnaud Héroult/Liberté Le Bonhomme Libre)

Quelques jours avant le 77e anniversaire du Débarquement en Normandie, Léon Gautier nous reçoit dans sa maison à Ouistreham (Calvados) où il vit depuis 29 ans. À quelques centaines de mètres de là où il a débarqué le 6 juin 1944.

Devant Roland-Garros, il prend le temps de s’assurer que Gaël Monfils égalise à un set partout avant d’éteindre la télé : « je reprendrai tout à l’heure ».

Actu : Que gardez-vous en mémoire du 6 juin 1944 ?

Léon Gautier : On a débarqué à Colleville-sur-Orne alors (aujourd’hui Colleville-Montgomery) à 7 h 20. On était parmi les premiers. Les Français du commando Kieffer faisaient partie des barges 523, la mienne, et 527. Sur la plage cela a été assez facile.

C’est-à-dire ?

LG : Dawson le chef du commando n°4 (dans lequel Kieffer était intégré) nous avait dit avant de débarquer : messieurs les Français à vous l’honneur. Il valait mieux avoir 50 m d’avance sur la plage avec les tirs.

C’était quoi votre mission ?

LG : Rentrer dans les terres et prendre à revers les blockhaus de toutes les plages jusqu’à Ouistreham.

Racontez-nous cette journée ?

LG : Après avoir débarqué on a pris la route de l’intérieur à Colleville qu’on a longé jusqu’au casino de Ouistreham. De là, retour sur la plage de Colleville pour récupérer nos sacs qui contenaient 15 jours de vivres et les munitions. On est reparti à l’intérieur vers Colleville, direction Pegasus. On est arrivé à Amfreville à 18 h.

    Le 6 juin, on n’a pas vu le temps passer tellement il y avait de boulot à faire. Sur 177 hommes, dix étaient morts et on comptait une quarantaine de blessés.

Blessé en sautant d’un train

Léon Gautier n’a pas été blessé au combat, mais en Angleterre en permission après la bataille de Normandie. « Je me suis blessé à la jambe en sautant d’un train. Ils ne s’arrêtaient pas à toutes les gares à l’époque, ils ralentissaient seulement. »

Peu après, en octobre 1944, il se marie avec Dorothy, jeune Anglaise rencontrée en 1943 (elle est décédée en 2016). « En août 1945 après la guerre je n’avais pas un sou, mais j’ai vite trouvé du boulot. » Expert automobile, Léon Gautier a travaillé en Angleterre puis en Afrique avant de rejoindre la France à Beauvais.

« En 1992, comme une lubie, on a voulu avec mon épouse habiter à Ouistreham. La première maison en vente on l’a achetée et on y est resté. »

LG : Ça ne s’est pas arrêté au 6 juin ?

Un commando, c’est plus pour un coup de main. On devait être là pour quatre jours.

    En fait on est resté 78 jours en Normandie. C’est pas mal hein ?

Le Débarquement, vous l’avez appris comment ?

LG : Officiellement trois, quatre jours avant le 5 juin, reporté au 6 à cause d’une tempête. Mais on pensait bien que c’était imminent. Depuis 1943 on s’entraînait. Trois mois avant le 6 juin, on est reparti en Écosse (où a été créé le 1er commando français) et ensuite dans le Devon pour un entraînement au débarquement de masse.

La traversée de la Manche, c’était comment ?

LG : On a embarqué à Portsmouth à 16 h le 5 juin. On a attendu à hauteur de l’île de Wight et à 23 h on a mis le cap vers la France.

La France, vous l’aviez quittée 4 ans avant ?

LG : Oui j’étais sur le Courbet (un cuirassé) en juin 1940 (il avait 17 ans), on a rejoint Portsmouth.

    Près de Liverpool où on était stationné, des Anglais m’ont parlé d’un général français qui voulait continuer le combat : De Gaulle que personne ne connaissait. J’ai rejoint les forces de la France Libre le 13 juillet 1944.

De Gaulle, vous l’avez rencontré ?

LG : Une première fois en octobre 1940 et une autre fois après la guerre, on a visité sa maison à Colombey.

Pendant quatre ans vous n’avez pas vu votre famille ?

LG : J’étais de Rennes, j’y suis retourné après la guerre. En 1943, grâce à la Croix-Rouge, mes parents ont su que j’allais bien.

Depuis le décès d’Hubert Faure (17 avril 2021), vous êtes le dernier du commando Kieffer ?

LG : Oui je suis le dernier survivant. Mais il faut bien partir un jour. La vie, ça va, ça vient, j’en suis conscient.

Et en 1944, la mort, vous en étiez conscient ?

LG : Non on n’y pensait pas. À cet âge-là (21 ans) on croit que ça n’arrive qu’aux autres.

Publié dans Articles de Presse

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