Justice.Suicide en prison du fantasque John McAfee, créateur du célèbre antivirus

Publié le par Courrier International

L’entrepreneur anglo-américain John McAfee, créateur du logiciel antivirus du même nom, a été retrouvé pendu dans sa cellule à Barcelone, mercredi 23 juin. Quelques heures plus tôt, la justice espagnole avait donné son feu vert à son extradition aux États-Unis, où il était poursuivi pour fraude fiscale.

John McAfee au Blockchain Summit, le 1er novembre 2018 à Malte.  REUTERS/Darrin Zammit Lupi/File Photo

John McAfee au Blockchain Summit, le 1er novembre 2018 à Malte. REUTERS/Darrin Zammit Lupi/File Photo

Le millionnaire de 75 ans a été découvert par un détenu dans sa cellule du centre pénitentiaire de Brians 2. “Les surveillants et les services médicaux de la prison sont immédiatement intervenus pour tenter de ranimer McAfee, mais finalement, les médecins n’ont pu que constater sa mort”, raconte El Periódico.

La police judiciaire a été dépêchée sur place pour éclaircir les circonstances du décès, mais “tout indique qu’il s’agit d’un suicide”, précise le quotidien catalan – une hypothèse confirmée par ses avocats.

John McAfee, pionnier de la technologie antivirus, était emprisonné depuis le 4 octobre 2020 à Barcelone, après son arrestation à l’aéroport d’El Prat, “alors qu’il était sur le point de passer le contrôle de police des départs internationaux pour s’envoler à destination d’Istanbul”, rappelle La Vanguardia.

McAfee fuyait alors la justice américaine, qui l’accusait de “ne pas avoir déclaré ses revenus pendant quatre ans, malgré des gains s’élevant à plusieurs millions de dollars entre 2014 et 2018”, explique CNN. Ces revenus provenaient de ses activités de “promotion des cryptomonnaies, de sa participation à des conférences et de la vente des droits sur sa vie pour le tournage d’un film documentaire”.

21 arrestations

Lors d’une audience, le mois dernier, le septuagénaire avait déclaré que “compte tenu de son âge, il passerait le reste de sa vie en prison s’il était condamné aux États-Unis”, rapporte Reuters. “J’espère que le tribunal espagnol se rendra compte de cette injustice”, avait-il supplié.

Mais mercredi, l’Audience nationale a donné son feu vert à l’extradition de McAfee – une extradition qui pouvait faire l’objet d’un appel et aurait aussi dû, in fine, être validée par le gouvernement espagnol.

Décrit comme belliqueux, en quête d’attention et expert dans la manipulation des médias, McAfee était aussi considéré comme un génie de la technologie”, remarque le Washington Post. Dans la plus pure tradition californienne, il avait créé son logiciel antivirus dans son petit appartement à Santa Clara, avant d’en faire le géant du secteur.

Mais la comparaison avec les légendes de la Silicon Valley s’arrête là. Nettement plus excentrique que ses condisciples, il quittera sa société en 1994 avec 100 millions de dollars en poche, “pour se lancer dans une série d’exploits qui conduiront, selon ses propres calculs, à 21 arrestations dans 11 pays pour des délits présumés allant du port d’armes illégal au trafic de drogue, en passant par l’évasion fiscale et la fraude boursière”, égrène le Washington Post.

Ami de Jeffrey Epstein

De fait, la vie privée de ce “grand amateur de théories du complot” a souvent “suscité davantage d’intérêt que ses réussites professionnelles”, note The Guardian. Après son départ de McAfee, il s’était notamment “essayé au yoga, à l’aviation ultralégère, à la production de médicaments à base de plantes”, et plus récemment aux cryptomonnaies.

Parmi les multiples controverses ayant émaillé sa vie, la plus médiatique remonte à 2012, alors qu’il vivait au Belize. “McAfee avait été accusé de meurtre après que l’un de ses voisins avait été retrouvé mort”, rappelle Vice. Il avait néanmoins réussi à “fuir le Belize” et à éviter toute inculpation aux États-Unis.

Après cet épisode, le comportement erratique du millionnaire avait encore empiré, selon Gizmodo. Il avait notamment “annoncé sa candidature à l’élection présidentielle américaine en 2016 sous les couleurs du Parti libertarien”, qui milite, fort opportunément, pour une réduction drastique de la fiscalité.

L’une des facettes les plus sombres de ce personnage “habitué des polémiques”, souligne El País, restera “son amitié avec le magnat Jeffrey Epstein”, poursuivi pour abus sexuel sur des dizaines de mineures, et lui aussi décédé par suicide en prison – un suicide mis en doute par McAfee. Quelques jours après son arrestation à Barcelone, ce dernier avait écrit dans un tweet : “Je suis bien ici. J’ai des amis. La nourriture est bonne. Tout est bien. Sachez que si je me pends, façon Epstein, ce ne sera pas de ma faute.

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