L’appel du 18 juin 1940: le début de la Résistance française

Publié le par RFI par Nenad Tomic

À Londres, le 18 juin 1940 à 22 heures, sur les ondes de la BBC, le général de Gaulle prononce son premier discours appelant les Français de ne pas cesser le combat contre les Allemands. Même si peu de citoyens français ont entendu en direct l’appel du général, la presse a relayé son appel dès le lendemain. C’est incontestablement l’un des documents les plus marquants de la Seconde Guerre mondiale. Il est considéré comme fondateur de la Résistance française face au IIIe Reich d’Hitler. Retour sur la genèse de ce moment historique. 

 Le général Charles de Gaulle lors de son émission au siège de la radio BBC à Londres, le 18 juin 1940. © BBC / AFP

Le général Charles de Gaulle lors de son émission au siège de la radio BBC à Londres, le 18 juin 1940. © BBC / AFP

Depuis le 3 septembre 1939 à 17 heures, l’armée française est officiellement en guerre contre l’Allemagne nazie. Sur la ligne Maginot – les fortifications le long des frontières avec la Belgique, l’Allemagne, la Suisse et l’Italie – arrivent les renforts grâce à la mobilisation générale de la veille. Les premiers jours sont calmes, car les troupes françaises et allemandes restent sur leurs positions et les combats se font rares. Du 9 au 21 septembre, alors que les forces d’Hitler sont concentrées sur le front de l’est et l’avancée vers la Pologne, l’armée française effectue sa première opération militaire de la Seconde guerre mondiale : l’offensive de la Sarre, au nord-est de la ville de Sarreguemines en Moselle. Le reste de l’hiver est calme sur le front. Mais ce n’est qu’un répit, puisque l’arrivée du printemps voit aussi se concrétiser les plans d’Hitler d’envahir la France.

Les troupes allemandes avancent de plus en plus à l’intérieur du pays et de nombreuses fortifications cèdent sous la force des chars ennemis. Colonel, Charles de Gaulle est à la tête de la 4e Division cuirassée et ses soldats tentent de contenir la progression allemande. Le 17 mai à 4h45, de Gaulle lance la bataille de Montcornet dans l’Aisne qui repoussera dans la journée les blindés et l’artillerie de la Wehrmacht.

Depuis la percée des Ardennes, la progression des troupes d’Hitler est très rapide. Elles sont occupées à détruire les régiments français qui défendaient Dunkerque en employant un grand nombre de chars et d’avions. Pendant ce temps, le 27 mai, de Gaulle lance la bataille d’Abbeville dans la Somme, aidé par les troupes britanniques. Cette unité bâtie à la hâte, sans radio ni grand nombre de blindés, réussit à arrêter les Allemands jusqu’au 30 mai, alors que Berlin expédie les renforts et l’armement supplémentaire.

Le 1er juin 1940, Charles de Gaulle est nommé général et, cinq jours après, devient aussi le sous-secrétaire d’État à la Guerre et la Défense nationale dans le gouvernement du Premier ministre Paul Reynaud. Mais le mois de juin est catastrophique pour les troupes françaises : les territoires cèdent les uns après les autres et les Allemands progressent depuis le nord et l’est à une grande vitesse. Les soldats français ainsi que les civils sont sur la route de l’exode. La débâcle militaire atteint son sommet lorsque le 14 juin, l’armée d’Hitler entre et défile à Paris. La veille, le gouvernement trouve refuge à Bordeaux.

Le 16 juin, très tôt dans la matinée, le général de Gaulle s’envole pour Londres afin de rencontrer le Premier ministre britannique, Winston Churchill. Il lui demande des renforts aériens et maritimes et un accord d’union franco-britannique est accepté par Churchill. Dans la soirée, Charles de Gaulle rentre à Bordeaux pour annoncer les bonnes nouvelles, mais il en apprend de très mauvaises : le président du Conseil, Paul Reynaud a démissionné et le maréchal Pétain le remplace. Le très populaire vainqueur de la bataille de Verdun lors de la précédente guerre est sur le point de négocier l’armistice avec l’Allemagne et il entend collaborer avec Hitler.

La matinée du 17 juin est décisive pour De Gaulle. Pour lui, il est hors de question de cesser le combat. Le représentant de Churchill auprès du gouvernement français, le général Edward Spears, arrive à Bordeaux en avion avant midi. Il souhaite convaincre Paul Reynaud, chef du gouvernement, et Georges Mandel, ministre de l'Intérieur, de partir à Londres avec lui pour rejoindre le gouvernement de guerre que Churchill a mis en place dans le cadre de l’alliance franco-britannique. Mais Spears apprend seulement en arrivant que Reynaud n’est plus le chef du gouvernement et que Mandel part vers l'Afrique du Nord. Quasiment dans l’immédiat, il rebrousse chemin vers Londres et dans son avion embarque également le général de Gaulle. En arrivant à Londres, il rencontre de nouveau Churchill à 14h30 et lui explique qu’il ne veut pas déposer les armes et qu’il souhaite s’exprimer sur la BBC, la radio publique britannique.

Le 18 juin, après avoir obtenu le feu vert du Premier ministre britannique, De Gaulle s’enferme dans l’appartement diplomatique français, à Seamore Place à Londres, avec les représentants français au Royaume-Uni, Élisabeth de Miribel et Geoffroy de Courcel. Il rédige le texte du discours, le corrige, le peaufine tout en « fumant cigarette sur cigarette », selon un récit de la Fondation Charles de Gaulle.

À 18 heures, De Gaulle se trouve dans l’immeuble de la BBC et enregistre son discours. Lors du bulletin d’informations à 20 heures, le speaker annonce l’intervention du général. Finalement, l’enregistrement est diffusé à 22 heures précises.

Le discours du 18 juin n’est pas entendu par un grand nombre de Français. Les historiens expliquent que de nombreuses familles lors de la diffusion du discours sont déjà sur la route de l’exode vers les territoires libres et dans l’impossibilité donc d’écouter le programme radio. Ce n’est que le lendemain, que certains journaux régionaux comme Le Petit Provençal, Le petit Marseillais ou Le Progrès de Lyon retranscrivent l’allocution du général de Gaulle.

Les archives françaises précisent qu’aucun enregistrement du 18 juin n’est conservé. La version du discours qu’on peut trouver facilement aujourd’hui est en effet celle prononcée quatre jours plus tard, le 22 juin. Ce jour-là, le général français intervient à nouveau sur la BBC, après la signature de l’armistice franco-allemand par le maréchal Pétain. Ce deuxième discours radiodiffusé est assez proche du premier, mais plus long et plus argumenté.

Tout au long du mois de juin 1940, le général de Gaulle répète ses allocutions sur les ondes, mais c’est bien le premier discours qui marque la naissance de la Résistance française, l’événement célébré depuis chaque année comme symbole du refus de la défaite. Dès l’été 1940, des milliers de volontaires rejoignent les Forces françaises libres désormais menées par le général de Gaulle.

Le texte de l'appel du 18 juin 1940

"Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement.

Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat.

Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l'ennemi.

Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui.

Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire. 

Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limites l'immense industrie des États-Unis.

Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.

Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi.

Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.

Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la Radio de Londres."

Publié dans Articles de Presse

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