Le mystère Sabine Guyot : le 2 mai 2005, un corps calciné est découvert au bord d’un champ près d’Arras... (1/9)

Publié le par La Voix du Nord par Samuel Cogez

Il y a seize ans jour pour jour, le corps calciné de Sabine Guyot, une jeune Liévinoise de 21 ans, était découvert au bord de la D 937, au lieu-dit La Targette, à Neuville-Saint-Vaast, au nord d’Arras. Un cold-case qui fait toujours l’objet d’une information judiciaire et sur lequel travaille la section de recherches de la gendarmerie.

À l’époque, on ne parle pas encore de cellule d’identification criminelle. Il s’agit d’un groupe de gendarmes pionniers en la matière, formés aux techniques scientifiques. Photo archives SAMI BELLOUMI - VDN

À l’époque, on ne parle pas encore de cellule d’identification criminelle. Il s’agit d’un groupe de gendarmes pionniers en la matière, formés aux techniques scientifiques. Photo archives SAMI BELLOUMI - VDN

Nous sommes le lundi 2 mai 2005. La journée est maussade à Arras et ses environs. Il est près de midi quand un couple s’arrête au bord de la D 937, au nord d’Arras, entre Neuville-Saint-Vaast et Sainte-Catherine, non loin du lieu-dit La Targette. Une terre meurtrie où des milliers de soldats sont tombés lors de la Première Guerre mondiale.

Le couple sort son chien pour lui faire faire ses besoins. L’attention du propriétaire de l’animal est alors attirée par un tas de terre encore fumant, sur une plateforme agricole de deux cents mètres carrés environ. En s’approchant un peu, il distingue une forme qui l’intrigue. C’est un pied. Un pied humain. La gendarmerie est avisée. Des militaires de la brigade de Vimy sont alertés.

«  Ce n’est plus un être humain.  »

Il faut dix petites minutes pour faire la route entre Vimy et Neuville-Saint-Vaast. Sur place, le doute n’est plus permis. Les gendarmes découvrent des restes humains. C’est un corps complètement calciné, posé sur un dépôt agricole qu’on appelle du lysol. Un mélange de boue et de craie destiné à assécher le monticule. La dépouille a commencé à s’enfoncer et se recroqueviller, sous l’effet de la chaleur. La tête est penchée dans le monticule, les membres sont relevés.

Il arrive aux gendarmes et policiers d’être secoués par des découvertes de corps. Mais c’est différent ce jour-là. « C’est une crémation, ce n’est plus un être humain, se souvient un gendarme. Il n’y a pas d’odeur, c’est en plein air. Juste une odeur d’hydrocarbure, légère. Le corps n’est plus un corps. Les os ont éclaté avec la chaleur. C’est un humain mais ça ne ressemble plus à un être humain. Mais on se pose beaucoup de questions : c’est qui, c’est quoi, puis on est pris par la hiérarchie, le procureur ».

Un orage dévastateur

Le plateau technique de la gendarmerie est activé et la scène gelée. « Il y avait une volonté d’emmagasiner le plus possible », relève un gendarme. À l’époque, on ne parle pas encore de cellule d’identification criminelle. Il s’agit d’un groupe de quelques gendarmes pionniers en la matière et formés aux techniques scientifiques. Les experts de l’époque. « C’était un peu l’âge de pierre pour l’ADN, on commençait tout juste avec ces choses-là », indique un autre gendarme.

Le procureur de la République d’Arras à l’époque se nomme Jean-Pierre Valensi (à droite). Au fond, les gendarmes du plateau technique s’affairent. PHOTO ARCHIVES SAMI BELLOUMI - VDN

Le procureur de la République d’Arras à l’époque se nomme Jean-Pierre Valensi (à droite). Au fond, les gendarmes du plateau technique s’affairent. PHOTO ARCHIVES SAMI BELLOUMI - VDN

Lorsque ces gendarmes prennent la route à leur tour, peu avant 13 heures, une pluie diluvienne s’abat sur le secteur. « Un gros orage, il pleuvait des lacs, ça partait mal », se souvient l’un d’eux. Les spécialistes du crime arrivent. Il cesse soudainement de pleuvoir, mais le mal est fait. La boue, qui peut laisser des traces, est gorgée d’eau. Les gendarmes doivent déployer des planches pour évoluer et ne pas polluer « la scène » déjà bien foulée.

        « Au niveau technique, on a fait tout ce qui était possible. Des mégots ont été collectés, tout a été ratissé. On a passé des heures dans la boue. »

Une bouillie où on s’enfonce, qui colle avec la craie, au point de former une sorte de pâte. On gratte la terre tout l’après-midi, des prélèvements sont faits, tout est collecté sous les yeux du procureur de la République de l’époque, Jean-Pierre Valensi. Des odeurs de carburant remontent. Le terrain est rincé. On distingue bien des traces de pas, des piétinements, mais tout est noyé et difficilement exploitable, même après assèchement. La forme des empreintes est dénaturée.

Des heures dans la boue

« La faute à pas de chance, l’orage nous a fait très mal, poursuit un gendarme. Au niveau technique, on a fait tout ce qui était possible. Des mégots ont été collectés, tout a été ratissé. On a passé des heures dans la boue. C’était mal parti d’entrée avec cet orage. Un homicide dans une habitation, ça va, mais en plein champ, dans la boue, avec l’orage… »

Dans la plupart des scènes d’immolation, on retrouve des traces de carburant, des bidons ou jerricans. « Dans 99% des cas, les immolations sont des suicides », précise un enquêteur. Mais ici, rien de tout cela. Cet autre gendarme se rappelle aussi d’une « forte odeur de carburant », du ratissage scrupuleux des chemins à proximité, de « traces de pneumatiques »...

Le corps calciné et recroquevillé gisant au bord de la route est celui d’une personne dont on ignore tout. À part une chose : il a été brûlé. Il s’agit d’un meurtre qui, seize ans plus tard, demeure à ce jour la seule affaire criminelle non élucidée du secteur d’Arras.

L’affaire Sabine Guyot fait toujours l’objet d’une information judiciaire ouverte au pôle criminel de Béthune et bénéficie de nouvelles techniques d’investigation. Si vous avez des informations à apporter aux enquêteurs ou si vous pensez détenir des informations au sujet de ce crime, vous pouvez contacter les gendarmes précisément en charge du dossier au 07 78 68 08 14 ou par courriel : appelatemoinsabine@gmail.com

Publié dans Articles de Presse

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