Quadruple meurtre de la famille Troadec : suivez en direct la première journée du procès

Publié le par Vosges Matin

Hubert Caouissin va faire face pendant trois semaines aux juges et jurés de la cour d’assises de Nantes pour le meurtre de quatre membres de sa famille, dont il a dépecé et brûlé les cadavres. Sa compagne, Lydie Troadec, comparaît à ses côtés.

Des corps dépecés et brûlés, des lingots d’or introuvables et un accusé atteint de "délire paranoïaque": quatre ans et demi après le quadruple meurtre de la famille Troadec à coups de pied de biche, Hubert Caouissin comparaît mardi et pendant trois semaines devant la cour d’assises de Loire-Atlantique. Photo Ebra/Aurélien POIVRET

Des corps dépecés et brûlés, des lingots d’or introuvables et un accusé atteint de "délire paranoïaque": quatre ans et demi après le quadruple meurtre de la famille Troadec à coups de pied de biche, Hubert Caouissin comparaît mardi et pendant trois semaines devant la cour d’assises de Loire-Atlantique. Photo Ebra/Aurélien POIVRET

Quatre ans et demi après le quadruple meurtre de la famille Troadec à coups de pied de biche, Hubert Caouissin comparait depuis ce mardi matin devant la cour d’assises de Loire-Atlantique, où ses avocats auront fort à faire pour lui éviter la réclusion à perpétuité.

Après le tirage au sort des jurés, cette première journée d’audience de ce procès de trois semaines doit être consacrée à la personnalité de la compagne de M. Caouissin, Lydie Troadec, qui comparaît libre et encourt trois ans de prison et 45 000 euros d’amende pour modification de scène de crimes et recel de cadavre.

Suivez en direct les débats avec notre envoyé spécial à l'audience :

Ce n’est que mercredi que la cour se penchera sur le profil du principal accusé, ancien ouvrier chaudronnier de l’arsenal de Brest, obsédé au moment des faits par son beau-frère Pascal Troadec, qu’il accusait d’avoir volé un trésor familial de lingots d’or.

A son procès, Hubert Caouissin a l'espoir d'être entendu, d'être cru." Me Thierry Fillion, avocat de la défense.

C’est un crime d’une horreur rarement égalée que la cour d’assises de la Loire-Atlantique va devoir juger à partir de lundi.

Hubert Caouissin, 50  ans, doit répondre pendant trois semaines de la mort d’une famille entière : le père Pascal, la mère Brigitte, et leurs deux enfants à peine majeurs, Charlotte (18 ans) et Sébastien (20 ans), tués pour une sombre affaire de rivalité familiale et de magot caché. Et dont les corps ont ensuite été livrés à des actes de pure barbarie que l’on peine à imaginer.

La disparition des quatre membres de la famille Troadec, en février 2017, avait immédiatement soulevé l’inquiétude. Alertée par la sœur de Brigitte, la police municipale d’Orvault, commune de la banlieue nantaise où ils vivaient, avait vite repéré des traces de sang dans la maison, et l’absence de draps. Et l’affaire, confiée à la police judiciaire de Nantes, a été résolue en quelques jours.
Car il n’avait pas fallu creuser bien profond pour savoir qu’un profond différend traversait la famille.

Hubert Caouissin accusait le mari de sa sœur, Pascal Troadec, d’avoir volé des lingots d’or découverts par son père dans un immeuble qui lui appartenait, lorsqu’il faisait des travaux. Les deux hommes se détestaient, et l’affaire pourrissait l’atmosphère familiale depuis un moment. En 2014, la grand-mère avait été victime d’un malaise, lors d’une réunion de famille qui avait dégénéré en quasi-pugilat. « Ce sont des sommes pour lesquelles on éradique des familles entières », avait éructé Hubert Caouissin.

Tués à coups de pied de biche

Évidente, la piste menant à lui s’est renforcée lorsque son ADN a été identifié dans la maison des Troadec. Puis, lors de sa deuxième garde à vue, il s’est mis à table. Et ce qu’il a raconté est à la fois lunaire, effroyable mais aussi « peu crédible » selon l’une des avocates des parties civiles, Me Cécile de Oliveira. « Il n’a jamais changé de version, et espère être cru », répond pour la défense Me Thierry Fillion.

Voici cette version.

Le 16 février 2017, il était allé espionner son adversaire chez lui. En pleine soirée, équipé d’un stéthoscope, d’un appareil photo, d’un calepin et d’un stylo, il est venu écouter ce qui se disait chez Troadec, avant de s’introduire dans la maison. Le crime est né à ce moment-là, lorsqu’il a fait du bruit, et que le couple est descendu.

Au juge d’instruction, l’accusé a expliqué que Pascal Troadec avait voulu le frapper avec un pied de biche. Mais il aurait esquivé le coup, et récupéré l’arme. Dans une sorte de bagarre générale, Hubert Caouissin aurait tué tous les membres de la famille à coups de pied de biche dans la tête. Quand il avait frappé Sébastien Troadec, l’outil s’était planté dans son crâne. Il avait dû mettre son pied sur sa tête pour l’en extraire. « La seule manière qu’il a trouvée pour sortir de ce face-à-face, c’est de frapper », plaide Me Fillion.

D’abord les têtes « car il était difficile de les voir »

Après les crimes, Hubert Caouissin a soigneusement nettoyé la maison avant de charger les quatre corps dans le véhicule de Sébastien Troadec. L’idée était de faire croire à un cambriolage. Puis, rentrant chez lui dans le Finistère, à plus de 2h30 de route, il a déposé les corps sur une bâche, et il les a découpés avec un couteau de cuisine, dans une scène hallucinante, quasi inhumaine.

D’abord les têtes « car il était difficile de les voir ». Puis les muscles et les viscères. Et enfin les os, la peau et la graisse, qu’il a brûlés dans sa chaudière, avec les têtes. Tout cela a duré deux jours. Au juge, Hubert Caouissin a décrit comment il a écorché ses victimes pour mieux couper les articulations, mis les têtes dans ses sacs, jeté les viscères sur son terrain en les transportant dans un sceau… Dans les ronciers, les enquêteurs retrouveront 379 morceaux de chair.

Ce week-end sanglant ne sera pas occulté du procès, et constituera sans doute le moment le plus éprouvant des trois semaines d’audience.

La culpabilité de l’accusé n’étant pas en jeu, c’est même sur ses explications, et son récit, que se concentrera la cour. Aux combles de l’horreur.

Le rôle trouble de Lydie Troadec

La sœur de Pascal Troadec, comparaîtra libre aux côtés de son compagnon Hubert Caouissin. Elle n’est pas mise en cause dans les meurtres, mais devra répondre de recel de cadavre et de modification de l’état des lieux d’un crime. Lydie Troadec, 52 ans, était présente dans la ferme du couple quand Hubert Caouissin a découpé les cadavres. Elle a aussi acheté les produits de nettoyage qui ont permis à son conjoint de nettoyer la scène de crime, où elle l’a emmené. L’accusation pourrait toutefois chercher à savoir si elle n’a pas minoré sa participation. L’expertise menée sur la chaudière laisse en effet penser que l’intervention d’un tiers était nécessaire pour brûler les corps.

Un trésor maudit... qui n'existe peut-être pas

Me Thierry Fillion, avocat de la défense. Photo AFP/Jean-Sébastien EVRARD

Me Thierry Fillion, avocat de la défense. Photo AFP/Jean-Sébastien EVRARD

Il va devoir raconter l’innommable. Comment, tout au long d’un week-end de février 2017, il a découpé les corps des quatre membres de sa famille qu’il venait de tuer. « Il y a une part d’irrationnel, analyse son avocat Me Thierry Fillion. Il a voulu effacer ce qu’il s’était passé, au sens existentiel. »

Né en 1970 à Brest, Hubert Caouissin a vécu une enfance malheureuse, baignant dans l’alcoolisme de sa mère et les violences de son père. D’abord apprenti de l’arsenal de Brest, il est tour à tour guetteur de trafic maritime, puis charpentier, puis chaudronnier sur les constructions navales avant d’être victime d’un burn-out, en 2013-2014. À cette époque, il est pris de maux de tête et de troubles du sommeil qui le font parfois « disjoncter ».

Une altération du discernement

Les experts psychiatres qui l’ont examiné ont mis au jour son obsession délirante et paranoïaque pour la thèse d’une spoliation familiale : il est persuadé que Pascal Troadec a accaparé le magot familial, au détriment de la sœur de celui-ci, Lydie, compagne d’Hubert Caouissin qui ne s’est jamais entendue avec son frère. Il pense même qu’elle est en danger de mort, comme leur fils. Selon les deux collèges d’experts, cette thématique « persécutive » relève de la psychiatrie, et a altéré (sans l’abolir) le discernement d’Hubert Caouissin.

Mais ce fameux trésor n’existe peut-être pas. Après le quadruple homicide, les enquêteurs ont tout fait pour mettre la main dessus. En vain. Même la mère de Pascal Troadec dit n’avoir jamais vu ces pièces d’or. Et aucun signe d’enrichissement ou de train de vie anormal n’a pu être mis au jour au sein de la famille décimée.

« Ce trésor, c’est le fruit de l’imagination d’Hubert Caouissin », estime Me Cécile de Oliveira, avocate de la famille de Brigitte Troadec. « Je ne sais pas s’il a existé, mais l’important c’est que la croyance en ce trésor était tellement forte qu’elle était devenue obsessionnelle chez lui », explique au contraire Me Thierry Fillion, pour la défense.

Me Cécile de Oliveira, avocate des parties civiles. Photo AFP/Loïc VENANCE

Me Cécile de Oliveira, avocate des parties civiles. Photo AFP/Loïc VENANCE

Des traces de sang examinées de près

Pour tenter de comprendre le déroulé de la scène de crime, les gendarmes ont réalisé une morphoanalyse des traces de sang retrouvées dans la maison des Troadec. Celle-ci permet de saisir de quelle manière le sang a été projeté sur un mur ou un meuble. Est-il tombé en goutte ? A-t-il coulé ou a-t-il éclaboussé une paroi ? Le magistrat instructeur a ainsi pu confronter les conclusions de l’étude aux déclarations d’Hubert Caouissin, amenant celui-ci à modifier peu à peu sa version des faits. Le procès reviendra sur cette analyse, notamment quant à la question du sang retrouvé sur les lits des deux enfants, qui peut laisser penser qu’ils étaient endormis au moment où ils ont été frappés. Ce que dément l’accusé.

Le procès

Le procès d'Hubert Caouissin et Lydie Troadec s'ouvrira lundi à Nantes, devant la cour d'assises de la Loire-Atlantique. Le verdict est attendu le 8 ou le 9 juillet.

Incarcéré depuis plus de quatre ans à la maison d'arrêt de Nantes, Hubert Caouissin, 50 ans, est jugé pour meurtre et atteinte à l'intégrité de cadavres. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Sa compagne Lydie Troadec, 52 ans, comparaît libre, sous contrôle judiciaire. Elle devra répondre de recel de cadavre et de modification d'une scène de crime.

73 journalistes sont accrédités, 18 témoins et experts cités et une vingtaine de personnes se sont portées parties civiles. Avec une jauge limitée à 65%, la salle d’assises ne pourra accueillir que 79 personnes. Deux autres salles ont donc dû être aménagées pour retransmettre les débats: une salle de presse de 24 places et une salle pour le public (117 places) construite spécialement pour l’occasion dans l’immense salle des pas perdus de ce bâtiment conçu par Jean Nouvel en 2000.

"Qui est Hubert Caouissin ?

J’attends le procès pour me prononcer." Me Cécile de Oliveira, avocate des parties civiles.  Hubert Caouissin ne sera entendu sur les faits qu’au début de la deuxième semaine d’audience.

Publié dans Articles de Presse

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