Un « crime contre l'humanité » : 751 tombes anonymes découvertes dans un ancien pensionnat autochtone

Publié le par Global Citizen par Sarah El Gharib Rédigé en anglais par Sarah El Gharib

« Nous avons besoin de temps pour guérir et ce pays doit se tenir à nos côtés. »

Un « crime contre l'humanité » : 751 tombes anonymes découvertes dans un ancien pensionnat autochtone

Moins d'un mois après la découverte tragique de 215 cadavres à Kamloops, en Colombie-Britannique, 751 tombes anonymes ont été mises au jour près d'un autre ancien pensionnat à Regina, en Saskatchewan.

Le chef de la Première nation de Cowessess et la Fédération des nations autochtones souveraines (FSIN) ont fait part de cette révélation, qu'ils ont décrite comme la plus significative à ce jour, lors d'une conférence de presse tenue jeudi matin. 

Les tombes — découvertes près du pensionnat pour Autochtones de Marieval — contiennent les dépouilles de 751 anciens élèves. Bien que l'âge exact des corps découverts soit inconnu, il s'agit vraisemblablement d'adultes et d'enfants qui ont fréquenté l'établissement lorsqu'il était opérationnel, entre 1899 et 1997, a déclaré Cadmus Delorme, chef de la Première nation de Cowessess. Située à environ deux heures à l'est de Regina, l'institution était parrainée par le gouvernement fédéral et gérée par l'Église catholique à partir des années 1970.

Les témoignages des communautés autochtones indiquaient depuis longtemps l'existence d'un cimetière à proximité du pensionnat, ce qui a incité la FSIN à ouvrir une enquête au début du mois. 

Comme à Kamloops, la technologie du radar à pénétration de sol a finalement permis de déceler la présence de ces tombes, mais M. Delorme a indiqué que les plaques funéraires avaient été enlevées depuis longtemps, probablement de manière intentionnelle.

« Il ne s'agit pas d'une fosse commune. Il s'agit de tombes anonymes », a déclaré M. Delorme, précisant que des enquêtes approfondies continueront d'être menées dans les mois à venir et que les dirigeants autochtones et les communautés locales travailleront ensemble pour identifier et nommer les victimes.

Le gouvernement de la Saskatchewan a versé 2 millions de dollars pour effectuer des recherches supplémentaires dans la province. De son côté, le gouvernement fédéral s'est également engagé à verser 4,88 millions de dollars pour soutenir cette initiative. 

Toutefois, le traumatisme engendré par cette découverte a fortement marqué les communautés autochtones, a déclaré Bobby Cameron, chef de la FSIN. Il a qualifié les faits de « crime contre l'humanité » et d'« agression contre les peuples des Premières nations ».

Delorme a fait écho à ce sentiment : « Nous ne demandons pas la pitié mais la compréhension. Nous avons besoin de temps pour guérir et ce pays doit se tenir à nos côtés. » 

Dans un communiqué publié jeudi, le Premier ministre Justin Trudeau a affirmé que le gouvernement du Canada était déterminé à travailler avec les Autochtones et les communautés pour établir la vérité sur les pensionnats et enterrer le douloureux héritage qu'ils ont déjà laissé.

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« Les découvertes faites à Marieval et à Kamloops font partie d’une tragédie plus vaste. Elles rappellent de manière honteuse le racisme, la discrimination et l’injustice systémiques auxquels les peuples autochtones ont été — et sont toujours — confrontés dans ce pays », a-t-il souligné.

« La douleur et le traumatisme que vous ressentez, le Canada en est responsable. C’est pourquoi le gouvernement va continuer à fournir aux communautés autochtones de tout le pays le financement et les ressources dont elles ont besoin pour faire la lumière sur ces terribles injustices. Si nous ne pouvons pas ramener ceux que nous avons perdus, nous pouvons faire connaître la vérité sur les torts qu’ils ont subis — et nous le ferons. Nous honorerons à jamais leur mémoire. »

Bien que le pape ait reconnu le chagrin et la souffrance causés aux enfants et aux familles autochtones du Canada, l'Église catholique n'a quant à elle toujours pas présenté d'excuses officielles pour le rôle qu'elle a joué dans la gestion du système des pensionnats. Ce dispositif, qui constitue l'un des plus sombres chapitres de l'histoire canadienne, s'inscrivait dans le cadre d'un effort visant à assimiler les enfants autochtones à la culture dominante du pays.

Près de 150 000 enfants des Premières nations, Inuits et Métis ont été retirés de leur famille et placés dans ces établissements en vertu de cette politique qui date de la Confédération. Le dernier a fermé en 1996.

Publié dans Articles de Presse

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