Clemenceau, Blum, Talleyrand… sous influence

Publié le par Le Point par François-Guillaume Lorrain

Derrière chaque grand homme, il y a une femme, a-t-on coutume de dire. Robert Schneider, qui est allé voir, brosse dix portraits d’égéries trop méconnues.

Virginia Verasis, comtesse de Castiglione, photographiée vers 1864 par Pierre-Louis Pierson. La belle Italienne fut chargée par son cousin Camillo Cavour de se rendre à Paris pour séduire Napoléon III, afin de le convaincre de soutenir Victor-Emmanuel II, roi de Piémont-Sardaigne, dans sa volonté d'unifier l'Italie. © Leemage via AFP

Virginia Verasis, comtesse de Castiglione, photographiée vers 1864 par Pierre-Louis Pierson. La belle Italienne fut chargée par son cousin Camillo Cavour de se rendre à Paris pour séduire Napoléon III, afin de le convaincre de soutenir Victor-Emmanuel II, roi de Piémont-Sardaigne, dans sa volonté d'unifier l'Italie. © Leemage via AFP

Quand de Gaulle apprit le 28 juin 1940 qu'Hélène de Portes, la maîtresse de Paul Reynaud, avait eu un grave accident de la route, il eut ce mot charitable : « J'espère qu'elle a crevé, la salope. » Il est vrai que la fille du fondateur des Grands Travaux de Marseille lui avait mis plus d'un bâton dans les roues. Son réduit breton proposé en juin 1940 en pleine débâcle ? Une ineptie, ce qu'elle avait osé lui dire en face. Sa fusion franco-anglaise ? Une trahison. « Qu'il aille se mettre à la tête de ses chars, celui-là, il nous faut l'armistice », lâcha-t-elle à Georges Mandel quand elle apprit la présence du général de brigade au conseil des ministres le 12 juin. L'armistice, elle l'obtint, cette anglophobe qui avait poussé dans l'entourage de son amant les plus défaitistes, Dominique Leca, Paul Baudouin, jusqu'à Pétain – elle fut l'une de ses agentes zélées –, dont les voix pesèrent lourd lors des derniers conseils des ministres de juin 1940. Hystérique, elle l'était sans doute, se mêlant de tout jusqu'à rendre fou Reynaud pourtant très indulgent, mais qui ne lui consacra pas une ligne de ses Mémoires.

L'infatigable Léonie Léon

Spécialiste des premières dames, Robert Schneider lui dédie le dernier chapitre – ce « personnage » mériterait un livre à elle seule – de ses dix égéries dans l'ombre de nos politiques. Éclipsées, elles l'ont été, par définition, à tort. Elles influençaient, comme Thérèse Pereyra, maîtresse cachée et socialiste de Léon Blum, qui l'incita à abandonner la critique théâtrale pour la politique. Elles comprenaient, comme Marguerite Baldensperger, le dernier amour, platonique, du vieux Clemenceau. Elles admiraient et soutenaient, comme l'infatigable Léonie Léon, double modeste du très entouré Gambetta. Elles intriguaient, comme la valeureuse Polonaise Marie Walewska ou la splendide et trouble Italienne Virginia de Castiglione, poussées dans le lit des deux Napoléon, pour des raisons patriotiques. De toutes, la plus brillante fut sans doute la romanesque duchesse de Dino, nièce par alliance de Talleyrand, qui écrivait : « C'est rare d'avoir quelqu'un tout à soi, sans une arrière-pensée, sans un secret, sans un intérêt séparé. » Venu du diable boiteux, le compliment fait mouche !

Maîtresses et femmes d'influence, de Robert Schneider (Perrin, 310 p., 21 euros).

Publié dans Articles de Presse

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