Renée Dorléac, la mère de Catherine Deneuve, est morte

Publié le par Le Point par Jean-Noël Mirande

La comédienne, Renée Dorléac, de son nom de scène Renée Simonot, est décédée dimanche à Paris à l’âge de 109 ans. Nous l’avions rencontrée en 2013.

Renée Dorléac, la mère de Catherine Deneuve, est morte

Papier initialement publié en 2013

Tout est calme en ce début d’après-midi sur ce boulevard des Maréchaux du 16e arrondissement de Paris. Le Parc des princes est endormi, mais, à quelques pas de là, une dame bien réveillée nous attend. Elle aura 102 ans dans quelques mois (elle est décédée dimanche 11 juillet à Paris à l'âge de 109 ans, Ndlr), et ce rendez-vous est prometteur d’émotion, d’admiration aussi sans doute. Sa fille Catherine l’a confié récemment : « Elle donne une image réconfortante de la vieillesse. » Cette image s’impose lorsqu’elle apparaît à la fenêtre de son appartement. L’une de ses petites-filles, Delphine (fille de Sylvie, la troisième soeur Dorléac, qui fut pendant 38 ans la secrétaire de Catherine), a organisé ce rendez-vous.

Madame Dorléac vérifie qu’elle a bien ouvert la grille du parking extérieur de la résidence. À plus d’un siècle d’existence, on croit rêver de la trouver aussi souriante lorsqu’elle ouvre la porte, élégante et simple, dans l’allure et dans le ton. Une parole précise sur l’actualité et les violences de la veille au Trocadéro : « La foule m’a toujours fait peur. » De son salon baigné de lumière dominant la Seine, elle a guetté d’un oeil distrait l’improbable parade des joueurs du PSG. Renée Dorléac parle avec le même entrain du présent et du passé. Le sien est riche et long : « Je ne peux pas croire que j’ai dépassé 100 ans, pour moi, c’était hier. » Hier, ce sont des souvenirs remontant à 1918 lorsqu’à l’âge de 7 ans elle fit ses premiers pas sur la scène de l’Odéon : « J’y suis entrée à la fin de la Première Guerre mondiale, dans Les cloches de Corneville. Je me souviens encore de la seule réplique que j’avais à dire : Ah, je ferai comme papa, je resterai garçon. »

Jeune première

Elle cite le nom des acteurs et metteurs en scène qu’elle a connus dans ce théâtre où elle est restée près de trente ans. Certains parlent encore aux connaisseurs, comme Annie Ducaux ou Firmin Gémier, le créateur du premier Théâtre national populaire, qui l’a mise en scène en 1922. On imagine soudain que Sarah Bernhardt, décédée en 1923, aurait pu croiser la jeune Renée Simonot. Ces souvenirs lointains lui sont familiers : « Je m’appelais Deneuve, comme Catherine ! dit-elle avec humour. J’ai pris Simonot comme nom de scène, car monsieur Simonot, artiste lyrique et ami de ma mère, devint mon parrain dans le métier. À l’époque, on considérait la rive gauche comme la province. Je me rappelle une poésie qui disait : Nous arrivons du bout du monde, nous arrivons de l’Odéon. Le directeur m’avait dit un jour que je ne parlais pas assez fort. Oui, peut-être, lui avais-je répondu, mais je n’ai pas raté un effet. » De la repartie, elle en avait, cette jeune première arrivée par hasard dans ce monde, sans suivre de cours. Voilà pour le côté scène.

Pour la vie privée, si l’on évoque (mal renseigné) Aimé Clariond*, son premier mari, père de sa première fille Danielle, elle répond : « Monsieur Clariond n’était pas mon mari, il était marié, non divorcé et séparé de sa femme depuis longtemps. Le seul bonheur qu’il m’ait donné est un enfant, pour le reste, il était charmant, mais on ne pouvait pas compter sur lui. Je suis partie avec ma fille dans les bras et j’ai repris ma liberté. J’ai alors repensé à ce monsieur qui me faisait la cour sans l’avouer. » Renée Deneuve épousera donc Maurice Dorléac, rencontré quelque temps plus tôt sur les plateaux de doublage de films. Renée participa à l’aventure du parlant dès le début des années 30 en étant la voix française d’Olivia de Havilland ou d’Esther Williams : « C’est drôle, car je n’avais pas du tout le physique de cette grande et belle nageuse. On a la voix de son physique, et elle n’avait rien à voir avec moi. Je n’étais pas à mon aise. »

Maman fière

Chez les Dorléac parlait-on de théâtre ? « Pas plus que ça, on était comme des épiciers ou des marchands de marrons. On ne se prenait pas au sérieux. » Comment la vocation est-elle venue chez ses filles ? « Elles ont toutes fait un peu de synchro pour se faire de l’argent de poche. » Danielle fut même, à 4 ans, au générique d’un film de Christian-Jaque L’assassinat du Père Noël, sous le nom de Dorléac. La seule qui avait la vocation depuis l’enfance, c’est Françoise : « Le seul conseil, ou plutôt la recommandation que je lui ai donnée, c’est d’entrer par la grande porte dans ce métier, et de ne pas accepter d’être doublure dans une pièce, ce qu’elle s’apprêtait à faire tant elle avait envie de jouer. Là, je me suis fâchée. »

À l’instant où Renée Dorléac raconte cela, on ne peut s’empêcher, en regardant la pièce où nous sommes, de penser que ces murs ont été les témoins des conversations entre parents et enfants, des envies, mais peut-être aussi des doutes. La mère est fière de leur parcours : « Elles ont vraiment eu de la chance que Jacques Demy les réunisse à l’écran. Si Françoise avait la vocation, Catherine a débuté par hasard : je me souviens qu’elle faisait de la figuration dans un film d’André Hunebelle, Les collégiennes, dans lequel jouait aussi Sylvie. Quand j’ai vu qu’il y avait un gros plan de Catherine, alors qu’elle n’était que la vingt-cinquième élève au fond de la classe, je me suis dit, elle est visée. »

Si le public ne connaît que Françoise et Catherine, Renée évoque ses quatre filles avec la même tendresse. Nombreuses sont les photos de famille dans son salon. Depuis la disparition de Maurice Dorléac en 1979, la famille est unie autour d’elle : « Ma vieillesse n’est pas triste, reconnaît-elle. J’ai la chance d’être très entourée. Il n’y a pas un jour où je ne reçois pas un coup de téléphone ou une visite de mes enfants et petits-enfants. » Renée Dorléac est une vieille dame très digne. Au moment où elle nous raccompagne à l’ascenseur, sa petite-fille Delphine lui demande ce qu’elle va faire après : « J’attends la visite de Sabine, la belle-soeur de Monique…, qui d’ailleurs ne s’appelle pas Sabine », répond-elle en riant. Ce sera bien le seul trou de mémoire qu’elle se sera autorisée.

(*) Qui deviendra sociétaire de la Comédie-Française.

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